‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 355 sur 602 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

D’auantage les Egyptiens, reconnoissans ceste vie estre de peu de durée au regard de celle que nous auons à viure apré$la separation du corps d’auec l'ame, estoient fort negligens à bastir maisons pour eux loger, mais au reste si magnifiques à edifier Pyramides, desquelles ils se vouloient seruir pour leurs sepulchres, que pour le bastiment d’vne qui fut entreprise par Cheopes, l'vn de leurs Rois,

MVMIE. 477 cent mille hommes y furentemployés, chacun trois mois, par l’espace de vingt ans : laquelle estant de forme quarrée, auoit de profondeur cinq stades, eten chacun front huit cens pieds de large, et autant de haut, chaque pierre ayant le plus ordinairement trente pieds, fort bien ouurée, comme raconte Herodote ‘. Or deuant qu’enfermer les corps dedans ces superbes sepulchres, ils les portoient auec pompes magnifiques vers les Salleurs ou Embaumeurs (office bien salarié du peuple) qui les embaumoient de choses aromatiques et exquises , selon la volonté et puissance des parens et amis, comme nous auons dit cy dessus : lesquels resouls ils retournoient prendre, et estansbienlaués et nettoyés, les lioient de bandes faites d'yn drap de soye collé auec certaines gommes. Et lors les parens et amis reprenoient le corps, et luy faisoient faire vn estuy de bois moulé et effigié d'homme, dedans lequel ils le posoient. Voila comme les Egyptiens enterroient leurs Roys et Princes.

Autres mettoient dedans les corps ainsi preparés vne idole faite de cuiure ou marbre, et quelquesfois d’or et d'argent, qu'ils adoroient : et aucient ceste opinion, que le corps estoit gardé et conserué de putrefaction, ayans leurs Dieux reposans auec leurs corps dedans leurs monumens, et que-telle superstition donnoitsoulagement à ame. l’ay veu au cabinet de Theuet vne petite idole de marbre, blanche, marqueltée d'vn certain vert, qu’il affirme auoir apportée de ce pays là, et qu’elle auoit esté trouuée en vn corps mumié. Ainsi voit-on comme les Egyptiens estoient

1 Herodote, liure 2. — A. P,

fort ceremonieux, et grands idolatres.

Loüis de Paradis, Chirurgien , natif de Vitry en Partois, m'a dit qu’estant au grand Caire, il vit dix-huit ou vingt pyramides faites de bricques, Entre autres il en vit vne de merueilleuse grandeur, de figure quarrée, ayant en chaque face trois cens pas.

Celle-là estait la plus grande, appellée la Pyramide de Pharaon, où sont plusieurs corps mumiés. En outre, qu'il entra dedans vne desdites Pyramides, où il vit plus de deux cens

les ongles rouges. Les gens du paysne veulent souffrir qu’on transporte aucun desdits corps, disans que les Chrestiens sont indignes de manger leurs corps morts. Que si on les tire hors du pays, c’est par le moyen de quelques luifs, qui les desrobent et emballent auec leur marchandise, à fin qu’on ne les puisse cannoiïstre.

Le Seigneur de la Popeliniere, en son troisiéme liure Des trois mondes, dit, que quand les Indiens de Çanarie meurent, c’est pilié des hurlemens et plaintes que font les femmes, lesquelles racontent leurs loïanges d’auoir bien tué et mangé des hommes estans leurs ennemis : et qu’aprés leur auoir lié les bras et pieds, elles les enueloppent de leur lit de cotton, et les enterrent en vne fosse ronde et profonde, et presque tout debout, auec quelques colliers et plumasserie qu'ils auront plus aimé : comme les Indiens du Perou font de leurs Rois et Caciques , auec quantité d’or et pierres precieuses : et les Celtes ançiennement, qui esloient enterrés auec le

plus beau de leurs meubles, et la |

femme qu'ils auoient la plus aimée.

DISCOYRS

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