‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 506 sur 602 · LES CORPS MORTS · texte numérisé non relu

LES CORPS MORTS

J1 reste à present instruire le ieune Chirurgien à bien faire rapport en Justice , lors qu’il y sera appellé, soit pour la mort des blessés, ou impotence , ou deprauation de Paction de quelque partie. En ce il doit estre caut , c’est-à-dire, ingenieux à faire son prognostic , à cause que l’euenement des maladies est le plus souuent difficile, ainsi que nous a laissé par éscrit Hippocrates au commencement de ses Aphorismes ? , à raison princi-

1 Ce livre est encore une des créations de Paré, et c'est le premier traité spécial que je connaïissé consacré à la médecine légale.

1} parut pour la première fois dans la grande édition de 1575; et alors il contenait un fort long article sur les poisons, que l’auteur reporta plus tard dans son livre des ’enins, en supprimant cependant tout-à-fait deux histoires fort intéressantes. En 1579, le livre, ainsi dépouillé, reçut en d’autres endroits de notables additions ; et enfin l'édition de 1585, suivie par toutes les éditions posthumes , retrancha quelque chose du texte de 1579, et le compléta par de nouveaux articles. On voit par cet exposé que nous aurons à rencontrer des variantes assez importantes; j'aurai grand soin de les signaler. J’a-

.jouterai ici qu'avant 1585 le livre n'était point divisé en chapitres ; alors seulement,

palement de l'incertitude du suiet sur lequel l’art de Chirurgie est employé. Mesme le prémier et principal point est, qu’il ait vne bonne ame, ayant la crainte de Dieu deuant ses yeux, ne rapportant les playes grandes petites, ny les petites grandes, par faueur ou autrement : parce qué les Iurisconsultes iugent selon qu'on leur rapporte.

Les anciens nous ont laissé par es crit, que les playes estoient dites

pour établir sans doute plus de réssemblance entre cette partie dé son œuvre et toutes les autres, Päré le divisa en deux chapitres sans titres, ét, il faut bien le dire, sans beaucoup de rapport avec les matières traitées dans l’un et dansl’autre. C’est ainsi que la deuxième partie du livré, consacrée à l’'embaumement , faisait suite au deuxième chapitre, lequel séparait sans raison ni ulilité les Rapports de la première partie. Jai donc retranché cette division inutile et peu rationnélle; et, en revanche, j'ai rétabli dans le texte plusieurs titres des premières éditions, qui dans les suivantes avaient été rejetés parmi les notes marginales.

3 Edition de 1585 :

Hippôcrates dans sa protestation ; et le reste dé la phrase est également de 1579,

ainsi que nous a laissé

grandes en trois manieres. La premiere pour la grandeur de la diuision, comme yn coup de coutelas, ou autre instrument, qui aura coupé la moitié d’vn bras ou vne iambe : ou quelque coup d’espée, et d’autres semblables armes , donné au trauers du corps. La seconde, pour la principauté de la partie qui doit estre estimée pour l’action : comme vne petite playe faite d’vn poinçon, ou autre instrument’qui sera pointu et delié, penetrant en la substance de quelque partie noble, comme cerueau, cœur, foye, ou autre partie qui leur face seruice necessaire , comme l’æœsophague, poulmon, et vessie, etc. La troisiéme pour la mauuaise morigeration et cacochymie de tout le corps, ou imbecillité d’iceluy : comme si la playe est faite à vne vieille personne, où les forces et vertus sont grandement diminuées. Pareillement le Chirurgien se gardera d’estre trompé et deceu par la sonde en cherchant, ne trouuant la profondeur de la playe :

à cause qu’il n’aura situé le blessé en mesme situation qu’il estoit quand il fut blessé : ou que le coup sera entré de ligne droite, et qu’il sera retourné à dextre ou à senestre , ou dehaut en bas , ou de bas en haut : de façon que le chirurgien estimera la playe petite, et fera rapport que la playe bien tost se pourra guarir , neantmoins le blessé mourra en briefs jours. A ceste cause il ne doit asseoir son iugement aux premiers iours, mais doit attendre que le neufiéme soit passé, qui est vn terme où le plus souuent les accidens se monstrent plus grands ou plus petits, selon la nature des corps et des parties blessées, et de l’air ambiens extremement froid ou chaud, ou ayant acquis venenosité.

En general, les signes par lesquels

LE VINGT-SEPTIÉME LIVRE

on peut aisément iuger des maladies, si elles sont grandes ou petites, briefues ou longues, mortelles ou legeres, sont quatre : car ils sont pris et tirés ou de l'essence et nature de la maladie, ou des causes d’icelle, ou de ses effets, ou de la similitude, proportion, et comparaison d’icelles maladies au temps qui court.

Exemple des signes tirés de l’essence de la maladie. Si l’on propose vne playe recente, qui n’ait autre essence et mal que de simple solution de continuité en vn muscle, incontinent prononcerons icelle estre sans danger et de peu de durée. Mais si la solution de continuité a complication d’vlcere , comme si elle est sanieuse, et de plus de trois iours, nous pro:

noncerons icelle estre de difficile et plus longue curation.

Exemple des signes tirés des causes de la maladie : comme si la playe a esté faite en la teste d’vn instrument aigu, pointu, et pesant, sçauoir d’vn maillet : si le coup est venu de haut, de grande force, et de droit fil, nous prononcerons la playe estre dangereuse, voire mortelle, si les autres signes y consentent.

Exemple des effets : comme si le patient est tombé et terrassé du coup, s'il a eu vomissement de cholere , esbloüissement aux yeux, flux de sang par le nez et les oreilles, alienation d'esprit et de memoire, auec stupidité de tous sentimens, nous prononcerons iceluy estre en danger euident de sa vie.

Exemple de la similitude , proportion, et comparaison dela maladie au temps qui court : Comme au temps de la bataille saint Denys, et siege de Roüen, pour l’indisposition et malignité de l'air, ou pour la cacochymie des corps et perturbation des hu-

DES RAPPORTS

meurs , presque toutes les playes estoient mortelles : et principalement celles qui estoient faites d’harquebuse, Parquoy nous pouuions lors (eu esgard au temps qui couroit) prononcer tel homme blessé estre en peril de mort. Ainsi voyons nous en certaines années les rougeolles et verolles des petits enfans estre pestilentes et mortelles, et coniointes auec vomissemens ou dysenteries furieuses : parquoy en tel cas nous pourrons iuger,et de l’euenement de la maladie, et du moyen de l’euenement.

Or les signes des parties vulnerées sont ceux qui s’ensuiuent.

Les signes que le cerueau est offensé et le crane fracturé sont plusieurs.

Si le malade tombe du coup en terre, s'il demeure quelque temps sans parler, oùyr, ne voir, ayant perdu connoissance et raison: s’il a rendu ses excremens inuolontairement, s’il luy semble que tout tourne s’en dessus dessous, s’il a ietté sang par le nez, bouche, et oreilles, s’il a vomi de la cholere : ce sont signes qui nous donnent à entendre par raison que le crane est rompu. Mais par les sens iceluy mesme se connoist estre rompu, quand en pressant des doigts dessus, on sent au tact l'os estre esleué ou enfoncé contre le naturel.

Pareïllement se connoist au sens de la veuë, lors qu’il est denué , et qu’on frappe dessus auecques vne sonde de fer, et qu’il sonne cassé, comme si l'on frappoit sur Ÿn pot de terre fellé et rompu : voila les signes qui demonstrent le cerueau estre offensé, et le crane fracturé.

On peut prognostiquer et rapporter la mort du blessé, Lors qu’il a du tout perdu sa raison et memoire, où s’il deuient du tout muet, ayant les yeux

tenebreux, et se veut ietter hors du lit, ne se pouuant au reste nullement mouuoir : ayant la fiéure continue, la langue noire et seiche, et les léures de la playe arides, ne iettans aucune chose , ou bien peu : et mesme si elle est de couleur blaffarde, comme d’vne chair salée : ou qu’il ait apoplexie, fre nesie , spasme, paralysie , relenant son vrine et autres excremens, ou les laisse couler inuolontairement, Si tels signes apparoissent , fais ton rapport que bien tost le malade mourra.

Les signes que la trachée artere et l'wsophage

sont coupés.

Celase connoist au sens de la veuë :

aussi le blessé perd la parole, el ne peut plus boire ny manger, parce que chacune’ partie coupée se relire, l’vne en haut, l’autre en bas, et tost aprés la mort s’ensuit.

Les signes que la playe penetre dans le thorax.

C'est que par la playe on voit sortir de l’air, auecques vn sifflement, et le malade peine à respirer, principalement quand il y a quantité de sang tombé sur le diaphragme, le-

quel il iette par la bouche en cra-

chant: la fiéure suruiént, ef puatM£ür d’haleine, à cause que le nd se pourrit et conuertit en vne ‘anie fetide : et le malade ne peut ‘Émeurer couché que sur le dos, 2t a souuent volonté de vomir. Et s’il reschappe, le plus souuent sa playe degenere en fistule, et meurt tabide et sec.

Les signes du poulmon vulneré,

C’est qu’il sort par la playe vn sang spumeux , auec toux et grande diffi-

-. Les si hifüi Tan acTiImaer

culté de respirer, et douleur aux costés.

