Decocti hordei mundati et in cremorem redacti
Lactis boni HD. j.
Vitellis ouorum duos.
Fiat clyster.
Nous vsons de tels clysteres pour nourrir enfans et gens debiles, comme en yn grand deuoyement d’estomach, quand il ne retient la viande qu’il prend. Toutesfois en l’vsage de tels clysteres faut auoir esgard à trois choses 1 : la premiere est qu’il faut auant que prendre tels clysteres , asseller le patient, soit par art auec vn suppositoire ou clystere, soit du propre mouuement dé nature, de peuf que tels clysteres nourrissans estans meslés auec les excremens, ne soient gastés et corrompus : la seconde est qu’il soit donné en grande quantité, à fin qu'il soit porté par tous les inteslins : la troisiéme est , s’il est possible, qu’on dorme aprés tels clysteres, tant à fin que le malade face mieux son profit et concoction de tels clysteres, qu’aussi qu'il les retienne mieux :
de tant que le dormir atreste toutes les euacuations. Pour laquelle mesme raison les Medecins defendent de mesler en tels clysteres, sel, miel, ou huile, par-ce que les deux premiers en detergeant irritent l’excretrice : et lä derniere en lubrifiant ?.
Aucuns veulent affermer que nul clystere peut estre nutrilif, à raison que ce qui doit nourrir doit auoir receu trois coctions : dont la premiere est au ventricule , là seconde au foye, la tierce en chacune partie de nostre corps. Mais telle opinion peut estre reprouuée tant par raison
1 Ces règles pour l'administration des layements nutritifs ont été empruntées presque textuellement au chapitre 48 du livre De la Peste de 1568 (aujourd’hui ch. 49); voyez ci-dessus la note de la page 454.
2 Le texte du livre De la Peste disait seulement de cette dernière raison : La troisiesine;.que le malade retienne son clystere ke plus longtemps qu'il Luy sera possible,
que par experience. Par raison, puis que les parties de nostre corps ont vn sentiment naturel de la chose qui defaut, et que la nutrition est repletion de ce qui a esté inany et vacué, telles parties estans debilitées par trop grande inanition faite és maladies, attirent premierement tout ce qui est conuenable à leur nature : ou au defaut de tel aliment le premier qui s’offrira. Or clysteres nutritifs ne sont faits que d’alimens doux, amiables, et familiers à Nature, grandement ja preparés à concoction 1: et pourtant telles choses estans és intestins, seront attirées des veines et arteres mesaraïques (qui ont quelque faculté de sanguifier, ainsi que dit Galien au liure De vsu partium) : des veines mesaraïques sont distribuées à la veine porte et au foye : et du foye à toutes les parties du corps, lesquelles aux grandes maladies, quand le patient ne peut prendre aliment par la bouche, demandent à estre remplies de ce qui leur est plus propre.
Par experience aussi, nous voyons que gens malades, estans long temps sans manger, par l’vsage de tels clysteres nutritifs ont esté aucunement soulagés et sustentés : à raison que les parties affamées attirent promptement ce qui leur est familier, le sucçant des veines, lesquelles, estans vuidées, attirent du foye et des veines mesaraiques À,
Qu’est:il besoin d'exemples plus
1 Le chapitre précité du livre de la Peste ajoutait ici :
«..… Comme tu pourras voir par cestuy sui uant que nous te baillons pour exemple :»
Et donnait ici la formule qui a été conservée au chapitre 49 du livre actuel dela Peste ; voyez ci-dessus, page 44.
2 Ici le chapitre cité du livre de la Peste
LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE
claires, veu qu’aucuns ( comme on a veu) ont reietté les clysteres par la bouche, voire les suppositoires? Ce qui monstre bien que lattraction n'est pas seulement faite des veines mesaraïques, mais aussi du ventricule, et des autres parties !.
Telles trop curieuses disputes ie laisseray à present , pour declarer le temps de prendre clysteres, et l’vsage.
