‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 484 sur 602 · CHAPITRE VIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIT

DE LA MANIERE DE DISTILLER L’EAY DE VIE , APPELÉE L’'AME OV L'ESPRIT DE VIN.

Prenez de bon vin blanc ou clairet, fort vineux , ou de leur lie, et non de vin aigri, ny esuenté, ou.infect, la quantité selon la grandeur du vaisseau auquel tu veux faire ta distillation : emply-le iusques à la tierce partie, puisle faut couurir de sa chape à long bec , et ainsi fais le distiller au baing Marie : situ veux auoir l’eau de vie excellente, la faut rectifier deux ou trois fois, voire iusques à sept. Et faut obseruer que pour la premieredistillation sera assez de lirer la quatriéme partie, à sçauoir, de douze pintes trois ou quatre : pour la seconde, la moitié, qui seroit deux pintes : pour la tierce , autre moitié, qui sera vne pinte, et plus : tellement que plus de fois sera distillée, moins en y aura, et aussi mieux vaudra, le serois d’aduis qne la premiere distillation fust au feu de cendres, et les autres au baing Marie.

Or les moyens par lesquels on connoist l’eau de vie estre assez distillée, sont , qu’estant posée en yne cuillier et allumée, elle se consomme du tout, ne laissant aucune marque d’humidité au fond de la cuillier : aussi si on trempe vn linge en ladite eau, estant allumé brusle sans offenser le drappeau : pareillement si vne goutte d'huile est iettée en ladite eau, elle va au fond : comme si quelque peu d'icelle est espandue sur la main, se consomme et penetre bien tost. Les vertus de l’eau de vie sont infinies :

elle aide aux epilepsies, apoplexies ,

et generalement à toutes maladies froides : elle sede la douleur des dents, elle est vtile aux ponctions, és playes des nerfs, aux defaillances de cœur et syncopes, aux gangrenes et pourritures, mixtionnée auec autres medicamens, à fin de les faire penetrer au profond des parties.

Entre la distillation du vin et vinaigre, il y a difference, parce que le vin est de substance vaporeuse et aérée, et la meilleure vertu qui est eniceluy gist en la premiere distillation, c’est-à-dire, à l’eau qui est dislillée la premiere, qui est la vertu aërée et ignée : tellement que ce qui reste et demeure au vaisseau est froid et sec, de nature de vinaigre. Au contraire l’eau premiere du vinaigre est insipide, et n’est que phlegme, comme auons dit , parce qu’en la corruption et alteration du vin se fait separation de la vertu aérée et ignée en s’aigrissant, et n'y demeure que le phlegme qui fait la corruption du vinaigre, lequel predominant est contraint de sortir le premier. Parquoy, pour auoir bon vinaigre par distillation, aprés l’auoir mis en pareille quantité qu’auons dit du vin pour faire l’eau de vie, dedans l’alembic, faut laisser distiller le phlegme ou l'aquosité, et le mettre à part : puis quand on sentira au gouster que l’acetosité ou esprit viendra , Le feu sera continuéiusques à ce qu’il s’espaississe en forme de miel, èt lors cesserez , autrement aurez par l’adustion vne grande puanteur,

Or les vaisseaux pour distiller tant l’eau de vie quele vinaigre sont diuers, à sçauoir, l’alembic, ou retorte, posée dans les cendres ou arenes. On les peut pareillement distiller dedans vn chaudron , ou pot de cuiure d’airain, fait en forme de marmite appellé ves-

sie vulgairement, couuert d’yn couuercle, duquel sort vn canal droit, coùrbé en angle droit, qui passe dedans vn muy plein d’eau fraische, lequel te sera portrait lorsqu’on donnera la maniere de distiller l'huile des vegetaux, c’està dire , des herbes et plantes.

JHAPITRE IX.

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