Les signes que le cœur est blessé.

C’est qu'il sort par la playe grande quantité de sang, auec vn tremblement vniuersel de tout le corps, le poux languide et fort petit, la couleur palle, sueur froide, auecques syncope, et les extremités fort froides :

et Lost la mort s'ensuit.

Les signes du diaphragme.

C’est que le malade sent vne grande pesanteur au lieu vulneré, et a perturbation de raison, et vne ({resgrande difficulté d'halener, toux, el douleurs aiguës, et les flancsseretirent contre-mont : si tels signes apparoissent, fay rapport de mort hardiment.

Les signes que la veine caue et grande artère sont vulnerées.

C’est que le malade meurt promptement, à cause de la subite et grande vacualion qui se fait du sang et esprits qui remplissent le ventre inferieur ou thorax, faisant cesser l’action des poumons et du cœur.

nes que la moëlle de l’espine du dos est | blessée.

C’est que le malade subit tombe en paralsie ou conuulsion, et le sentiment et mouuement des parties inferieures se perd, et les excremens, comme la maliere fecale et vyrine, sont iettés inuolontairement, ou du tout retenus.

Les signes que Le foye est vulneré.

C’est qu'il sort grande quantité de sang par la playe, et le blessé sent

LE VINGT-SEPTIÈME LIVRE

vne douleur poignante qui s’estend iusques à la cartilage scutiforme: et le sang decoulant dedans le ventre souuent se pourrit, et cause de pernicieux -accidens, et le plus souuent la mort.

Les signes que l'estomach est vulneré.

C’est que le manger et boire sortent par la playe, et vomit souuent pure cholere et sang : il suruient sueurs et refroidissement des extremités , et la mort tost aprés aduient.

Les signes que la ratelle est vulnerée.

C'est qu’il sort par la playe vn gros sang noir , et le malade est grandement alteré, et a douleur au costé senestre: et sile sang decoule dedans le ventre, souuent se pourrit, dont plusieurs accidens sourdent, et souuent la mort les saisit.

Les signes que les intestins sont vulnerés.

C’est que le malade sent vne grande contorsion et douleur au ventre , et la matiere fecale sort par la playe souuent ,; et grande quantité des boyaux sort par icelle hors le ventre.

Les signes que les rongnons sontvulnerés.

C’est que le malade a difficulté d’vriner, et iette du sang auec lvrine, et a douleur aux aines, verge, et testicules,

Les signes que La vessie est vulnerée et les pores vreleres,

C’est que le malade sent douleur aux flancs, et les parties du penil sont tendues, et s'il'iette l’vrine sanglante, et quelquesfois mesme par la

playe, -

DES RAPPORTS

Les signes que la femme a son amarry vulneré.

C’est que le sang sort par ses parties honteuses , et a presque semblables accidens que ceux qui ont la vessie vulnerée.

Les signes que les nerfs sont piqués ou à demy

coupés.

C’est que le malade sent vne douleur vehemente au lieu blessé, et aussi que promptement luy suruient inflammation, fluxion, spasme, fiéure, aposteme, et conuulsion !t, et quelquesfois aussi gangrene et mortification de la partie : dont suruient la mort, si le malade n’est bien et promptement secouru, comme ÿay escrit cy deuant parlant des playes des nerfs.

Aprés auoir baillé les signes pour connoistre les parties de nosire corps vulnerées, à fin d’en faire rapport en iuslice , pour plus grande et facile intelligence m'a semblé bon te donner le formulaire de ces quatre rapports : dont le premier sera de rapporter de necessité de la mort du blessé : le second sera douteux de la mort ou de la vie : le troisiéme du mehain, c’est-à-dire de l’impotence d’vne partie biessée : le quart, de plusieurs parties blessées ensemble.

Selon lesquels formulaires tu en pourras faire d’autres, ainsi que connoistras par les signes cy dessus escrits, telles ou telles parties du corps estre vulnerées.

4 J'ai rétabli dans cette énumération le mot spasme , omis dans toutes les éditions

posthumes. 1} faut avertir aussi qu'après le |

mot conuulsion, l'édition de 1575 ajoutait :

qu'on appelle non proportionnee à la matiere. Ce membre de phrase a été effacé dès 1979.

Exemple d’un rapport de necessité concluant à la mort.

Pay A. P. ceiourd’huy par l’ordonnance de messeigneurs de la Cour de Parlement, me suis transporté en la maison de tel, rue sainct Germain, à l'enseigne de S.—Lequel ÿay trouué gisant au lit, ayant vne playe à la teste, partie senestre, située sur l’os temporal, auec fracture et embarreure , dont aucunes parties dudit os, les deux membranes estans rompues, sont enfoncées en la substance du cerueau. Au moyen dequoy ledit tel a perdu toute connoissance de raison, auecques vne conuulsion, le poulx fort pelit, et sueur froide : au reste, tant degousté qu'il ne boit ny mange.

À cause dequoy certifie que bien tost mourra : tesmoing mon seing manuel cy mis le, etc.

Exemple d'un rapport douteux de la mort.

Pay tel, etc., par le commandement de monsieur le Lieutenant Criminel , suis allé en la maison de N., lequel ay veu gisant au lit, ayant trouué sur son corps vne playe faite d’vn instrument trenchant, située au milieu de la cuisse dextre, de grandeur de trois doigts ou enuiron, penetrante tout oùtfé, aueccues incision de veines et arteres : à raison dequoy est suruenu vn bien grand flux de sang, qui luy a prosterné et abbatu les forces. Au, moyen dequoy

| tombe souuent en defaillance de

cœur, et toute la cuisse est grande-

| ment tumefiée et liuide, dont plu-

sieurs pernicieux accidens s’en pourroient ensuiure : parquoy ie dy que ledit tel est en grand danger de mort.

Et tout ce certifie estre vray, tesmoing

| mon seing manuel cy mis le , etc.

Exemple d'un rapport de mehainou impotence.

l'ay tel, etc., par le commandement de monsieur le Procureur du Roy, me suis transporté en la maison de monsieur, etc., ruesainct Pierre aux Bœufs, pour visiter vn tel, etc., sur lequel ray trouué vne playe à la iointure dujarret dextre, de grandeur de quatre doigts ou enuiron, auecques incision des cordes ou tendons qui plient la iambe, ensemble incision de veines, arteres, et nerfs. Au moyen dequoy est ledit tel en danger de mort, pour les accidens qui en telles playes viennent le plus souuent, comme extreme douleur, fiéure, inflammation, aposteme, conuulsion, gangrene, et autres. Parquoy a ledit tel besoin tenir bon regime, et estre bien et deuëment pensé et medicamenté : et où il eschappera de la mort, à iamais demeurera impotent de la partie. Et tout ce certifie estre vray, tesmoing mon seing manuel cy mis le iour, etc., mil, etc.

Exemple d'un rapport d'un homme blessé deplusieurs coups, el en diuerses parties du corps.

Nous soubssignés Chirurgiens, ce iourd’huy vingt et vniéme , elc., par le commandement de Messeigneurs de la Coûr de Parlement, sommes allés au logis de tel, rue S. Denis, à l'enseigne desaincte Catherine, pour visiter vn nommé, etc., gentilhomme des ordonnances du Roy, sur lequel auons trouué cinq playes. La premiere , située à la teste, au milieu de los coronal, de grandeur de trois doigts ou enuiron, penetrante iusques à la seconde table, dont luy auons tiré trois esquilles dudit os.

Item, vne autre playe au trauers de la iouë, partie dextre, comprenant depuis l'oreille iusques au milieu du

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nez : à cause de ce a esté necessaire luy faire quatre points d’aiguille.

Item, vne autre playe au milieu du ventre, de grandeur de deux doigts ou enuiron, penetrant en la capacité d’iceluy : sortant par ladite playe vne partie de l'omentum, de grosseur de demy esteuf, qu’auons trouuée liuide, et du tout destituée de chaleur naturelle : parquoy a esté besoin lier et couper ce qui estoit sorli dehors. Item, vne autre playe située sur le metacarpe de la main senestre, de grandeur de quatre doigts ou enuiron, auecques incision de veines, arteres, nerfs, et tendons , et portion des os. Au moyen dequoy, ledit tel demeurera aprés la guarison mebaigné de la main, et a besoin lenir bon regime, garder la chambre, et estre bien et deuëment pensé et medicamenté : et disons qu'il n’est hors du danger de la mort. Et tout ce certifions estre vray. tesmoings nos seings manuels cy mis le iour, etc.

Autre rapport d'un corps mort, fait en la pre= sence de messieurs le Lieutenant Criminel et Procureur du Roy au Chastelet de Paris et du Commissaire Basin 1,

Rapporté par nous soubssignés, que ce iourd’huy en la presence de messieurs le Lieutenant Criminel et Procureur du Roy au Chastelet de Paris, nous auons veu et visité le corps mort de noble homme, etc., sur lequel auons trouué vne playe faite d’estoc prés la mammelle senestre, longue et large de deux doigts ou enuiron, trauersant le corps de part en part, passant tout au trauers

1 La date de ce rapport indique suffisamment qu'il n’a pu être publié pour la première fois que dans l'édition de 1585,

DES RAPPORTS

du cœur. Plus vne autre grande playe faite d’estoc sur Ja iointure de l’espaule du bras senestre, longue de quatre doigts ou enuiron, large de trois, profonde iusques à ladite iointure, auec incision des nerfs et ligamens, veines et arteres dudit lieu.

