‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 385 sur 602 · DISCOVRS DE LA LICORNE · texte numérisé non relu

DISCOVRS DE LA LICORNE

Jauois souhaïitté, discourant de la Licorne, que sil y auoit quelqu'vn qui en eust autre opinion que moy , il Juy pleust mettre ses raisons en auant : pensant que par le debat des raisons contraires , comme par le heurt de deux pierres, les viues estincelles de la verité viendroient à paroistre ?, qui pourroient exciter vne Jumiere si grande de tout ce fait en nos esprits, qu'on n’auroit plus occasion d'en douter. Ce mien souhait avest en parlie âduepu. Car il s’est trouué quelqu’vn qui, controllant mes esçrits , m'a vouln desdire en ce point: duquel toutesfois.lesraisons ne me semblent,si fortes, que pour cela äe doiue quitter mon party pour prendre;le sien , ainsi que espere monsrer, repliquant sur yne chacune d’icelles : laissant à part ses animosités, lesquelles estime luy estre eschap-

1 Cette réplique a paru isolément en 1582, comme je l'ai dit dans mon Introduction à Particle Bibliographie ; il n’y a pas été changé un «mot depuis. On ne sait pas le nom de l'adversaire à qui,Paré répondait, Voyez à cet égard mon Introduction, page ccLxxxiIx.

3 Belle comparaison. — A. P.

pées, plus pour zele qu’il porte à la verité, que pour opinion qu'il puisse auoir de moy autre que d’homme de bien , et studieux du profit public.

Sa premiere raison est, qu'il faut bien que la licorne aye de grandes ver- Lus , veu que Lous les sages demeurent entr'eux d'accord des admirables proprietés d'icelle. Et que partant il faut acquiescer à leur authorité : attendu qu'il vaut mieux faillir avec les sages, que bien opiner contre leur opinion.

Ie nie la premiere partie de ceste raison, attendu que comme ay monstré en mon precedent discours, messieurs Rondelet, Chappelain , et le docte Duret, ne font pas plus grand cas de la corne de Licorne, que d’autre corne quelconque: et toutesfois ces {rois là sont sageset clairs-voyans en Medecine. Quant à la seconde partie, ie dis tout au contraire, que i’aimerois mieux faire bien tout seul, que de faitlir non seulement auec les sages, mais mesme auec tout le reste du monde. Car l’excellence de la verité est si grande , qu’elle surpasse toute la sapience humaine, qui bien souuent n’est armée que de brauade, n’est enflée que de vent, n’est parée

que d'apparence et vanité : parquoy la seule verité doit estre cherchée, suiuie et cherie.

La seconde raison est, que le long temps qu'il y a que la Licorne est en vsage , monstre bien icelle estre bonne,

Ie replique que le long temps n’est pes suffisant pour prouuer la corne de Licorne auoir les vertus qu’on luy attribue. Car telle vogue n’est fondée qu’en opinion, et la verité(comme il dit lui-mesme) depend de la chose, et non des opinions. Parquoy rien ne sert de w’alleguer les Papes , Empereurs , Roys et Potentats, qui ont mis la corne de Licorne en leurs thresors :

car ils ne sont d’eux-mesmes iuges competans de la proprieté des choses naturelles : et ceux par les yeux desquels ils ont veu, ont esté ou louches ou conniuens, de leur auoir monstré ou laissé voir le noir pour le blanc.

Parquoy à bon droit André Marin, Medecin excellent de Florence, au Discours qu'il a fait de la faulse opinion de la Licorne, s’esmerueille Comment iusques icy il ne s’est trouué encore Medecin ou autre, tant amateur de son Prince, qui l'ait retiré de ceste erreur, la bannissant de ses cabinets comme vn abuset tromperie manifeste : concluant quesiprecieuxioyau n’estoit propre qu’aux basteleurs et imposteurs , et mal-seant aux Medecins, qui ont des remedes plus asseurés et approuués pour combattre les maladies malignes, veneneuses, et pestilentes.

Quant à ce qu'il dit, qu’il y a des Licornes, et que la saincte Escriture le tesmoigne: Le responds que quiconque pense alleguer celacontre moy, monstre qu'il a grande enuie de quereller.

Car quiest-ce qui croit cela mieux que moy? Qui est-ce qui le monstre mieux? l'en cite cinq passages de la

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