CHAPITRE
QVE C’EST QVE DISTILLATION, ET COM- BIEN DE SORTES OV MANIBRES IL Y A DE DISTILLER.
Or maintenant il nous reste encore sommairement traiter des medicamens pyrotiques et chimiques, c’està-dire extraits par distillation de quinte-essence, en laquelle il y a vne vertu singuliere et quasi diuine des choses qui sont distillées : qui a tellement raui les esprits des hommes, que bien peu de choses se trouuent ayans quelques effets et singularités
1 Ce livre est une sorte de complément du précédent, ainsi que l’auteur le fait entendre dès la première phrase; c’est en quelque sorte la matière médicale moderne faisant suite à la matière médicale des anciens. Il a été publié dans la premiére édition des OEuvres complètes, en 1575, et à peine y a-t-il été fait plus tard quelques changements. Quant à la source d’où Paré V'a tiré, elle me parait assez bien indiquée par une phrase qui se lisait en 1575, et qui a été retranchée dans toutes les autres éditions; je l'ai reproduite dans la note suivante. Du reste, le sujet fout spécial de ce livre me dispensait d’y joindre des notes historiques ou criliques; je me suis contenté de signaler avec soin les variantes, Il
en soy, que l’on ne soubmette à la distillation ?.
Distiller, c’est vn art et moyen par lequel la liqueur ou humidité d’aucunes choses, par la vertu et force du feu, ou de chaleur semblable (comme les matieres le requierent) est extraite et tirée, estant premierement subtiliée en vapeur, puis reserrée et espaissie par froideur. Aucuns appellent cest art sublimer, qui ne signifie autre chose que separer le pur de l’impur, les parties plus subtiles et deliées d’auec les plus corpulentes, espaisses, et excrementeuses : mesmement faire que les matieres desquelles la sub-
y avait un certain nombre de figures représentant des appareils à distillation; comme Paré n’avait fait sans doute que les copier sur d’autres, il m'a paru inutile de les conserver.
2 L'édition de 1575 ajoutait ici :
«Ce qui a esté amplement descrit par monsieur Liebault, Docteur regent en la Faculté de medecine à Paris, personnage doué d’vn singulier esprit, auquel sommes grandement attenus, tant pour la version du second tome d’Euuonyme trailtant de telle matiere, que pour sa Maison rustique, qu’il a ces derniers iours mise en lumiere, au grand profit et vlilité du public. »
Cette phrase a été effacée dès 1579. La traduction citée de Liebault avait paru en 1573.
DES DISTILLATIONS
stance est grossicre soient rendues plus pures, nettes et sinceres : ou bien que les parties terrestres assez mal vnies el coniointes, ou autrement par trop confuses, et espandues par toute la substance de leur corps, soient resserrées, mieux vnies et amassées ensemble, de façon que, separées par chaleur, chacune demeure à part au fond de l’alembic et vaisseau. Ou bien distillation est vne extraction ou effusion d'humeur , decoulante goutte à goutte par alembic, ou autre tel vaisseau : laquelle, moyennant quelque coction qui se fait par la vertu de chaleur, separe plusieurs substances les vnes d’auec les autres, et reduit quelques vnes d’icelles separées et esleuées en vne certaine forme et vertu, qui par aprés sert et profite beaucoup à plusieurs affections et maladies.
Aucunes matieres demandent chaleur de feu clair, autres de charbon, ou du soleil, ou des cendres , ou arenes, où limeures de fer puluerisées :
. les autres veulent chaleur de fiens de cheual , ou d’eau boüiilante , ou la vapeur d’icelle seulement.
On remarque quatre degrés de chaleur au feu duquel on distille, dont le premier est tiede, comme vne eau à demie chaude, ou la vapeur d’vne eau boüillante : le second est vn peu plus chaud, toutesfois on y peut souffrir la main sans offense, comme est la chaleur de la cendre : le tiers est encore plus chaud, tellement qu’il peut offenser griefuement si on y tient la main longuement, comme est la chaleur des arenes : le quart est si vehement que l’on n’y peut endurer la main sans brusler, comme est la chaleur d’escaille ou limature de fer. Le premier degré est conuenable pour distiller Les matieres subtiles et
humides, comme les fleurs. Le second pour les subtiles et seiches, ainsi que les choses odorantes et aromatiques, comme canelle, gingembre, cloux de girofles. Le tiers pour distiller les matieres de substance espaisseet pleines de suc, comme sont plusieurs racines et gommes. Le quart pour la distillation des metaux et mineraux, comme l’alum, le vitriol, l'ambre, le gagatés, et semblables.
Pareïllement on peut distiller sans chaleur, comme nous voyons és choses qui sont distillées en forme de colatures, à sçauoir quand la plus pure partie est extraite et separée de la partie plus limonneuse et terrestre, comme l’on fait du laict virginal, et autres choses qui se font par le moyen du feutre ou chausse d’hippocras, ou piece de drap en forme de languette, ou de sablon, ou de vaisseaux faits de bois de lierre. Quelquesfois aussi on distille des matieres par froideur et humidité, ainsi que se fait l'huile de tartre et myrrhe, vitriol, lors qu’elles sont mises en lieu froid et humide sur le marbre.