‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 482 sur 602 · COMME IL FAVT PREPARER LES MATIERES DEVANT QV’EN DISTILLER LES EAVX · texte numérisé non relu

COMME IL FAVT PREPARER LES MATIERES DEVANT QV’EN DISTILLER LES EAVX

Il faut que les matieres qu’on veut distiller soient preparées auant que les mettre aux alembics : et telle preparation n’est autre chose que les inciser, piler et macerer, c’est-à-dire tremper en quelque liqueur, pour rendre les matieres plus promptes et faciles d’estre distillées, et aussi pour en tirer plus de suc, et pour garder leur odeur et vertu. Vray est que ceste preparation n’est necessaire à toutes matieres : car aucunes n’ont besoin d’estre infuses et trempées, mais au contraire desseichées auant que d’estre distillées, comme la sauge, thym, rosmarin, et semblables, à raison de leur trop grande humidité : les autres se contentent d’estre arrousées de quelque liqueur.

Or en ceste preparation faut obseruer deux choses, à sçauoir, le temps de l’infusion , et la liqueur dans laquelle les matieres sont infusées. Le temps de l'infusion doit estre mesuré selon la diuersité des matieres , car celles qui sont dures et solides, ou seiches, ou entieres : meritent plus longue infusion que les tendres ou recentes, ou pilées; dont aduient que les racines et les semences demandent plus long temps d’infusion, les fleurs et fueilles moindre , et aussi consequemment de telles autres matieres.

Les liqueurs ausquelles se fait l’infusion doiuent respondre à la qualité des matieres qu'on veut distiller, comme les matieres chaudes doiuent estre infusées en liqueurs chaudes, et les froides en liqueurs froides. Pa-

DES reillement les matieres qui ont peu

de suc, comme la sauge, betoine, ab- !

sinthe, et autres semblables , ou qui sont fort odorantes, comme toutes sortes d’espiceries, toutes sortesd'herbes, ou escorce de bois odorant, comme la canelle , veulent estre infusées en vin, à fin d’en extraire leur suc, et garder aux odorantes leur odeur, qui se peut facilement euaporer par l’action du feu, à raison de leur substance ténue. Et lorsque l'on veut que quelque eauretienne mieux la vertu de la matiere dont elle est distillée, on la doit infuser et distiller en son suc, ou en autre qui ait pareille vertu.

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