Plus vne autre grande playe faite aussi d’estoc sous l’aisselle senestre, longue et large de quatre doigts ou enuiron, profonde iusques au dedans et creux de ladite aïsselle, auec incision des veines, arteres et nerfs. Plus deux autres plaies faites aussi d’estoc, situées en la poitrine, vn peu plus bas qu’en la mammelle senestre, longues et larges d’vn pouce ou enuiron, et profondes iusques en la capacité du thorax. Plus vne autre grande playe faite d’estoc, située prés la mammelle dextre, longue et large de quatre à cinq doigts, profonde seulement iusques aux costes. Plus vne autre petile playe prés ladite mammelle dextre, penetrant aussi sur les costes. Plus vne autre playe faite de taille sur le coude dextre, grande de trois doigts ou enuiron, et large de deux, profonde iusques aux nerfs et ligamens de la iointure dudit coude. Plus vne autre playe faite pa- -reillement d’estoc au flanc dextre, longue et large d’vn pouce ou enuiron, et peu profonde. Plus vne autre playe faite aussi d’estoc à la maip dextre, au doigt nommé Medius, auec incision totale de l'os de sa premiere iointure, penetrant le metacarpe.

Pour raison de toutes lesquelles playes, cerlifions mort subite luy estre aduenue.

Fait sous nos seings manuels le dimanche 7. aoust mil cinq cens quatre vingts trois.

Ambroise Paré, Iehan Cointeret, et Iehan Charbonnel.

IT

Rapport d'un coup orbe qui aura rompu et enfoncé les vertebres de l’espine , ou fait playe en la moëlle de l’espinet.

La moëlle de l’espine du dos estant comme vn ruisseau coulant du cerueau, est faite pour la distribution des nerfs qui deuoient donner sentiment et mouuement à toutes les parties situées au dessous de la teste :

et alors que ladite moëlle est blessée , suruiennent plusieurs et pernicieux accidens, el selon iceux le Chirurgien fera son rapport. A sçauoir, si les bras et mains du malade sont stupides, paralytiques, sans les pouuoir remuer, et aussi qu’en les piquant ou serrant le malade ne sent rien, c’est signe que les nerfs qui sortent de la 5.6. 7. vertebres du col sont offensés. Semblablement quand tels accidens se trouuent aux cuisses, iambes, et aux pieds, auec refroidissement , et que le malade laisse sortir ses excremens inuolontairement, sans les sentir, où qu’ils soient retenus du tout : cela monstre que les nerfs qui sortent des vertebres des lombes et os sacrum sont offensés, el que tous ces accidens prouiennent à cause que la faculté animale ne peut reluire par les nerfs, dont s’ensuit resolution, et par consequent difficulté de sentir et mouuoir aux parties où ils sont distribués : qui fait que les muscles de la vessie ef siege ne font plus leur action naturelle, qui est d’ouurir et fermer.

Et si tels signes apparoissent , fais ton rapport que bien tost le malade mourra , et principalement s’il a difficulté de respirer ?.

1 C'est ici que l’édition de 1585 plaçait son chap. 2, sans aucun titre, et le titre actuel relegué en marge.

2 Hippocrates, 2. pro. — À. P.

Rapport d'une femme grosse ayant esté blessée au ventre 1,

l'ay tel, par le commandement de monsieur le grand Preuost del’Hostel, me suis transporté en la rue Saint Honoré, en la maison de monsieur M., où Pay trouué vnedemoisellé nommée Marguerite, gisante au lit, ayant vne grande fiéure, conuulsion , et flux de sang par sa nalure: à raison d’vne playe qu’elle a receuë au ventre inferieur, située trois doigts au dessous du nombril, partie dextre, laquelle penetre en la capacité d'iceluy, ayant blessé et percé sa matrice, au moyen de quoy est accouchée deuant son terme prefix d’yn enfant masle, mort, bien formé de tous ses membres, lequel enfant a aussi reçu le coup à la teste, penetrant iusques à la propre substance du cerueau. Et pour ce ladite damoiselle en bref mourra, ce que tout certifie estre vray, tesmoing mon seing manuel cy mis ce, ele.

Pay bien voulu mettre ce rapport, à fin d’instruire le ieune Chirurgien à faire rapport à messieurs de la Lustice en tel cas, si l'enfant est formé de tous ses membres ou non, à fin qu’ils donnent tel iugement qu'ils verront estre necessaire : pource que la punition doit estre plus grande ayant fait auorter vne femme lenfant estant bien formé, à raison que l’ame ÿ est infuse, que s’il n’esloil encore accompli de tous ses membres : car iors lüme n'est encore entrée au corps.

Ce que j'aÿ monstré ey dcuant, parlant de l'Ame, de l'opinion de Moyse et de S. Augustin-?, disant que si quelqu’vn frappe ou pousse vne

1Ce rapport, avec les réflexions qui sy rapportent, a été ajouté en 1579.

2 Exode 22, —S. Augustin 80. — À. P.

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femme enceinte, et qu’elle en auorte, sil’enfantest ja formé,qu’il en perdela vie : mais s’il n’est encore formé, qu'il soit condamné à amende pecuniaire,

Exemple de rapport d'unenfantestantestoufré 1.

I y a grande apparence que le petit enfant mort aura esté estouffé par sa nourrice, qui se sera endormie sur luyÿ en l’allaictant, ou autrement par malice , si ledit enfant se portoit bien, et ne se plaignoït de rien au precedent : s’il a la bouche et nez pleins d’escume : s’il a le reste de la face non palle et blaffarde, mais violette et comme @e couleur de pourpre : si ouucrt, est trouué auoir les poulmons pleins comme @’air escumeux.

Exeriple d'ün rapport d’un corps mort pur tonnerre et fouldre.

I peut escheoir qu'en soiten doute si vn corps trouué mort par la campagne, ou seul en vne maison, «est mort de foudre, on autrement. Parquoy estant appellé par Tustice pour en faire rapport, concluras par ces signes qu’il est mort de foudre. C’est que tout corps frappé et mort de foudre sent vne ogeur fascheuse el sulphurée, qui fait que les oiseaux et chiens n’en osent approcher, encore moins gouster : la partie frappée de foudre souvent demeure entiere sans apparence de playe, et neantmoins les os se trouuent comminués et brisés au dedans : que s'il aduient qu’il ait playe-epparente , subit qu’on la toucbera, on la senlira sans comparaison plus froide que le reste du corps, comme dit Pline ?: pource que subit la substance spiritueuse tou-.

1 Cet article a été ajouté en 1579.

8 Liu. 2. chap. 24. — À, P,

DES RAPPORTS

chée est dissipée par le vent tres subtilet violent que la foudre chasse et pousse tousiours deuant soy : aussi la foudre laisse tousiours certaine marque de brusleure, pource que nulle foudre est sans feu, soit en bruslant ou en noircissant. Or comme ainsi soit que tous animaux frappés de foudre tombent de l’autre costé, le seul homme ne meurt point du coup, s’il ne tombe sur la partie frappée de foudre, ou s’il rest tourné par force du costé dont la foudre vient.

L’homme qui en veillant est frappé de foudre demeure les yeux fermés :

au contraire ils iuy demeurent ouuerts sil est foudroyé en dormant, comme dit Pline.

Philippes de Comines a laissé par escrit que les corps frappés de foudre ne sont point suiels à corruption comme les autres : et que partant les anciens n'auoient de coustume les brusler ny enterrer. Car ainsi que le sel garde de corruptivn les corps qui sont salés, ainsi le souliphre que la foudre charge et porte quant et soy, entretient long temps les corps en leur estre, sans pourriture, pour la chaleur ignée et seicheresse toule contraire à la pourriture.

Pour faire rapport infaillible qu'un corps soit

mort de peste 2.

. C’est qu’on trouue vne grande mollesse en tout le corps, à cause d'vne putrefaction indicible, laquelle durant la vie rendoit le corps fort lasche et mollasse, et aprés la mort elle saugmente encore d’auantage comme estant venue à sa perfection.

Aussi tels corps se rendent pourris et puants subitement. D’auantage, à

. 4 Plin. au lieu mesme. — A, P.

. ? Article ajouté en 1585.

plusieurs aprés la mort apparoissent bubons, charbons et pourpre qui estoient cachés dedans le corps : à raison que la chaleur putredineuse, qui s’engendre par la pourriture, pousse

| etiette hors de la peau les excremens

desquels sont faits les bubons, charbons et pourpres. Plus. on voit la couleur du nez, des oreilles et des ongles plus noire, et mesmement tout le corps, qu’elle n’a accoustumé d’estre aux morts d’autres maladies.

Semblablement le visage est fort hideux à regarder, et à bien grande peine le peut-on reconnoistre : et qu’en peu de temps le corps se corromptet pourrit , accompagné d’vne puanteur cadauereuse, et principalement en temps chaud. Si telles choses se monstrent, fais ton rapport que le malade est mort de peste.

