VIT
Auant que donner le moyen de distiller les eaux, il m’a semblé bon d’esecrire combien il y a de sortes d'eaux, et de leurs diuerses vertus. Donc les vnes sont medicamenteuses, comme l’eau rose, de plantain, d’ozeille, sauge, et autres : les autres sont alimenteuses, comme les restaurans :
les autres sont medicamenteuses et alimenteuses , comme les restaurans alimenteux , ausuuels on met des choses medicamuteuses. Autres sont purgatiues., comme l’eau ou liqueur derheubarbe, si elle estoit recente ou verte. Autres sont faites pour embellir la face et mains. Autres sont odorifiques, comme celles qui sont tirées des aromates, pour lauer les mains et tout le corps.
ÆEau de rose.
Pour distiller vne bonne eau de
DISTILLATIONS
Gai
rose, il faut faire infuser ou tremper les roses'en eau de rose distillée, ou bien en suc tiré d’icelles, et ce par l’espace de deux ou trois iours, ton vaisseau estant bien bouché et luté : puis les mettre en ton alembic de verre couuert de son chapiteau bien luté et accommodé de son recipient , et le mettre au vaisseau de baing Marie, comme ie L’ay descrit cy dessus.
Æau alimenteuse ou restauratiue,
Les eaux alimenteuses et restauratiues ne sont aulres choses que restaurans, desquels ie t'ay bien voulu donner le vray moyen de les distiller.
Prenez chair de veau, mouton, chéureau, chapon, poullets, poulles grasses, perdris, phaisans, en telle quantité qu’il tesemblera bon, hachées bien menu : et pour diminuer la chaleur qu’ils acquierent, on mettra vne poignée d’orge mondé, vne poignée de roses rouges seiches ou recentes , qui premierement auront trempé en jus de grenades , citrons , et cau rose, et quelque peu de canelle. Si l’on veut faire le restaurant medicamenteux, ou y adioustera cheses <ommyriAt es à la maladie, comme poudres cordiales, sçauoir electuaire diamadgaritum frigidum, de gemmis, aros Faticum rosatum, conserue de buglosse, bourrache , racines, herbes , semences, et autres semblables. Et si c’estoit pour bailler à vn pestiferé, on y adioustera du theriaque ou methridat, et autres alexiteres.
Il faut disposer les choses par petits lits (dit ordinairement stratum super stratum ) en l’alembic de verre, et le faire distiller au baing Marie, ou sur cendres ou arenes chaudes: reïterant
l’eau plusieurs fois dessus, et le laissant infuser !.
On peut faire d’autres restaurans plus subitement, et à moins de frais ny tant de peine. IL faut bien battre les chairs, puis les hacher à petits morceaux, et les faut enfiler de fil double ou fisselle, et qu'ils tiennent l'vn à l’autre : aprés on les mettra dedans une grosse bouteille de verre, et que le fil sorte hors : laquelle sera bien estoupée par dessus auec linges, coton, fil, trempés en lut fait de blanc d'œuf et farine. L’on mettra ceste bouteille en vn chaudron plein d'eau iusques au col, et qu’elle ne touche le fond du chaudron , et ainsi qu’elle soit bien appuyée de toute part , à fin qu’elle ne vacille , comme tu as veu par cy deuant : laquelle estant bien accommodée, on fera boüillir à petit feu par l’espace de quatre heures, plus où moins, iusques à tant que la plus grande partie de la chair soit conuertie en suc ou
1 J'ai encore retranché en cet endroit le Portrait de baing Marie, lequel peut seruir à distiller par cendres ; et, comme pour Jes figures précédentes, je me borne à en reproduire la rubrique.
a mi En CAT « ASMBi0nstre 1è fourneau de terre, auquel ist monstré la gueule pour tirer les
vn autre fourneau posé dans
rneau , lequèlest fait de cuiure, et passe tout au trauers de la cuue faite de cuiure, pour eschauffer l’eau ou cendre contenue dedans.
G La cuue où est contenue l’eau, cendres, ou sable.
D Les alembics disposés dans ladite eau, sable, ou cendre, auec le bec de leur recipient. »
LE VINGT-SIXIÈME LIVRE
jus : les quatre heures passées, on 0stera le chaudron du feu sans oster la bouteille de dedans : car si vous lostiez promptement , elle se pourroit rompre, à raison qu’elle seroit enuironnée (estant chaude) de Pair froid :
estant refroidie on l’ostera du feu, et sera destouppée : puis tirerez les fils auec las chairs, de façon que le suc demeurera seul. Coulez ceste liqueur en chausse d’hippocras, et l’aromatisez auec sucre et cannelle, y adioustant vn peu de jus de citron, ou verjus , ou vn peu de vinaigre , selon le goust du malade : l’on peut selon ceste forme faire restaurans telsqu’on voudra, plus ou moins chers et delicats, alimenteux et medicamenteux.
Æau purgatiue.
On peut tirer la vertu des medicaments purgatifs, turbith, agaric, rheubarbe et autres, comme l’on tire l'essence et esprit de la sauge, rosmarin , thym, anis, fenoil, girofle, canelle , muscade , et autres , mais par vyne facon toute autre que les eaux ny huiles : parce qu’elles sont de nature subtile et aëréé, montant quand on les distille : mais la vertu purgatiue au contraire, parce qu’elle est coniointe inseparablement auec sa propre substance, ne monte point, mais demeure au tond, comme sera monstré cy aprés.
Eaux pour embellir la face.
Quant aux eaux pour embellir la face, et autres qui sont odorifiques , nous en auons traité cy deuant : lesquelles seront distillées èn balneo Mariæ, à sçauoir ainsi que l’eau de roses.
DES DISTILLATIONS