CHAPITRE V
De ceste mesme curiosité nos François esmeus et incilés, font la plus grand” part embaumer les corps des Roïs et grands Seigneurs , et dressent des figures enleuées en bosses ou en plates peintures, approchans de la
| grandeur et figure au plus prés qu’ils
peuuent du trespassé. On en trouue
l : , EF .
corps encore tousentiers, quiauoient | tesmoignage en PEglise deS. Denys en
les ongles rouges : parce que c’estoit |” Tee ; : la coutume de ce pays là, que pour | lieux , là où Fon voit plusieurs effi-
auoir de belles mains, il falloit auoir | ; | grands Seigneurs : ce que chrestien-
France, et en beaucoup d’autres
gies des Rois et Roynes, et autres
nement ils ont euidemment tiré tant du nouueau Testament que du vieil,
| et facon de faire ancienne des Iuifs.
Carilest ditau nouueau Festamenti, que Ioseph acheta vn'imceul, et que Nicodeme apporta vne mixtion de myrrhe et d’aloës, tusques au poids d’enuiron cent liures, de laquelle auec autres odeurs aromatiques ils embaumerent et enseuelirent le corps de Tesus Christ, comme la coustume des Tuifs estoit d’enseuelir leurs corps embaumés, en signe de ceste incorruption qu'ils esperoient en la resurrection des morts (comme nous auons dit.) Ce que mesmes depuis eux voulurent faire les Maries : ce qu’ils auoient appris de leurs peres anciens. Car Ioseph au vieil Testament commanda à ses Medecins d’embaumer son pere ?.
Or qui est cause qu’à present nos Rois, Princes, et grands Seigneurs, encores qu'ils soient vuidés et laués d’eau de vie et de vinaigre, et saul-
À S. Jean, 20.39. 7 A. P.
? Genese, b, 2. —. A. P.
DE LA
poudrés de choses grandement aromaliques, n’y espargnans aucunes choses pour les embaumer, neantmoins auec tout cela, en cing; ou six iours, ou moins, sentent si mal, qu’on ne peut endurer estre aux lieux où ils sont, et est-on contraint les enfermer en leur cercueil de plomb? Car nonobstant tel appareil, parce qu’ils ne sont plongés en saumeures auec lesdites choses aromatiques, comme anciennement on faisoit, et aussi pour la grande multitude de gens qui y entrent pour les voir, et le grand nombre de torches et Iumieres y estans ioyr et nuit, l'air s’eschauffe si fort que, le corps n'ayant esté imbu assez long temps de choses qui gardent la pourriture, il aduient qu’en peu de iours Ss’esieue vne vapeur puante et cadauereuse, qui offense grandement ceux qui la sentent. [cy donc ie veux aduertir le Lecteur, sur ce qu’on m'a voulu donner quelquesfois blasme de n’auoir sceu bien embaumer les Rois, attendu la pourriture qui lost aprés s’esleuoit de leurs corps : car ma response estoit facile à faire 1. C’est qu'ils n’auoient esté trempés et sallés soixante et dix iours, comme les anciens faisoient , dedans le vinaigre et choses aromatiques, et que la faute ne procedoit que de là :
comme il se peut prouuer que le vinaigre garde de He d'autant qu'il est froid et sec : qui sont deux choses repugnantes à putrefaction, ce que l'experience monstre : attendu qu’en iceluy on garde les herbes, fleurs, fruits, voire fort humides, comme concombre, pourpié, et autres choses, sans qu’elles se pourrissent.
le puis dire auoir yn corps en ma maison, lequel me fut donné par le
4 Docte response de lPAuitheur.— A. P.
MYMIE. 479
Lieutenant criminel nommé Seguier, seigneur de la Verriere, aprés auoir esté execulé par iustice, il y a vingtsept ans passés !, que j’anatomisay : et leuay presque tous les muscles du corps de la partie dextre ( à fin que lors que ie veux faire quelques incisions à quelque malade, voyant les parties de recente memoire, ie sois plus asseuré en mes œuures) la partie senestre laissée en son entier : pour lequel mieux conseruer, ie le piquay d'yn poincon en plusieurs endroits, | à fin que la liqueur penetrast au profond des muscles et autres parties : et voit-on encore à present les poulmons entiers, cœur, diaphragme, mediastin, estomach, ratelle, reins, semblablement le poil de la barbe, et d’autres parties, voire les ongles, les- | quels ray apperceu euidemment recroistre, aprés les auoir par diuerses fois coupés.