‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 37 sur 602 · DES PIERRES QVI S ENGENDRENT AV CORPS HVMAIN · texte numérisé non relu

DES PIERRES QVI S ENGENDRENT AV CORPS HVMAIN

L'an mil cinq cens soixante et six, les enfans de maistre Laurens Collo 1, hommes bien experimentés en l’extraction des pierres , en tirerent vne de grosseur d’vne noix, au milieu de laquelle fut trouuée une aiguille dequoy coustumierement les cousturiers cousent. Le malade se nommait Pierre Cocquin, demeurant en la rue Gallande, pres la place Maubert à Paris, et est encore à present viuant. La pierre fut presentée au Roy en ma presence, avec ladite aiguille que les-

1 Je respecte ici l'orthographe que Paré a donnée à ce nom de Collo, et qui est restée la même en cet endroit dans toutes les éditions. Dans celle de 1564, à l’occasion de la taille des femmes , Paré avait écrit Collot ; mais il a ensuite corrigé Collo dans toutes les éditions postérieures, et l’éditionlatine a également admis cette dernière orthographe. Toutefois ni l’une ni l'autre n’a prévalu , et dans l'ouvrage posthume de François Colot, publié par Sénac en 1725 , on trouve le nom écrit avec un £ et une seule /. Peutêtre cependant, si l’on considère l’amitié qui unissait Paré à Laurent Collo et à ses fils, la première manière dont il avait écrit ce nom , corrigée uniformément dans toutes les éditions suivantes, et enfin le consentement du traducteur latin ; peut-être, dis-je, y aurait-il quelque présomption que l’orthographe de Paré était la véritable, et c’est pourquoi je l'ai conservée, au moins en cel endroit.

difs Collos m’ont donnée pour mettre en mon cabinet , laquelle ie garde et ay encores de present en ma possession, pour memoire de chose si monstrueuse.

L’an mil cinq cens septante, madame la duchesse de Ferrare enuoya

querir en ceste ville Iean Collo, pour,

extraire vné pierre de la vessie d’vn pauure patissier, demeurant à Montargis !, laquelle poise neuf onces, de grosseur d’vn poing, et de figure comme {u vois icy le portrait : et fut tirée en la presence de monsieur maistre Francois Rousset , et maistre loseph lauelle, hommes sçauans et bien experimentés en la medecine, medecins ordinaires de ladite dame.

Et fut si heureusement tirée, que ledit patissier guérit : toutesfois péu de temps apres luÿ vint vne suppression d’vrine, au moyen de deux petites pierres qui destendirent des reins, qui boucherent les pores vreteres , et furent causé de sa moit.

Figure d'une pierre extraite à vn patissier de Montargis.

1 Ladite dame coustumiere d'aider aux pauures, fil Lous les frais pour la cure dudit patissier, re A. Pe

L’an mil cinq cens soixante et six, le frere dudit Iean Collo, nommé Laurens {, fit pareillement en ceste ville de Paris extraction de trois pierres estans en la vessie, de grosseur chacune d’vn bien gros œuf de poulle, de couleur blanche , pesans les trois douze onces el plus, à vn surnommé Tire-vit, demeurant à Marly ? : lequel pour-ce qu'il auoit dés l’aage de dix ans quelque commencement desdites pierres en la vessie , tiroit ordinairement sa verge, dont fut nommé Tire-vit : car la vertu expultrice de la vessie, voire de tout le corps, s’efforçoit à ietter hors ce qui luy nuisoit, et pour-ce luy causoit va certain esguillonnement à l’extremité d’icelle verge ( comme se fait ordinairement à ceux qui ont quelque sable, ou pierre aux parties dediées à l’vrine, ce que ïay escrit plus amplement en mon liure des pierres.) Icelles furent presentées au roy , estant pour lors à Sainct Maur des fossés : On en cassa vne auec vn marteau de tapissier, au milieu de laquelle fut trouuée vne autre, ressemblante à vn noyau de pesche , et de couleur tannée. Lesdits Collos m'ont donné les susdites pierres pour

1 Lesdils Collos, chirurgiens ordinaires du Roy, sont tres expers à l'etlraction des pierres, el en plusieurs autres operations de La chirurgie. — À. P. 1573.