Autre rapport d'un corps trouué mort et blessé, ou noyé, ou pendu aprés sa mort.

Semblablement le Chirurgien peut estre appellé pour faire rapport d’vn corps mort, ayant des playes penetrantes dans le corp;, et autres non, pour sçauoir s’il les a receuës estant vif ou aprés la mort. Donc si les playes luy ont esté faites pendant qu'il viuoit, elles seront trouuées rouges et sanguinolentes, et les léures d'icelles tumefées et plombines.

Au contraire, si on les luy a données aprés la mort , elles ne seront rouges sanglantes, ny tumefiées, ny liuides :

parce que le corps estant mort, Nature cesse toutes ses œuures, et n’enuoye plus de sang ny esprits aux lieux vulnerés. Et partant le Chirurgien fera son rapport que les playes auront esté données pendant la vie ou

1 Nous retombons dans le texte de 1à75 ; mais ce titre n’a été ajouté qu’en 151 Es

aprés la mort, selon les signes qu'il trouuera.

Pareillement si le Chirurgien est appelé pour faire rapport d’vn corps mort trouué pendu, sçauoir s’il a esté pendu vif ou mort. S'il a esté pendu vif, le vestige du cordeau à la circonference du col sera trouué rouge, liuide et noirastre, et le cuir d’autour amoncellé, replié et ridé, pour la compression qu’aura faite la corde :

et quelquesfois le chef de la trachée artere rompu et laceré, et la seconde vertebre du col hors de sa place.

Semblablement les bras et iambes |

seront trouuées liuides, et toute la face , à raison que tous les esprits tout à coup ont esté suffoqués : aussi pareillement il sera trouué de la baue enla bouche, et dela morue yssant du nez, là enuoyée tant par l'expression du poulmon eschauffé et suffoqué, que par la commotion conuulsiue du cerueau, de mesme qu'en lepilepsie. Au contraire, si le personnage a esté pendu estant mort, on ne trouuera les choses telles : car le vestige du cordeau ne sera rouge ny liuide, mais de couleur des autres parties du corps, à cause qu’aprés la mort, la chaleur ny esprits ne sang ne courent plus aux parties blessées. Pareillement la teste et le thorax sont trouués pleins de sang !.

D'’auantage, si le Chirurgien est appelé pour faire rapport d’vn corps mort tiré hors de l’eau, pour sçauoir s'il a esté noyé vif ou ietté en l’eau mort. Les signes qu’il aura esté ietté vif, sont qu’on trouuera l’estomach et le ventre remplis d’eau , et sort du nez quelque excrement morueux , et

1 Ces derniers mots : pareillement, elc., qui $e rapportent manifestement au cas de pendaison durant la vie, ont été ajoutés en 1585.

LE VINGI-SEPTIÈME LIVRE

par la bouche escumeux et baueux, el le plus souuent saignera du nez. D'abondant il aura l'extremité des doigts et le front escorchés , à raison qu'en mourant il gratte le sable au fond de l’eau, pensant prendre quelque chose pour se sauuer, et qu'il meurt comme en furie et rage.

Au contraire s’il a esté ietté en l’eau

mort, il n’aura aucune tumeur en

l’estomach , ny au ventre, parce que tous les conduits sont affaissés et estoupés, et qu’il n’inspire plus, et aussi n’aura morue au nez, ny baue en la bouche, ny vestige aux doigts ny au front !., Parquoy, selon ces sigues, le Chirurgien pourra faire rapport fidelement des corps morts trouués en l’eau, s'ils ont csté iettés morts ou viuans. Et quant aux corps morts qui s’esleuent sur l’eau , c'est adonc qu’ils sont ja cadauereux et remplis d'air, qui les fait esleuer sur l’eau comme vne vessie remplie de vent.

Or quant à faire rapport si vne personne est morte de venin ou non, on le pourra faire par les signes cy dessus escrits au liure des Venins ?.

1 Ces mots : ny au front, ont été ajoutés en

2 Il y avait ici dans l'édition de 1575 un fort long article retranché dès 1579, et commençant par celte phrase, qui en indique très bien l’objet :

« Or quant à faire rapport si vne personne est morte de venin ou non, il est fort difficile à cognoistre, si ce n'est par coniectures qu'on prendra parce petit discours. »

Nous allons analyser rapidement ce petit Discours, indiquant seulement les endroits du livre actuel des F’enins où le texte en a été reporté; mais nous rencontrerons chemin faisant des passages supprimés d’une haute importance , et que nous rcproduirons avec le plus grand soin.

L'auteur commençait donc par exposer son but en témoignant son horreur pour les

DES RAPPORTS

Exemple de rapport de ceux qui auront esté en danger d’estre estouffés par la vapeur et fumée du feu de charbon.

Le 10 de mars 1575, ie fus appellé auec monsieur Greaulme, Docteur

inuenteurs de poison et de la diabolique poudre à canon; sauf cette assimilation de la poudre aux poisons, on retrouvera les principaux traits de ce paragraphe au chapitre Ier du livre actuel des ’enins.

Puis il indiquait les signes généraux des poisons : ZVous cognoissons en general va homme auoir esté empoisonné, elc.; c’est presque absolument le premier paragraphe du chap. 5 du livre actuei, terminé par ces mots : la racine est au cueur.

- « Quant aux signes de venin de chaude, froide, seiche, et humide qualité, v'en ay traicté suffisamment par cy-deuant , » ajoutait-il, etil renvoyait en marge au liure des Venins, Après quoi venant aux poisons en parliculier, il trailait successivement de l’Æpium risus, du /Vapellus, du Solanum manicum, de l'Æconit , de la Zusquiame , des Champignons , de l’Æphemerum , dela Mandragore et du Pauot noir. Tout cela a été reproduit en 1579 au chap. 44 du livre des F’enins, avec des additions trop peu importantes pour que nous nous attachions à les préciser. Seulement on voit qu'en 1575 Paré avait passé sous silence la ciguë, l’if et le noyer; il avait été aussi fort bref sur l’aconit. En revanche, il avait un article sur la Salemandre, qui manque dans toutes les autres éditions ; le voici :

« S'alemandre.

a Ceux qui ont pris de la salemandre tombent en vue grande inflammation de la langue, et deuiennent brets ou begues : ils sentent tout le corps amorti, et tombent en ya frisson et tremblement, en vne resolution et paralysie de tout le corps : sur la plus part des parties de leur corps aduiennent des taches blanches, qui deuiennent rouges et puis noires : lesquelles en fin tombant en pourriture, font tomber le poil de tout le corps, mesme si le poison demeure

Regent en la faculté de Medecine, en la maïîson de monsieur du Hamel, Aduocat en la Cour de Parlement à Paris, vour visiter et faire rapport de deux siens seruiteurs , l’vn Clerc, et l’autre palefrenier , lesquels on esti-

gueres dans le corps, ils tombent en pieces.

Le bezahar sont les œufs de la tortue tant marine que terrestre : aussi le ius de grenoüilles dans lequel on aura cuict la racine d’eryngium. »

Entre l’histoire de la mandragore et du pauot noir, il avait placé l’histoire de l’orpin; et bien qu’il y soit revenu au chap. 46 du livre actuel des V’enins, le texte est assez différent pour mériter d’être reproduit,

a Orpin.

« L'orpin, ou orpiment, que les Grecs appellent Ærsenicum , la sandaracha, causent non seulement de grandes passions et erosions en l’estomach et boyaux, mais aussi engendrent vne alteration insatiable, vne aspreté grande à la gorge et en la bouche auec vne toux, difficulté et puanteur d’haleine, conioincte à vne dysenterie et suppression d’vrine. Vrayement l’arsenic a yne vertu si corrosiue que mesme appliqué par dehors, il ronge la racine des cheueux et les fait tomber, comme escrit Dioscoride.

Son bezahar est la pouldre du crystal mineral, bien puluerisee, prenant vne drachme de ceste poudre auec l'huile d'amandes douces, comme escrit le Conciliator. »

Après le pauot noir, vient l'histoire du Reagal, ou Risalgar, à très peu près telle qu’on la lit encore aujourd’hui au chap. 46.

Puis immédiatement un long article consacré au bezahar, et dont le commencement, jusques et y compris l’histoire du cuisinier empoisonné, a été reproduit presque textuellement dans le chap. 45 du livre actuel; il faut en excepter toutefois un passage du paragraphe qui précède celte histoire, où, à la place de la citation de Mathiole et d'Abdanalarach, l’auteur disait seulement :

« Car quant à ce qu'en escril Mathiole sur le cinquiesme de Dioscoride , est pour la plu$

moit estre morts : parce que outre ce qu’il n’y auoit aucupe apparence de poulx en eux, ils auoient vne froi-

part fabuleux et sans ordre, experience, et distincle cognoïssance. »

Mais après cette histoire du cuisinier, l'édition de 1575 en contenait deux autres, retranchées depuis, et dont la première surtout a un intérêt capital pour l’histoire d'A. Paré. On ne sayait pas qu’à tous ses périls, ses souffrances, après ayoir été mordu d’une vipère, attaqué de la peste, il avait encore réuni cette terrible et douloureuse épreuve de passer par le poison. Et d’un autre côté, un mot de cette histoire ignorée semble trancher d’une manière décisive la question de savoir si, du moins à une époque de sa vie, Paré avait été huguenot.