L'on a coustume de prendre <lysteres à toutes heures deuant et aprés disner, moyennant que soit loin du repas, de peur que ne soit faite attraction par le clystere de la viande estant encores à cuire en l’estomach.
Parquoy on les peut prendre à six, sept, huit, neuf heures du matin auant disner, ou quatre, cinq, six aprés.
L'vsagedesclysteres est assezmanifeste par la connoissance de la matiere qui entre en iceux : ioint que tous ont vn commun vysage, qui est d'aider l’expulsion des superfluités contenues és intestins , et successiue-
ajoutait le paragraphe suivant, qui a été effacé depuis :
« Or que quelque substance se puisse attirer des intestins pour alimenter nostre corps, on le peut encor prouuer par les verollez qui ont nodositez aux os : car leur faisant faire la diette tenüe, lesdictes nodositez se resoluent, consument et degastent du tout par le moyen de la chaleur naturelle, qui attire et opere incessamment, non seulement aux aliments, mais aussi aux humeurs et excrements qui ia auoyent esté iettez par Nature comme chose à elle nuisible et superflüe, ainsi que l’on voit aussi en ce qu’vn homme ayant extreme faim et soif mangera du pain à demy pourry, et boira de l’eaüe trouble ef de mauuais goust, »
1 Là se termine l'emprunt fait au livre de la Peste de 1568.
DÉS ment des autres parties. D’auantage quand laage ou la vertu du malade (comme aduient aux enfans, et gens débiles et malades) n’est suffisante à porter medecine, lors sommes contraints d’vser de clysteres, à cause qu’il ne debilitent point tant les forces que les medecines. Pour céste cause, aucuns ont coustume de prendre clysteres de deux iours l’vn , encores qu'ils soient sains, quand Nature est paresseuse à ietter les excremens. À gens malades ils sont ordonnés plus souuent, pour tousjours tenir lasche le ventre.
L’vsage desdits clysteres a esté inuenté des cicoignes , lesquelles de leur propre mouuement naturel iettent de l’eau de la mer (qui pour sa salsitude a vertu d’irriter et euacuer ) en leur siege pour s’asseller, ainsi que recite Galien en son Introductoire de Medecine.
La maniere de prendre clystere est telle. lorsque le patient lerecoit , qu'il ait la bouche ouuerte, à cause que tousles muscles qui aident à l’expulsion sont laschés, qu'il n’ait rien qui lui comprime le ventre, et qu’il soit situé en figure courbe pour le rece-
Figure d’un instrument propre pour se donner soy-mesme vn clystere ?.
MÈDICAMENS.
uoir plus à l'aise, estant couché sur le costé droit. Car par telle situation le clystere receu penetrant iusques au haut des intestins, quasi comme d’vn rauage, laue plus facilement tout le ventre : où au contraire le patient estant situé sur le costé gauche, il aduient que le clystere est contraint de demeurer au rectum ou au colon : pour-ce qu'iceux par telle assiette sont pressés de la masse et pesanteur des autresintestins superieurs.
Aprés qu’il a receu, il doit demeurer quelque temps sur son dos, puis se tourner de costé et d’autre, ou sur la douleur, s’il luy est possible !.
Or il se trouue certaines femmes qui pour nulles choses ne voudroient prendre vn clystere de ia main d'vn homme, pour vne vergongne et honte qu’elles ont de se monsirer : à ceste cause Pay fait portraire cest instrument, duquel elles se pourront aider à receuoir vn clystere, le mettant par deuant (ayant vn peu les fesses leuées) la cannule dans le siege marquée B. puis versera la liqueur dedans la boële marquée A. Le couuercle marqué D.
4 Ici finissait le chapitre en 1575; ce qui suit est de 1579.
2 J'ai dit dans mon Introduction, p. XCIX, quand et par qui avait été inventée la se-
Autre sSyrinque pour bailler clystere aux hommes.