2 Ledit, subit que sa playe fut consolidée , s'en retourna en sa maison, où à present est encore viuant. — A. P.

Cette note, comme la précédente, est reproduité d’après l'édition de 1573 ; toutes deux avaient été ou retranchées ou omises dans l'édition suivante,

3 Ceux qui ont vne pierre à la vessie ont tousiours PR pruril et punclion à l’'extremité de la verge.—A. P. Le livre des Pierres auquel il renvoie est célui de 1564, qui fait partie aujourd’hui du Livre des Operations.

mettre à mon cabinet, comme choses monstrueuses, et les ay fait portraire

au plus prés du vif, ainsi que tu peux voir par ces figures !.

Figures de rois pierres extraites à vne fois sans interualle de temps, de la vessie d'un appelé Tire-vil, l'une desquelles est brisée.

D'auantage ie puis icy attester que ren ay trouué dedans les reins des

1 On trouve dans l’Zntroduction d’A. Paré, chapitre 2 (tome 1er de cette édition » page * 28), l’histoire de ce Tire-V'it racontée d’une manière toute différente, de telle sorte qu'il faut nécessairement admettre , ou bien que Collo opéra deux individus du nom de Tire-vit, ce qui est peu probable,et ce qui aurait dû au moins être noté ; ou bien que Paré a pris un malade pour l’autre , et mis sous le nom de Tire-yitune observation qui ne Je concernait pas ; ou enfin que les deux observations n’en constituent qu’une seule, quiaurait été incomplétement racontée dans l'un et l'autre endroit. Ce qu’il y a de plus certain, c’est que Paré, ici comme en beaucoup d’autres occasions, s’en fiait à sa mémoire pour se rappeler des faits écoulés depuis long-temps : el que cette malheureuse habitude est ce qui a le plus encombré la chirurgie d'observations douteuses, vagues, sans certitude et presque sans valeur,

corps morts, de plusieurs figures , comme de cochons, de chiens, et autres diuerses figures, ce qui nous a esté laissé par escrit des anciens ?.

Monsieur Dalechamps recite en sa chirurgie, qu'il a veu vn homme auoir yne aposteme sus les iombes, dont apres la suppuration icelle degenera en fistule , par laquelle ietta en diuerses fois plusieurs pierres venans du rein : et enduroit le trauaiïl dü cheual et des chariots.

Hippocrates escrit $ de la cham-

2 Cette attestation si Jégérément donnée d’un homme tel que Paré est bien propre à nous faire connaître que les meilleurs esprits fléchissent quelquefois sous les préjugés de leur siècle, en même temps qu’elle explique l’origine de tant de monstres admis par la crédulité de ce temps.

8 Liure 5 des Zpidemies, — À. P.

briere de Dysere , aagée de soixante ans , qui auoit des douleurs comme - elle si eust deu accoucher : dont vne femme luy tira de la matrice vne pierre aspre et dure, de la grandeur, grosseur , et figure d’vn peson de fuseau.

Iacques Hollier, Docteur regent en la faculté de Medecine à Paris, escrit !

qu’ vne femme, aprés auoir esté tourmentée d’vne difficulté d’vrine par l’espace de quatre mois , en fin mourut : laquelle ayant esté ouuerte, furent trouuées en la substance du cœur deux assez grosses pierres, auec plusieurs petites apostemes : estans les reins et les pores vreteres et la vessie sains et entiers.

L'an mil cinq cens cinquante-huit, fus appelé de Iean Bourlier, maistre tailleur d’'habits,demeurantruesainct Honoré, pour luy ouurir vne aposteme aqueuse qu’il auoit au genoëil :

en laquelle trouuay vne pierre de la grosseur d’vne amende, fort blanche, dure , et polie , et guerit , et encores est à present viuant ?.