Voici le texte fidèle des deux histoires :

« Apres la prise de Rouen me trouuay à disner en quelque compaignie, où en auoit quelques vns qui me hayoyent à mort pour la Religion : on me presenta des choux où il y auoit du sublimé ou arsenic : de la premiere bouchee n’en apperceu rien : la seconde, ie senti yne grande chaleur et cuiseur, et grande astriction en la bouche, et principalement au gosier, et saueur puante de la bonne drogue : et l'ayant apperçeué, subit ie pris yn verre d’eau et de yin, et Jlauay ma bouche, aussi en auallay bonne quantité, et promptement allay chez le proche apoticaire : subit que fus parti, le plat aux choux fut ietté en terre, Là donc chez ledit Apoticaire ie vomi, et tost apres beu enuiron vn posson d'huile, et la garday quelque temps en mon estomach, puis derechef la vomi : ladicte huile empescha que le sublimé n’adherast aux parois de l’estomach : cela faict, ie mangeay et beu assez bonne quantité de laict de vache, auquel auois mis du beurre et le jaune de deux œufs : et voila comme ie me garanti de la main de l’empoisonneur : et depuis ne voulu manger des choux, ny autre viande en ladicte compagnie.

« Monsieur de Castellan, Medecin ordinaire du Roy, et maistre Iean d’'Amboise, Chirurgien ordinaire du Roy, et moy, fus-

LE VINGT-SEPTIÉME LIVRE

deur vniuerselle de tout le corps»

sans parler, el sans mouuoir aucunement : ayans au reste la face teinte

mes enuoyez pour ouurir le corps d’vn certain personnage qu’on doubloit auoir esté empoisonné, à cause qu'auparauant souper faisoit bonne chere, ne se ressentant d’aucune douleur. Et tost apres souper disoit sentir yne grande douleur en l’estomach, criant qu’il estouffoit, et tout le corps deuintiaune cet enflé, ne pouuant auoir son haleine , et haletoit comme yn chien qui a grandement couru : parceque le diaphragme (principal instrument de la respiration) ne pouuant auoir son mouuement naturel, redouble incontinent, et fait haster le cours de la respiration et expiration : puis Juy suruint vertigine, spasme, et defaillance de cœur, et parconsequent la mort, Or veritablement le matin on nous presenta le corps mort, lequel estoit tout enflé, ainsi qu’yn mouton-qu’'on a soufflé pour l’escorcher.

Ledict d’Amboise fist la premiere incision, et me retiray en arriere, sçachant qu'il en sortiroit yne exhalation puante et cadauereuse, ce qui se feit, dont tous les assistans à peine la pouuoyent endurer : les intestins, et generalement toutes les parties interieu-

res estoyent fort enflecs et remplies d’air :

et ainsi trouuasmes grande quantité de sang espandu entre les entrailles, et en la capacité du thorax, et fut conclu que ledict perz sonnage pouuoit auoir esté empoisonné du poison erapaudin.

» Les remedes contre telle poison ont esté declarés cy-deuant, au liure des piqueures et morsures de bestes veneneuses. »

Il s’agit là du venin du crapaud, et je ne sais pourquoi Paré n’a pas fait usage de cette histoire dans ses éditions nouvelles, au lieu de éelle qu’on lit au chap. 32 du livre des PVenins et qu'il rapporte sur un ouï-dire.

Enfin, après ces deux histoires, nous rencontrons un long passage sur les venins baillez par odeurs et parfums, et qui a été transporté tout entier à la fin du chap. 11 du livre des V’enins actuel. Il n’y à eu d’ajouté en 1579 que l’histoire des deux Thériacleurs, d'après Mathiole, et le vœu de Paré que les

DES

de couleur ptombine, Ge fait que Hors que ie les pinçois ou tirois le poil rucement , ils n'en senltoient rien»

tellement qne tous les assistans les estimoient estre morts. Mais Ia dispute estoit sur la façon de mort : car ledit du Hamel disoit iceux auoir esté estouffés : autres pensoient qu'ils se fussent meurdris lvn Pautre, autres philosophoient iceux auoir esté surprins d’apoplexie. Ie demanday s'ils auoient point fait du feu de charbon, à quoy vn chacun me respondant pv’en seauoir rien, ledit du Hamel preste l'oreille à ce propos, et s’auança luy mesme de chercher en leur estude (qui estoit fort petite et bien close) où il trouua sous la table vne grande terrine où il y auoit encore quantité de charbon, non du tout bruslé. Quoy veu, fut de tous conelu et arresté que la cause de tel desastre ne prouenoit d’ailleurs que de la fumée maligne du charbon ardent, qui les auoit ainsi assopis et estouffés.

Parquoy leur ayant posé la main sur la region du cœur, et tant par la chaleur qui y restoit encore assez manifeste que par le petit battement qui s’y apperceuoil, ayant conneu iceux estre encore en vie, fut aduisé de les secourir promptement. Pour à quoy paruenir, on leur fit par artifice ouurir la bouche ( qu'ils tenoient fort close, et les dents serrées) en laquelle, tant avec vne cuiller qu’auec vne syringue, onietta de l’eau de vie rectifiée en laquelle on auoit fait dissoudre de la hiere et theriaque, pour la leur faire aualler : lors its commencerent à se mouuoir, et ielter cerlains excremens piluiteux

parfumeurs empoisonneurs fussent chassés hors du Royaume de France, et envoyés auec les Tures et infideles,

RAPPORTS

et visqueux, tant par la bouche que par Le nez: puis commencerent à raller, comme lon oit choux boüillans dans vn pot. Adonce on leur fit aualler des medicamens vomiloires, et bonne quantité d’oxymel, leur battant de la main et genoüil assez rudement sur le dos, vers la derniere verlebre d’iceluy et premiere des lombes, auquel lieu respond l’orifice du ventricule se retournant en la partie posterieure : à fin que tant par la vertu de ces vomitoires, que par la conuulsion de l'estomac, ils fussent contraints à rendre gorge: ce qui aduint, et ietterent du phlegme visqueux, de couleur jaune, auec sang spurmeux. Pareïllement leur fut ietté auec vn tuyau de plume d’oye dedansle nez, de la poudre d'euphorbe, à fin de stimuler la vertu expulsiue du cerueau à se descharger , et par ce moyen tost aprés esternuerent, etietterent grande quantité de morue par le nez : à quoy ils furent encore d’auantage esmeus par de lhuile de menthe, tirée par quinte-essence, leur en estant frotté le palais, voire iusqu’à la gorge et gosier , d’vne plume de laquelle l’empan auoit esté graissé de quelques gouttes de ladite huile.

Au reste leur fut pourueu par frictions faites aux bras, cuisses et iambes, et le long de l'espine du dos:

aussi par clysteres acres et forts , par le moyen desquels se deschargea leur ventre copieusement : et lors commencerent à parler et reuenir à soy, et à boire, et manger, et retourner à leur naturel peu à peu : en Pexecution de toutes lesquelles choses fusmes merucilleusement bien aidés par Jacques Guillemeau , Chirurgien iuré à Parist, et maistre Jean de Saint-

1 Le nom de Guiliemeau n’a été ajouté ici

Germain, maistre Apolticaire à Paris, homme de bien et secourable des malades. Sur l’aprés-disnée furent appelés Monsieur Thibault, et Monsieur Hautin, Docteurs Regens en la faculté de Medecine (hommes doctes, tant en la Medecine qu’en la Chirurgie) pour consulter auec nous de ce qui restoit' à faire : lesquels ayans de point en point approuué tout ce que nous auions fait, furent d’aduis auec nous de leur pouruoir quant au resle, par cardiaques restauratifs et confortatifs d’esprits, pour suruenir aux parties tant vitales qu’animales manifestement offensées.

Le reste de la consultation fut consommé sur la recherche de la cause d’yn tel effect : car que les hommes puissent estouffer de la fumée de charbon allumé, ce n’est chose fort nouuelle , alleguans auoir leu dans Fulgose, liure 9. chap. 12, Volaterran liure 23, dans Egnatius, que louian Empereur se hastant pour aller à Rome, en temps d’hyuer , se sentant las et trauaillé du chemin, s’arresta pour loger en vne petite bourgade, nommée Dadastanes, qui est entre Galatie et Bithynie, où il coucha en vne chambre nouuellement baslie et enduite de chaux, où l’on auoit fait brusler force charbon pour seicher ladite chambre : fut sur la minuict estouffé de la vapeur dudit charbon, le huitiéme mois de son Empire, qui estoit le trentiéme de son aage, el le vingliéme iour d’Aoust.

Mais icy ne nous faut tant soucier de la preuue des anciens, attendu quede recente memoire, en la maison de lean de Begine, maistre Orféure à Paris, demeurant sous la tournée du

qu’en 1579, bien que l’histoire ait paru ep

LE VINGT-SEPTIÉÈME LIVRE

pont au Change, moururent trois de ses seruiteurs, pour auoir fait du feu de charbon en vne petite chambre où il n’y auoit point de cheminée : et qui en voudroit faire recherche, on trouueroit grand nombre de telles histoires.

