CHAPITRE VIT
Or par ce discours du Juif, on voit comme on nous fait aualler indiscretement et brutalement la charogne puante et infecte des pendus, ou de la plus vile canaille de la populace d'Egypte, ou de verolés, ou pestiferés, ou ladres : comme sil n’y auoit moyen de sauuer yn homme tombé de haut, contus et meurtri, sinon en luy inserant et comme entant vn autre homme dedans le corps:
et s’il n’y auoit autre moyen de recouurer santé, sinon que par vne plus que brutale inhumanité. Et si en ce remede y auoit quelque efficace, veritablement il y auroit quelque pretexte d’excuse. Mais le fait est tel de ceste meschante drogue, que non seulement elle ne profite de rien aux malades, comme ï'ay plusieurs fois veu par experience à ceux ausquels on en auoit fait prendre, aïns leur cause
1 Response du Zuif digne d’estre bien notée.
—AÀ.P.
DE LA
grande douleur à Festomach, auec.
puanteur de bouche, grand vomissement, qui est plustost cause d’esmouuoir le sang, et le faire dauantage sortir hors de'ses vaisseaux, que de l’arrester. Les pescheurs vsent d’'appasts puants pour allicher les poissons : à ceste cause ils vsent de Mumie, parce qu’elle est fort puante.
Theuet dit l’auoir experimenté en soymesme, en ayant quelquesfois pris en Egypte, à la suscitation d’vn nommé Idere fuif. A ceste cause ie proteste de jamais n’en ordonner , ny permettre à aucun en prendre, s’il m'est possible 1.
Quoy, dira. quelqu’vn, que fera-on donc pour garder que le sang ne se coagule dedans le corps de ceux qui seront tombés: de haut em bas, ou auront recew coups orbes, comme de pierre où de baston , ow de quelque autre chose lourde et pesante : ou se seront violentement heurtés contre quelque chose dure, ow par vne grande extensiom, comme ceux lesquels on tire sur la gehenne, ou pour extremement crier, dont quelque: vaisseau du poulmon se peut rompre, ou pour vn coup de harquebuse, ou d’espée, ou autre instrument
1 On retrouve une partie du texte de ce paragraphe dans l'édition. de: 1579, Voyez ci-deyant la: note:? de la page 481; mais à partir, de; ces:mots: comme i'ay plusieurs fois veu par experience, Paré ajoutait.:
« Et comme Theuet se dict auoir experimenté en soy mesme, en ayant quelquefois pris en Egypte, d’où elle vient, à la suscitation d'vn medecin Iuif, mais d’auantage luy causa plusieurs fois facheries et accidents, comme douleur et deuoyement d'estomach, vomissement et puanteur de bouche : poux ces raisons non seulement ie n’en aÿ voulu ordonner, mais, ainsi ie conseille bien,de:n’en prendre.aucunement. »
MVMIE. 1483
semblable: et pour le dire en vn mot, toutes choses qui peuuent inciser , contondre et meurtrir, casser, esçacher et rompre, non seulement les parties molles, mais aussi les os, et faire sortir le sang hors des veines et arteres, quiàcause de cesont pressées, exprimées, rompues, et dilacerées, dont le sang tombe dedans Les parties interieures du corps, et souuent est ietté non seulement par les playes, mais, par la verge, siege. et par la bouche? Ce que ay veu plusieurs fois : mesmes les parties exterieures en sont pareillement contusées et blessées auec playes, et souuent sans playe , de sorte que Le cuir demeure tout entier, mais le sang est respandu par la chair des muscles, et entre cuir et chair seulement : dont la parüie est rendue liuide et noire, laquelle disposition est nommée des anciens Grecs Ecchymosis. En quoy l’on obserue entre autres choses, que si queiqu’vn est tombé de haut, ou frappé de coup orbe, et qu’il saigne par le nez, bouche et oreilles, cela veritablement demonstre qu'il y a quelque veine ou artere rompue et ouuerte dedans la teste, et souuent:
aduient que le malade meurt. Les signes de mort sont vomissemens , defaillance de cœur, perdition de parole, delire ou resuerie, sueur froide, vrine retenue, et les eiections sortent hors, ou sont retenues inuolontairement.
En. tout cecy faut suiure la doctrine des anciens, comme Hippocrates en la seconde section des kractures, qui dit, qu’en toutes grandes conlusions il faut saigner ou purger, ow faire les deux ensemble, à fin de retirer le sang qu’il ne flue aux parties interieures, ef pour l’euacuer quand il y à pleaitude. Pareillement Galien
sur la sentence 62. de la troisiéme section du liure des Articles, que si quelqu’vn est tombé de haut, encore qu’il n’eust assez de sang, si estce qu'il luy en faut tirer. Parquoy le chirurgien ne faudra à tirer du sang, selon la grandeur du mal, et plenitude et force du malade.
Ce que ayant fait, on luy donnera à boire de Poxycrat, par le commandement du mesme Galien liure 5. de la Methode, chap. 5, qui a faculté de refrigerer et restraindre et inciser les . trombus et caillots de sang, et garde qu’il ne se coagule dedans'les parties tant interieures qu’exterieures. Toutesfois il ne faut donner à boire àceux qui ont vlceres aux poulmons et qui ont l’estomach plein de viandes. Au lieu de l'oxycrat, on fera prendre au malade de la rheubarbe, qui est ainsi
1 Ce paragraphe se retrouvait aussi, mais avec quelques modifications, dans l’édition de 1579; ainsi à la suite du texte rapporté dans la note précédente, on lisait :
« Mais au lieu d’icelle, faut vser des-choses susdites (susdites au livre des contusions), et donner à boire de l’oxycrat, qui a faculté de refrigerer, restreindre et inciser. La refrigeration despend de l’eau, et pour ceste cause, Gal. au liu. 5. de la meth. chap. 5, l’ordonne à boire et à appliquer par dehors.
L’astriction et incision procede du vinaigre, lequel mesme sert de vehicule à l'eau, pour la faire penetrer, et par sa tenuité et faculté incisiue, discute et dissipe les trombus de sang, et garde qu’il ne se coagule dedans les parties interieures et exterieures du corps. Toutesfois il faut noter qu’il ne faut donner à boire ledit oxycrat à ceux qui ont vlcere aux poulmons, et à ceux qui ont l’estomach remply de viandes (ce que jay fait plusieurs fois auec vne bonne et heureuse issue). » Us
Cette dernière parenthèse n’est pas bien logiquement placée; mais tel est le texte.
Du reste, là finit le chapitre de 1579.
DISCOVRS
ordonnée par Rhasis et Mesué, comme s'ensuit :