Une dame de nostre cour fut longuement el extremement malade, sentant douleur au ventre, auec grandes espreintes : estant pensée par plusieurs medecins, lesquels ignoroient le lieu de la douleur. On m’enuoya querir, pour sçauoir si ie pourrois connoistre la cause de son mal. Par l'ordonnance des medecins, luy regarday au siegeet àla matrice,auec instrumens propres à ce faire, el pour tout cela ne pus connoistre son mal.

Monsieur Le Grand luy ordonna vn clystere, et en le rendant ietta vne

1Liu. 1, ch. de la Palpitation du Cœur.

2 C’est là le premier cas connu d’un corps étranger développé dans le genou, et extrait heureusement par l’incision.

pierre par le siege, de la grosseuf d'vne grosse noix : et tout subit ses douleurs etautres accidens cesserent, et depuis s’e:t bien portée t.

Semblable chose est arriuée à la dame de Sainct Eustache, demeurant au carrefour de la rue de la Harpe ?.

Le capitaine Augustin, Ingenieux du Roy, m'enuoya querir auec monsieur Violaine , docteur regent en la faculté de Medecine, et Claude Viard, Chirurgien luré à Paris, pour luy extraire vne pierre qu’il auoit sous la langue , de longueur de demy doigt, et grosse d’vn tuyau de plume. Il en a encore vne, qu’on ne peut bien encore destacher *.

1 Dans l'édition de 1573 et encore en 1575, cette histoire était rapportée après celle de Dalechamps , et la rédaction en était un peu différente :

« Monsieur le Grand, Docteur regent en la faculté de Medecine, et medecin ordinaire du Roy, homme sçauant et grandement experimenté, lequel fait autant bien la medecine qu'homme que j’aye jamais cogneu, fus appelé auec luy pour appliquer vn speculum ani à vne dame d'honneur qui estoit tourmentee d’extremes douleurs au ventre et au siege, toutefois sans nulle apparence ; à la veuë d’aucun mal: il luy ordonna certaines potions et clisteres, auec l’vn desquels ietta vne pierre de grosseur d’vn esteuf, et subit ses douleurs furent cessees, et guerit.»

En 1579, Paré modifia la rédaction de l'observation , qui était peu correcte, mais en conservant à Legrand à peu près les mêmes éloges, que l'on retrouve encore dans la traduction latine. C’est en 1585 qu’il changea définitivement et le texte et le plan de l'histoire, comme on la lit aujourd’hui.

2 Cette observation a été ajoutée en 1585.

3 Cette observation, de même que la précédente,.a été ajoutée en 1585. On trouvera une autre observation de calcul sous la langue dans la grande Æ#poloyie, au titre :

Foyage de Bayonne, 1564.

Or pour le direen vn mot, les pieres se peuuent engendrer en toutes les parties de nostre corps , tant interieures qu’exterieures. Qu'il soit vray, on en voit estre engendrées aux iointures des goutteux !. Antonius Beniuenius , medecin florentin, au liure 1, chapitre 24, dit qu’vn nommé Henry Alleman ietta vne pierre de grosseur d’vne auelaine en toussant.

es CHAPITRE XVI

DE CERTAINS ANIMAVX MONSTRVEVX QVI NAISSENT CONTRE NATVRE AVX CORPS DES HOMMES , FEMMES , ET PE- TITS ENFANS ?.

Tout ainsi qu'au grand monde il y a deux grandeslumieres, à sçauoir le soleil et la lune, aussi au corps hu-

1 C'est par cette phrase que se terminait le chapitre dans les trois éditions de 1573, 1575 et 1579; la citation de Benivenius a été ajoutée en 1585.

2Ce chapitre n'existe pas en cet endroit dans la plupart des éditions complètes ; il est donc nécessaire de dire pourquoi nous l'avons rétabli.