Quant aux causes, celles cy furent mises en auant. Aucuns estimerent tel accident se faire seulement par la vapeur du charbon allumé , laquelle enclose en vn lieu non ventilé, «tonne à celuy qui la reçoit tels ou presque semblables accidens comme fait la vapeur du vin nouueau, sçauoir douleur de teste et vertiginosités. Car ces deux vapeurs ont puissance de bien tost remplir l’origine des nerfs, et faire grandes conuulsions, parce qu’elles sont chaudes et de substance espaisse. Et partant Hippocrales, parlant des accidensquiprouiennent dela vapeur de vin, a hardiment prononcé ces mots : Siebrius quispiam derepente obmutuerit, conuulsus moritur, nisi febre corripiatur, aut nisi,vocem recuperet lunc cum crapulæ soluunturt.

Si quelqu’vn ayant fort beu , iusques à s’estre enyuré, perd la parole à coup et soudainement : si la fiéure ne luy suruient, ou s’il ne recouure la parole à l'heure qu'il peut et doit auoir cuué, dormi, et digeré son vin, il meurt par conuulsion ?. Autant en peut on dire de la vapeur du charbon occupant le cerueau de ces deux malades, lesquels soudainement faits muets , immobiles et insensibles comme yurongnes , fussent morts, si par remedes chauds mis en syringues par la bouche et le nez, on n’eust attenué l’espaisseur de la vapeur, et

1 Aphor, 5. — À. P.

2 Cette traduction de l'aphorisme a été ajoutée en 1579.

DES RAPPORTS

excité la faculté expultrice pour iet ter hors ce qui luy nuisoit. Et combien qu’il semble de prime face , que par l’inspiration de la vapeur maligne le poulmon soit blessé plus que toutes autres parties, toutes fois que le plus grand mal qui en aduient aux poulmons en ce cas cy venoit principalement pour la connexion et mutuelle amitié et accord qu’il a auec le cerueau, lequel estoit grandement offensé : car ces deux malades {out subit furent faits mucts, priués de sens el de mouuement, chose qui aduient au malade quand la premiere origine des nerfs est occupée de quelque matiere estrange que ce soit, et non pas quand les poulmons sont offensés. El tout ainsi que les apoplectiques ne meurent sinon que par faute de respirer , combien que le poulmon en soy ne soit offensé : ainsi de ceste maladie ces deux malades fussent morts faute de respirer, non pour vice du poulmon , mais pour le cerueau et nerfs blessés, qui donnent à tout le corps mouuement et sentiment, et principalement aux instrumens de la respiration.

Lesautresestimoient quetelle chose pouuoit aduenir , non du vice du cerueau, mais par defaut de l’esprit vital, lequel s’estant plus porté du cœur au cerueau, à cause des conduits du poulmon bouchés, ne pouuoit plus fournir de matiere à l'esprit animal.

Parquoy,disoient-ils, ces ieunes Lommes mouroient suffoqués par faute de respiration, sans laquelle la vie est nulle : car outre ce, qu’en tel cas le cœur ne se pouuoit descharger des excremeps fuligineux, le poulmon restant bouché de ceste crasse et espaisse fumée de charbon , l’inspiration ne se faisoit bonnement , de tant qu’elle se fait d'air ambiens, qui pour

faire ce qui est requis, scauoir est, temperer l’ardeur du cœur, doit auoir quatre conditions : la premiere, qu'il soit atliré en competente quantité, la seconde, qu’il soit frais de qualité, la tierce, qu’il soit de consistence ténue et subtile, la quarte, qu’il soit de substance douce et benigne. Or toutes ces quatreconditionsdefailloient pour lors à l’air qui estoit attiré par ces deux ieunes hommes : car premierement il n’estoit en quantité competente, de tant qu’en ceste petite estude , si peu qu’il y en auoit, estoit deuoré par le feu de charbon allumé, comme celay d’vne ventouse par la chandelle flamboyante:secondement, il n’estoit frais de sa qualité, ains eschauffé et comme ignifié par lardeur du feu allumé : tiercement, il n'estoit de consistence ténue, ains crasse et espaisse, espaissi par le meslange et permixtion des vapeurs grossieres du charbon : car telle est la nature de l'air et de tous autres corps ténus de leur nature, d’estre aisément alterés, et receuoir promptement la forme de {ous corps quiles abordent:

quartement, il n’estoit de substance douce et benigne, ains maligne, à cause que le charbon est fait de bois allumé en vne fosse en terre, et estouffé, estant esteiut en sa fumée mesme, comme entendent ceux qui ont hanté les charbonnieres.

Or toutesfois , pour conclure quelque chose sus ces opinions qui semblent aucunement differentes, tous deux auoient raisons pertinentes de se maintenir en leur aduis. Car pour le moins il est tout euident que les conduits qui sont communs des parties pectorales au cerueau , estoient bouchés de la crassitie et espaisseur de telle vapeur charbonniere, dont aduenoit que les vnes et les autres

parties estoient mal affectées : comme ainsi soit que telles parties , ni autres quelconques de nostre corps, ne puissent demeurer en leur integrité sans l’aide de l’autre, pour la grande colligance et intelligence qu’a tout le corps en soyetenses parties. Parquoy les arteres carotides et ventricules du cerueau, et bronchies du poulmon estans ainsi estoupées, et l'entrée au cerueau estoit deniée à l’esprit vital, et l'issue à l'esprit anima! , dont s’ensuiuit le defaut:de toutes les facultés necessaires à la vie.

Rapport des filles, si elles sont vierges ou non 1.

Or quant à faire rapport si vne fille est pucelle ou non, cela est fort diffi-

1 Cet article est une addition de 1579.

Laurent Joubert a agité fort longuement cette question dans son traité des Ærreurs populaires, publié à Bordeaux en 1570, liv. V, chap. 4, s’ily a certaine cognoissance du pucellage d'une fille , et il conclut par la négative comme Paré. Je renverrai à l'ouvrage même ceux qui voudront suivre cette discussion; mais il ne sera pas sans intérêt, puisqu’il s’agit ici de Rapports, de reproduire trois rapports sur ce sujet qu’il nous a conservés. Le premier est fait par des matrones béarnaises.

Vous Jouanne del Mon, et [ouanne F'erguire, et Beatrix Laurade, de la parroquie d Espoire en Bearn, matrones et meyroulieres, interrogades et esprouuades. Certifican à tous et à {oules que appartiendro, que par ordonnance de iustice, et commandement du haut Magisrat, monsieur lou iuge del dit loc d'Espere, que lou quinziéme iour del mes de May, l'an mil cinq cens quarante cinq, nous matrones susdittes , auen trouuade, visitade etreguardade Mariette de Garigues, de l'aage de quinze ans ou - enuiron, sus asso, que ladite Mariette disie, que ero forsade, desflorade, et depuiselade.

De là ou nous meyroulieres sudittes, auen tout visitat elregardat, dam tres candelous aluçats, toucat dab las mas, et espiat dablous oueils, et

LE VINGT-SEPTIÈME LIVRE

cile : foutesfois les matrones tiennent pour chose asseurée qu'elles le peuuent connoistre, parce qu'elles disent {trouver vne ruption d’vne taye, qui se rompt au premier combat venerique. Mais ay icy deuant monstré au liure de la Generalion , chap. 50. que de vingt mille femmes on ne trouue ceste taye. Partant nos matrones ne doiuent estre creuës pour leur imperitie : la preuue gist en l'experience, et à la grandeur ou angustie du col de la matrice : mais elles y peuuent estre bien deceuës et trompées. Car selon la grandeur du corpset de l’aage de la fille, louuerture sera plus grande ou plus petite : parce que vne grande fille doit auoir son ouuerture plus grande qu’vne petite. Car toutes

arreuirat dab lous digts. Et auen trouuat, que non eron pas, lon 1 broquadés podads , ny lou 2 haillon delougat , ny la 3 barbole abaissade, ny 4 l’entrepéridat, ny Lou 5 refjironvbert,ny lou G gingibert findut,ny lou T pepillon recoquillat, ny la 8 dame dau mieck retirade, ny lous tres 9 desuiadés , ny lou 10 vilipendis pelat, ny lou 11 guilleuard alargat, ny la 12 barreuidau desuiade, ny l'ox 18 bertrand romput, ny lou 14 bipendix aucunement escorgeal. Lou tou nous matrones et meyroulieres sudiltes ainsi disen per nostre rapport, eliugement adrect.

« Voila, dit Joubert, quatorze notes qui signifient le pucellage, selon les Bearnoïises. Voyons maintenant la deposition des Parisiennes, qui font leur rapport d’vne qui estoit defloree »

JVous Marion Teste, lane de Meaux, Lane de la Guigans, et Magdaleine de la Lippue, matrones iurees de la ville de Paris , certifions à tous qu'il appartiendra , que le quatorziéme iour de Luin, mil cinq cens tente deux, pur l'ordonnance de monsieur le Preuost de Paris, ou son lieutenant en ladite ville, nous sommes transportees en la rue de Frepaut, ou pend pour enseigne la pantouffle ; ou nous auors veue ecvisitee Henriette Peliciere, ieune fille, aagee de quinze ans , où enuiron, sur la plainte par

DES RAPPORTS

les parties de nostre corps se doiuent rapporter les vnes aux autres: vne aagéedequinze ansl'aura plus grande que celle de douze.