L'édition de 1573 avait un 16° chapitre intitulé des Ferms, reproduit par celle de 1575 sous ce titre plus correct, des Vers. Il était assez court, et composé de quatre histoires que l’on retrouve dans le courant du chapitre actuel. En 1579, le texte en fut considérablement amplifié; l’auteur y ajouta quelques histoires qu’il détacha du chap. 19 (voir les notes suivantes), et il le transporta * dans son livre De la petite Verolle, entre le chapitre 3 qui termine l’histoire de la variole, et le chapitre 4 qui commence l’histoire des vers intestinaux. Sans doute qu’il avait dessein de réunir ainsi tout ce qui concerne les vers engendrés dans le corps humain; et cependant le titre même montre bien qu’il ne

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main il y a deux yeux qui l’illuminent : lequel est appelé Microcosme, ou petit portrait du grand monde accourci. Qui est composé de quatre elemens, comme le grand monde, auquel se font des vents, tonnerres, tremblemens de terre, pluye , rosée, vapeurs, exhalations, gresles , eclipses, inondations d’eaux, sterilité, fertilité, pierres, montagnes, fruits, et plusieurs et diuerses especes d’animaux : aussi se fait-il le semblable au petit monde, qui est le corps humain. Exemple des vents : ils se voyent estre enclos és apostemes venteuses, et aux boyaux de ceux qui ont la colique venteuse , et pareillement en aucunes femmes, ausquelles on oit le ventre bruire de telle sorte qu'il semble y auoir vne grenoüillere :

lesquels sortans par le siege rendent bruits comme coups de canonnades.

Et encore que la piece soit braquée vers la terre , neantmoins tousiours

s'agissait pas des vers proprement dits, et que le chapitre était déplacé dans le lieu nouveau qu’on lui avait assigné, en même temps qu’il laissait une lacune danslelivre des Monstres. Du reste, ce changement de place avait été opéré si négligemment , que dans toutes les éditions du vivant de l’auteur la table du livre des Monstres accusait toujours un chapitre 15, des Vers, qui n'existait plus à partir de 1579, tandis que la table du livre de la petite Verolle n’indiquait en rien l’adjonction du chapitre nouveau; et celui-ci, ne comptant pas même dans le livre comme un chapitre spécial, semblait une suite du chapitre troisième intitulé: Quelles parties faut preseruer de la verolle. En pesant toutes ces considérations, je me suis déterminé à restituer à ce chapitre la place qu’il avait eue d’abord, et qui est de beaucoup la plus naturelle et Ja plus logique. :

Le texte général du chapitre est donc de 1579, sauf les parties qui seront signalées dans les notes comme d’une date différente.

la fumée du canon donne contre le nez du canonnier, et de ceux qui sont proches de luy.

Exemple des pluyes et inondations d'eaux : cela se voit aux apostemes aqueuses et au ventre des hydropiques. Exemple du tremblement de terre : telle chose se voit au commencement des accés des fiéures , où les pauures febricitans ont vn tremblement vniuersel du corps. Exemple de l’eclipse : cela se voit aux syncopes ou defaillances du cœur, et aux suffocations de la matrice. Exemple des pierres : on les voit à ceux ausquels on en extrait de la vessie, et autres parties du corps.

Exemple des fruits : combien en voit-on qui au visage ou autres parties exterieures du corps ont la figure d’yne cerise, d’vne prune, d’vne corme, d'vne figue, d’yne meure? Ia cause de quoy a esté tousiours referée à la forte imagination de la feumé conceuante ou enceinte, esmeuë de l’appetit vehement, ou de Vaspect, ou d’yn attouchement d’iceluy à l’improuiste : comme mesme de ce qu’on en yoit naistre d’aucuns ayans en quelque endroit du corps la figuré et substance d’Vne coinne de lard , d’autres d’vne souris , d’autres d’yne escreuisse, d’autres d’vnesolle, et d'autres semblables, Ce qui n’est point hors de raison, entendu la force de l'imagination se ioignant auec la vertu conformatrice, la mollesse de l'embrion prompte, et comme vne cire molle, à receuoir toute forme :

et que quand on voudra esplucher tous ceux qui sont ainsi marqués, il se trouuera que leurs meres auront esté esmeuës durant leur grossesse de

quelque tel appetit ou accident. Où . nous remarquerons en passant, COmbien est dangereux d’offenser yne femme grosse , de lui monstrer et ra-

ménteuoif quelque viande, de laquelle elle ne puisse auoir la ioüissance promptement, voire et de leur faire voir des animaux ou portraits d’iceux difformes et monstrueux. En quoy j'attens que quelqu’vn m’obiecte que ie ne deuois donc rien inferer de semblable en men liure de la generation. Mais ie lu y respons en vn mot, que ie n’escris point pour les femmes.

Retournons à nostre propos.

Exemple des montagnes: on les voit aux bossus, et à ceux qui ont des loupes grosses et enormes. Exemple de sterilité et seicheresse : on le voit aux hectiques, qui ont la chair de leur corps presque toute consommée. Exemple de fertilité : on la connoist à ceux qui sont fort gras, fessus, et ventrus, tant qu’ils creuent en léur peau, force leur est de demeurer tousiours couchés ou assis, pour ne pouuoir porter la grosse masse de leur corps. Exemple des animaux qui se procréént en nos Corps, à sçauoir, pouls , punaises , et morpions, et autres que descrirons à present 1.

Monsieur Houlier escrit en sa pratique qu’il traitoit vn Italien tourménté d’vne extreme douleur de teste, dont il mourut. Et l'ayant fait ouurir,luy fut trouué en la substance du cerueau vn animal semblable à va scorpion? , lequel, comme pense ledit Houlier, s’estoit engendré pour

1 Ces deux dernières lignes sont de 1565.

2 L'auteur ajoutait : Comme tu vois par ceste figure, et on voyait ici une figure de

‘scorpion, que j'ai retranchée.

Du reste, cette histoire se lisait déjà au chapitre 16 du livre des Monstres de l’édition de 1573, mais avec une rédaction un peu différente,

Jacques Hollier escript en sa Practique des Maladies internes qu’il s'engendra au cerueau d’un Ltalien vn scorpion pour auoir continuellement senti du basilic, lequel scorpion lui causa

DES MONSTRES

auoir continuellement sénti du basilic. Ge qui est fort vray-semblable, veu que Chrysippus, Diophanes, et Pline ont escrit, que si le basilic est broyé entre deux pierres et exposé au soleil, d’iceluy naistra un scor-:

pion.

Monsieur Fernel escrit d’vn soldat, lequel estoit fort camus, tellement qu’il ne se pouuoit moucher aucunement : si bien que de l’excrement retenu et pourri, s’engendrerent deux vers velus et cornus de la grosseur d'vn demy doigt, lesquels Le rendirent furieux par l'espace de vingt iours , et furent cause de sa mort 1.

Dépuis n’agueres vn ieune homme auoit vn aposteme au milieu de la cuisse partie externe , de laquelle sortit cest animal, lequel me fut apporté par lacques Guillemeau, Chirurgien ordinaire du Roy, qui disoit lauoir tiré : et l’ay mis dans vne phiole de verre, et a demeuré vif plus d’vn mois sans aucun aliment. La figure t'est icy representée *.

Monsieur Duret m’a affirmé auoir ietté par la verge, apres vne longue

si grande douleur de teste qu'il en mourut. Ce qui est fort vraisemblable, etc.

La figure du scorpion n’avait été ajoutée par Paré qu’en 1579.

1 Paréajoutait: Tu envois la figure, et présentait en effet au lecteur la figure d’un ver velu et cornu. Je l'ai retranchée sans hésiter. Du reste , cette histoire se lisait déjà au chapitre 16 du livre des Monstres de l’édition de 1573; seulement la figure n’y a été accolée qu’en 1579.