Ioubert escrit qu’à la ville de Lectoure en Gascongne, vne fille enfanta à neuf ans, et est encore viuante, nommée lanne du Perie, qui fut mariée à Videau Beche, en son viuant Receueur des amendes pour le Roy de Nauarre audit lieu: qui est argument qu'aucunes filles sont plus aptes à auoir la compagnie de l’homme à neuf ans qu’autres à quinze, à raison qu’elles ont leur ouuerture plus ample. Aussi celle qui aura mis quelquesfois son doigt bien profondement au col de sa matrice pour quelque prurit qu’elle y auroit, ou y auroit mis

elle faite à iustice contre Simon le Bragard, duquel elle a dit auoir esté forcce et defloree. Æ1 le tout veu et visité au doigt et à l'œil, nous trouuons qu’elle a les 1 barres froissees, le 2 haleron demis, la 3 dame du milieu retiree, le 4 ponnant debiffé, Les 5 toutons deuoyez, 6 l'enchenart relourné, la T babolle abbatue, 8 l'éentrepent riddé, 9 l'arriere fosse ouuerte, le 10 guilboquet fendu, le 11 lippon recoquillé, le 12 barbidaut tout escorché, et tout le 13 lipandis pelé, le 14 guilleuard eslargi, les 15 balunaus pendans. Et le tout veu et visité fueillet par fueillet, auons trouué qu'ily auoit trace de vit. Æt ainsi nous dittes matrones certifions estre vray , à vous monsieur le Preuost, au serment qu'auons à ladite ville.

« En yoila quinze de bon conte, poursuit Joubert, qui respondent assez bien aux quatorze signes des Bearnoises, sauf le dernier Balunaus, qui n’a son respondant que ie sçache.» Et enfin il ajoute la déposition des matrones de Carcassonne :

IVous autras Guillaumine et Lano iuradas de la ville basse de Carcassonne, pressas d'offiei per monsieur l'official del dit Carcassonne, per visitar Margarite d'Astorquin, si elle ero deflorado et desuerginado, disen et altesten à

tous aquels et aquellos que aquestas leittras |

quelque pessaire ou nodulus, à cause de la retention de ses mois ou autre disposition , et que par ce moyen son ouuerture lui fust trouuée plus grande, seroit-elle pour cela moins pucelle? nenny : parce qu’il »’y aura difference entre y auoir mis vn pessaire , ou le doigt, ou autre chose de la grosseur de la verge virile, qui puisse remarquer ces differences :

parquoy il me semble qu’on ne peut à la verité iuger du pucelage d'vne fille.

D'auantage les matrones ny Chirurgiens ne peuuent juger vne fille r’estre pucelle , à laquelle on trouuera auoir du laict aux mammelles :

Car Hippocrates dit qu’vne femelle sans estre grosse, ou auoir enfanté,

veyran et legiran , que lou iour de huey , nous hen transportadas en la maison de ladite d'Astorguin, et Pauen trouuado calcado sur vn liech, et apres auer fach allucar tres candelas de cero, l’auen regardado en lous yols, palpado et tocado en lous digts. Auen trouat que l'os Bertrand és romputet fendut, la donno del miech es reuirado, loustres pels deuiadés, lou quinqueral tout esquinsat , lous intrans et pindourleis tous escoussendus , Lous bons dals coustats pla maserats , lous pels de dessus tous recoquillats. Per so disen, que ladite Murguarile, per y auer estat passat lou bout del mescle, es ben deflorade et desuerginade. A tal disen el attesten.

On voit combien le langage vulgaire était riche à cette époque, et je doute qne la langue française de nos jours pût traduire exactement ces Rapports sans recourir aux termes scientifiques. Mais je l'avoue ,. malgré le secours de Joubert, malgré les glossaires de Rabelais et autres, je n’ai pas même pu comprendre en son entier le rapport français. J'ai donné ici ces trois pièces comme specimen de la médecine légale de l’époque, et pour qu'on puisse mieux juger le point de départ où Paré la trouva.

peut auoir du laict, si sa purgation naturelle estempeschée t. Sur le commentaire de cest Aphorisme, Galien dit, pource que les glandules des mammelles estans exangues, conuertissent le sang menslruel qui y regorge en humeur semblable à elles en couleur, par leur vertulactifiante.

Semblablement Aristotedit ? que l’on voit à quelques hommes du laict aux mammelles, qu’on peut succer et espaundre.

Cardan dit auoir veu à Venise 5 vn nommé Anthoine Busse, aagé de trente ans, lequel auoit du laict en ses mammelles assez suffisamment pour nourrir vn enfant , et ne couloit pas seulement, mais le faisoit rayer , ainsi que fait vne nourrice de ses mammelles. Ces choses considerées , il me semble qu’on ne peut veritablement iuger du pucelage d'vne fille :

partant les Magistrats y doiuent bien aduiser , et plus encore les Medecins et Chirurgiens à ce deputés : dont s’il y a faute, le tout en est plus sur eux qui en ont mal rapporté, qu'aux Iuges qui en donnent sentence.

Rapport de l'impuissance , tant de l'homme que de la femme.

Souuent il se fait des procés pour

1 Aph, 39., liu. 5. — À, P.

2 Liu. 4, histoire des Animaux, chap. 20.

3 Liu. 12, de Subtilitate. — À. P.

4 Cet article se lit pour la première fois dans l'édition posthume de 1598 ; il y a cependant quelque probabilité qu’il avait été écrit bien auparavant, J'ai noté à la fin du chap. 45 du livre de la generation, tome IT, page 739, qu'en 1519 Paré avait annoncé à la table un chapitre sur ce sujet qu’on ne trouve pas dans le texte. Il me parait assez vraisemblable qu’il s'agissait de l’article actuel, que Paré n’osa publier de son vivant, peut-être de peur d’indisposer les magistrats.

LE VINGT-SEPTIÉÈME LIVRE

separer les mariages, parce que la femme tient que son mary est impuissant, ne faisant pas la besongne de la maison : l'homme dit qu'il ne tient à luy ,et que sa femme n’est pas assez percée, en sorte qu'il ne peut entrer au cabinet priué, et partant le defaut ne procede pas de son impuissance.

Là dessus les Tuges ordonnent visitation estre faite Lant de l’vne que de l’autre des parties, par Medecins, Chirurgiens, Matrones, Prestres de l'Officialité. Aprés auoir veu et diligemment visité leurs parties dediées à generation, et si on leur trouue defectuosité en leurs dimensions : à sçauoir , en largeur, longueur, grosseur , profondité et situation : etsion trouue lesdites parties en leur integrité, le rapport en sera fait à messieurs de la Iustice, lesquels pour estre mieux asseurés, ordonnent de rechef que lesdits mariés coucheront ensemble en la presence desdits Medecins et autres cy dessus nommés, pour sçauoir s'ils pourront accomplir le ieu de Venus.

Or il me semble que telle espreuue n'est bien asseurée, et que ledit ieu ne se peut pas accomplir en la presence de tant de gens que l'on craint, etauec vne femme que l’on n’aime point. Joint que telle action ne depend ny de nostre esprit, ny de nostre corps, ny de volonté : de sorte que les parties destinées à telle action n’obeïssent à nostre volonté comme les autres membres. Car quelque asseurance que tout homme se puisse promettre, si confessera-il qu'il n’est en sa puissance de se faire paroistre capable du mariage en la presence de tant de compagnie, et, comme ray dit, auec vne femme que l’on n'aime point, pour le different qu'ils ont en-

DES RAPPORTS

semble : veu pareillement que telles actions requierent d'elles mesmes vne asseurance et vn secret, et vne amitié entre l’homme et la femme. Parquay cela depend de la conscience de la femme plustost que de la probation du congrés, pour les raisons alleguées*

Exemple d'un rapportd'un lepreux confirmé.

Nous Chirurgiens iurés à Paris, par l'ordonnance de Monsieur le Procureur du Roy de Chastelet, donnée le vingt huitiéme iour d'Aoust mil cinq cens quatre vingts et trois, par laquelle auons esté nommés pour faire rapport, scauoir si G. P. est lepreux :

partant l'avons examiné comme s’ensuit. Premierement auons trouué la couleur de son visage couperosée, blaffarde et liuide , et pleine de saphirs : aussi auonstiré et arraché de ses cheueux, et du poil de sa barbe et sourcils, el auons veu qu’à la racine du poil estoit attachée quelque petite portion de chair. Es sourcils et derriere les oreilles auons trouué des petites tubercules glanduleuses : le front ridé, son regard fixe et immobile, ses yeux rouges, estincelans, les narines larges par dehors et estroittes par dedans, quasi bouchées auec petites vlceres crousteuses: la langue enflée et noire, et au dessus et au dessous auons trouué petits grains, comme on voit aux pourceaux la-

1 Ce rapport et celui qui vient ensuite sont des additions de 1585.

üres : les genciues corrodées, et les dents descharnées, et son haleine fort puante, ayant la voix enroüée, parlant du nez. Aussi l’auons veu nud, et auons {rouué tout son cuir Crespy et inegal, comme celui d'vne oye maigre plumée , et en certains lieux plusieurs dartres. D’auantage nous ’auons piqué assez profondement d'vne aiguille au tendon du talon, sans l’auoir à peine senti. Par ces signes tant vniuoques qu’equinoques, disons que ledit G. P. est ladre confirmé. Parquoy sera bon qu'il soit separé de la compagnie des sains, d'autant que ce mal est contagieux.