2 J'ai gardé cette figure parce que Paré dit l'avoir vue, bien qu'il fasse toutes ré

ET PRODIGES. 35 maladie, vne beste viuante semblable à un clouporte, que les Italiens appellent Porceleti, qui estoit de couleur rouge 1.

Monsieur le comte Charlesde Mansfeld , n'agueres estant malade d’vne grande fiéure continue à l’hostel de Guise, a ietté par la verge vne certaine matiere semblable à vn animal:

dont la figure t'est icy representée ?,

Il se fait pareillement en la matrice des femmes beaucoup de for-

serves sur sa véritable origine ; et il faut assurément que Guillemeau ou Paré s’en soient laissé imposer, ct que ledessinateur ait beaucoup ajouté à la forme réelle de l’objet.

On peut remarquer que Guillemeau est

| appelé ici Chirurgien ordinaire du Roy'; mais

celte histoire ne date que de l'édition ce 1585. Voyez, t. 11, la note de la page 799.

1 I] y avait encore ici : comme Lu vois par ce portrait; et de plus une figure fort mal

| faite de cloporte. Je l'ai supprimée. Il n’est

pas besoin de dire que monsieur Duret avait raconté là une histoire absurde; mais on voit par cette réunion des grands noms de la médecine du xvi‘ siècle, Houlier, Fernel, Duret, tous si crédules en fait de prodiges, qu’il était bien difficile à un chirurgien de ne pas se laisser entraîner par le torrent; et cependant il faut rendre cette justice à Paré, qu'aucune des observations où il a figuré comme témoin ne porte l'empreinte d’une si facile crédulité.

2 Cette observation peut servir de preuve à ce que j'ai dit dans la note précédente. Si pareille chose se fût présentée aux médecins éminents cités plus haut, nul doute qu'ils n’en eussent fait un animal ; Paré dit seulement : vne certaine matiere semblable à un animal; et rien n'empêche, en effet, qu'uncaillot sanguin puisse offrir une forme plus ou moins approchant de celle-ci, qui,a sans doute été exagérée par le dessinateur.

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mes d'animaux ( qui souuent se treuuentauec les moles et enfans bien formés) comme grenoüilles, Crapaux, serpens, lezars, harpies ‘. Nicole Florentin les compare à chats-huans, et dit deuoir estre appelées bestes sauuages. Les harpies ont esté appelées des anciens, freres Lombars, par-ce que telles choses aduenoïent aux femmes de Lombardie, et qu’elles naissoient en vne mesme matrice comme les enfans bien formés , qui a donné occasion de les nommer freres vterins, par une mesdisance d’vne personne que l’on haït ?. Or les femmes du royaume de Naples y sont fort suiettes, à cause de la mauuaise nourriture qu’elles prennent , lesquelles de tous temps ont mieux aimé auoir le ventre de bureau que de ve-

{ La question traitée dans ce paragraphe l'avait déjà été dans le livre des Monstres, édition de 1573 et 1575, chapitre 19. Ce texte primitif mérite d’être reproduit.

« Il s’est veu des femmes auoir ietté par lcurs matrices des serpens et autres bestes, ce qui peut aduenir par la corruption de certains excrements estans retenus en leur matrice, comme l’on voit se faire és intestins, et autres parties de notre corps, de gros et longs vers, voire pelus et cornus (comme nous demonstrerons cy aprés) : Quelques vns ont voulu fredonner que telle chose peut venir quand vne femme se baigne, si par cas fortuit quelque beste venimeuse comme serpens et autres ont frayé, et rendu semence en leau, à l’endroict dé laquelle ilsoit aduenu quon aye espuisé auec leau vne telle ordure, et que puis apres la femme se soit baignée en icelle, veu principalement qu’à cause de la sueur et chaleur, tous ses pores sont dauantage ouuerts : mais telle raison ne peut auoir lieu, attendu que la vertu generatrice de ceste semence est suffoquee et esteinte par la grande quantité deau chaude, ioinct pareillement que la bouche de la matrice ne s’ouure point, si ce n’est à l'heure du coït, où que les mois coulent, »

3 Gourdon, Liv. 7, chap 18. — À, P.

lours 1, c’est à dire manger fruits, berbages , et autres choses de mauuais suc qui engendrent tels animaux par putrefaction, que manger viande debonne nourriture, pour espargner, estre braues et bien accoustrées.

Monsieur Ioubert ? escrit de deux Italiennes : l’vne femme d’vn frippier, et l’autre damoiselle,dans vn mesme mois accoucherent chacune d’vn part monstrueux : celuy de la frippiere estoit petil, ressemblant à vn rat sans queuë , l’autre de la demoiselle estoit gros comme un chat : ils estoient de couleur noire : et au partir de leurs matrices, tels monstres grimperent en haut contre la paroy de la ruelle du lict, et s’y attacherent fermement.

Lycosthenes escrit, que l’an 1494, vne femme de Cracouie, en vne place nommée Sainct Esprit, enfanta vn enfant mort, qui auoit un serpent vif attaché à son dos, qui rongeoit ceste petite creature morte à,

Leuinus en raconte vne merveilleuse histoire en ceste façon {. Ces années passées vne femme vint vers moy pour me demander conseil : laquelle ayant conceu d’vn marinier, le ventre lui commença à enfler de telle sorte, qu’on pensoit qu'elle ne

1 Ventre de bureau que de velours, façon de parler proverbiale pour dire qu'elles soignaient mal leur ventre. Bureau était le nom d’une étoffe grossière dont nous avons fait bure ; on trouve encore ce mot dans Boileau Despréaux :

El qui n'étant vêtu que de simple bureau.

2 Au liure des Erreurs populaires. — A. P.

3 Paré ajoutait : comme tu vois par cesle figure, et donnait en effet une misérable figure copiée de Lycosthènes, ouv. cité, page 503. Au reste, cette histoire et cette figure se trouvaient déjà au livre des Monstres en 1573 et 1575, chapitre 19, mais après l’histoire qui va suivre.

# Liu. 1 de occult, natur., chap, 8.— À, P.

DES MONSTRES

deust jamais porter à terme. Le neufiéme mois passé, elle enuoye que:

rir la sage-femme : et auec grands efforts, premierement accoucha d’une masse de chair sans forme , ayant à chacun costé deux anses longues d'vn bras, qui remuoit et auoit vie comme les esponges. Apres luy sortit de la matrice vn monstre ayant le nez crochu, le col long, les yeux estincelans, une queuë aiguë, les pieds fort agiles. Si tost que ledit monstre fut sorti, il commença de bruire , et remplir toute là chambre de sifflemens, courant çà-et-là pour se cacher : sur lequel les femmes se ietterent, et le suffoquerent auec des oreillers. A la fin la pauure femme toute lasse et rompue, accoucha d’un enfant masle, tant bourrelé et tourmenté par ce monstre, qu’il mourut si tost qu’il eust receu baptesme. Ladite patiente, apres auoir esté longue espace de temps à se r’auoir, luy raconta le tout fidelement !.

Çornelius Gemma, medecin de Louuain, en vnliure qu’il a fait depuis peu de temps, intitulé De naturæ diuinis characterismis, raconte vne histoire admirable d’vne ieune fille de ladite

Yille, aagée de quinze ans, du corps de laquelle, apres douleurs infinies, sortirent plusieurs choses estranges par haut et par bas. Entre lesquelles elle rendit par le siege auec les excremens, vn animal vif, long d’un pied et demy, plus gros que le pouce, representant si bien vne vraye et naturelle anguille, qu’il n’y auoit rien à redire,

1 Cette histoire se lisait déjà dans le livre des Monstres de 1573 et 1575, après le long passage reproduit dans la note de la page précédente , et avant l’histoire de Lycosthènes. C’est d’après le texte de ces deux éditions primitives que j'ai restitué la dernière phrase, qui manque dans toutes les autres.

ET PRODIGES

fors qu'il auoit la queuë fort pelue 1,

Maistre Pierre Barque, chirurgien des bandes Françoises, et Claude le Grand chirurgien , demeurans à Verdun, n’agueres m'ont affirmé auoir pensé la femme d’un nommé Gras bonnet, demeurant audit Verdun, laquelle auoït vne aposteme au ventre : de laquelle ouuerte sortit auec le pus grand nombre de vers, gros comme les doigts, ayans la teste aïiguë, lesquels lui auoient rongé les intestins, en sorte qu'elle fut long temps qu’elle iettoit ses excremens fecaux par l’vlcere, et à present est du tout guerie ?.

Antonius Beniuenius, medecin de Florence, escrit qu’vn quidam nommé lean,menusier, aagé de quarante ans, auoit presque vne assiduelle douleur de cœur, pour laquelle auoit esté en danger de mort. Et pour y obuier, eut l'opinion de plusieurs medecins de son temps, sans toutesfois en auoir receu aucun allegement. Quelque temps apres s’adressa vers luy :

ayant consideré sa douleur, luy donna vn vomitoire , par lequel ietta grande quantité de matiere pourrie et corrompue , sans toutesfois appaiser sa douleur. Derechef luy ordonna yn autre vomitoire, au moyen duquel il vomit grande quantité de matiere , ensemble un ver de grandeur de quatre doigts, la teste rouge, ronde , et de grosseur d’vn gros pois, ayant le corps plein de poil follet, la queuë fourchue en forme de crois-

1 Paré ajoutait : Comme tu peux voir par le portrait cy-dessous, semblable à celuy que Gemma a mis en son liure. J'ai retranché cette absurde figure , que Paré eût bien fait de laisser à Gemma,

2 C’est par cette histoire, reproduite ici textuellement , que commençait le chapitre 16 du livre des Monstres en 1573.

sant, ensemble quatre pieds, deux au deuant, et deux au derriere {.

le dis encore qu'aux apostemes il se trouue des corps fort estranges, comme pierre, croye, Sablon, charbon, coquilles de limaçon, espics, foin, cornes , poil , et autres choses, ensemble plusieurs et diuers animaux, tant morts que viuans ?. Desquelles choses la generation (faite par corruption et diuerse alteration) ne nous doit estonner beaucoup, Si

nousconsiderons que, comme Nature

feconde à mis proportionnément en l'excellent Microcosme toute sorte de matiere, pour le faire ressembler et estre comme image viue de ce grand monde : aussi elle s’esbat à y representer toutes ses actions et mouuemens, n’estant iamais oisiue quand la matiere ne luy defaut point *.

1 Jci encore revenait la phrase habituelle, comme lu vois par ceste figure, suivie en effet de la figure annoncée, que j'ai supprimée comme les autres. Cette suppression m'a d'autant moins coûté que Benivieni n’ayait pas dônné‘de figure, et que c’est Paré qui l'avait fait faire d’après la description. Du reste, cette histoire ayait été ajoutée en chapitre en 1575, et la figure seulement en 1579.

2 I] a déjà dit quelque chose de semblable au livre des Tumeurs en general, Ch. 4: — Voyez t. 1, p. 324.

8 Dans l'édition de 1573, le chapitre se terminait ainsi :

Lay escript en mon Traicté de la Peste auoir veu vne femme qui auoit ielté vn ver par le siege de longueur plus d’une toise, de figure d’un serpent : qui voudra sçauoir la generation, les especes et differences, leurs diuersités de couleurs, figures d’iceux, les trouuera audict chapitre.

Cette citation se rapporte au Traité de la Peste de 1568, qui a été depuis divisé en deux livres, celui de La Peste, et celui de la petite Verolle et Lepre; c’est dans Ce dernier, chapitré 4, que l’on trouvera l’histoire et les détails annoncés par l’auteur.

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