Le tout certifions estre vray, tesmoings nos seings manuels cy mis le sixiéme May mil cinq cens quatre vingts el trois.

Autre rapport d'un souspçonné lepreuxs

Nous sous-signés Chirurgiens iurés à Paris, par le commandement de nos seigneurs de la Cour de Parlement, certifions auoir veu et visité diligemment, par toutes les parties du corps maistre Tacques, elc., pour faire rapport sur la disposition et santé de son corps : sçauoir principalement s’il y a en luy aucun souspçon, signe tant vniuoque que equiuoaue de Ia maladie appellée vulgairemétr Tadrerie :

lequel auons trouué en (ouleur de tout le corps, grosseur. tharactere, et actions, pur et net dé ladite maladie. Fait sous nos seirgs, le vingt quatriéme Aoust mil cinq cens octante trois.

DE LA FAÇON D'EMBAVMER LES CORPS MORTS

Pay bien voulu adiouster à cest OEuure ce petit enseignement d’embaumer les corps morts, pour ieieune Chirurgien, à fin qu’il fust accompli de tout ce qui est à faire enuiron le corps humain, tant vif que mort .

Car bien à peine s’est-il trouué nation, tant barbare fust elle, qui n’ait eu soin d’embaumer les corps, non pas mesme les Scythes, qui semblent en barbarie auoir surpassé le reste des hommes. Car iceux, comme raconte Herodote liure quatriéme de son Histoire, n’enterrent point le corps de leur Roy, que premierement ils ne l’ayent mis en cire, aprés auoir Curé le ventre et nettoyé, puis rempli de cyprés concassé, d’encens, de graine de persil, et d’anis, et en aprés recousu. De ceste mesme chose les Ethiopiens se sont monstrés curieux, faisans leurs sepultures de verre en cesle sorte : aprés qu’ils auoient vidé et descharné les corps de leurs amis defuncis , ils les accoustroient et licoient de plastre, sur lequel ils ieitoieni . ‘es Vue peinture qui approchoit 1e: vif tant qu’il leur estoit possible. Ef ce fait, ils enfermoient le corps ainsi peint et plastré dans yne colonne de gerre creux : le corps

1 Tout ce qu'on va lire jusqu’au paragraphe, Of"pour embaumer, etc., a été depuis répété à satiété par Paré dans son Discours de la Mumie et dans la Préface de ce Discours, voyez ci-devant pag. 470 et 476; mais du moins en retrouvons-nous ici la première origine en 1575.

ainsi enchassé paroissoit au trauersle verre, sans rendre mauuaise odeur, et sans desagreer aucunement ; encores qu’on n’y conneust qu'vne peinture morte. Les plus proches parens le gardoient chez eux l’espace d’vn an, en iuy faisant offrandes et sacrifices, et au bout de Pan le transportoient et alloient planter és enuirons de la ville ; comme escrit Herodote liure troisiéme.

Mais ce soin et curiosité est entré plus auant dans le cœur des Egyptiens, que d'aucune autre nation ?.

Dont ils ont merité grande loüange, s’estant montrés tant affectionnés à la memoire de leurs peres, que pour la conseruation d’icelle ils estoient coustumiers d’embaumer les corps entiers d’iceux en vaisseaux de verre, diaphanes et transparans, et les mettre en lieu le plus honnorable et eminent de leurs maisons, pour en auoir la memoire tousiours representée deuant les yeux, et leur seruir d'aiguilion et stimule domestique, pour ensuiure et imiter les bonnes parties et vertus d'iceux, à fin de ne degenerer et forligner de leur naturel et bonne inclination. Et d'auantage seruoient iceux Corps ainsi embaumés de souuerains gages et asseurance de leur foy : si bien que s’il estoit aduenu qu'aucun Egyptien eust affaire de quelque grosse somme d'argent, ilne failloit point de la trouuer à emprun-

1 Tout le reste de ce paragraphe a été ajouté en 1579.

DE LA FAÇON D'EMBAVMER LES CORPS MORTS

ter vers ses voisins , sur le gage d’vn corps de l’vn de ses ayeulx : se tenans tous asseurés les credileurs, que moyennant tel gage le debiteur manqueroit plustost de vie que de foy, tant ils auoient à cœur de retirer tel gage. Et si la fortune faisoit, et le malheur fust si grand, qu'aucun s’oubliast de tant en ses necessités que de ne vouloir ou sçauoir trouuer moyen de retirer son gage, il tomboit en tel deshonneur et infamie, qu'il n’eust pas esté bon à manger aux chiens, et ne se fust osé monstrer en public : car on luy faisoit la huée, comme lon fait à vn loup ou chien enragé , et de liberté tomboit en ignominieuse ser uitude, comme ayant desauoüé et renoncé sa race et origine. Ce qui est tesmoigné par Claude Paradin , en la Preface du liure qu'il a fait des Alliances genealogiques des Roys et Princes de Gaule.

D’auantagecomme escril Herodote, iceux Egyptiens reconnoissans ceste vie estre de peu de durée, au regard de celle que nous auons à viure aprés la separation du corps d’auec lame, estoient fort negligens à bastir maisons pour eux loger, mais au reste si magnifiques à edificr Pyramides, desquelles ils se vouloient seruir pour leurs sepultures, que pour le bastiment d’vne qui fut entreprise par Cheopés l’vn de leurs Roys, trauailloïent cent mille hommes l’espace de chacun trois mois par le temps de vingt ans : laquelle auoit de profondeur cinq stades , et estant de forme quarrée, auoil en chacun front huit cens pieds de large, et autant de haut, estant chacune pierre le plus ordinairement de trente pieds, fort bien ouurée , comme raconte Herodote liure 2. Or deuantqu'enfermer les corps dans ces tant superbes sepulchres, ils

C71 les portoient auec pompe magnifique vers les salleurs et embaumeurs, qui estoient offices bien salariés du peuple. Is l’embaumoient de drogues aromatiques, puis ils cousoient les incisions et refermoient le tout : cela fait , ils salloient tres-bien le corps, et couuroient le salloir iusques à soixante et dix iours : lesquels reuclus, ils retournoient prendre le corps, lequel laué et nettoyé, le lioient de bandes faites d’vn drap de soye, collées auec certaine gomme : alors les parens reprenoient le corps, et luy faisoient faire vn estuy de bois moullé en effigie d'homme, dans lequel ils l’estuyoient : et voila comment ils embaumoient les riches. De ceste mesme curiosité nos François esmeuselincités, font pour la plus part embaumer les corps des Roys et grands Seigneurs : Ce que chrestiennement, comme toute autre chose, ils ont euidemment tiré tant du nouueau que du vieil Testament, et facon ancienne de faire des Iuifs : car il est dit au nouueau Testament t, que loseph acheta va linceul, et que Nicodeme apporta vne mixtion de myrrbhe et daloés, iusqu’au poids enuiron de cent liures, de laquelle auec autres odeurs aromaliques ils embaumerent et enseuelirent le côrns AuUr ce» CUP.

de Iesvs Carisr (éOmime Ja vb istume des Luifs estoit d’enseuelir leurs morts embaumés, qui estoit signe de ceste incorruption qu'ils esperoient en la resurreclion des Morts) ce que mesme depuiseux voulurent faire les Maries.

Ce qu'ils auoient appris de leurs peres anciens : car Ioseph au vieil Testament commanda à ses Medecins d'embaumer son pere ?.

1S. Iean, 20. 39. — À. P.

2 Genes, 50. ?.— À. P.

Or pour bien embaumer vn corps, premierement il faut vuider tous Îles entrailles et visceres : reseruant le cœur particulierement, à fin de l'embaumer et mettre à part, ainsi qu’il sera aduisé par les amis du defunct :

il faudra pareïllement vuider le cerueau , aprés auoir coupé le crane, ainsi qu’on fait és dissectionset anatomies. Ce fait, il faut faire des incisions pro'ondes et longues és bras, dos, fesses, cuisses, iambes, et principalement à l'endroit des grandes veines et arleres, à fin d’en faire sortir le sang qui se corromproit , et pareillement aussi d'y plonger des poudres :

cela fait, il faut exactement lauer tout le corpsauec vne esponge imbue d’eau de vie et fort vinaigre, dans lequel auront boüilli absinthe, aloé, pommes de coloquintes, et sel commun et alum : en aprés faudra remplir lesdites incisions et toutes les ouuerlures, et les trois ventres, des choses qui s’ensuiuent, assez grossement puluerisées.

2. Pul. rosat, camomil. melil. balsami, mentbæ, aneth. saiuiæ, lauand. roris.

maior. thymi, absinth. cyperi, calam.

aromat. gent. ireos Flor. assæ odoratæ, caryophyl. nuc. mosc. cinamo. slorac.

calam. benioin, myrrhæ, aloës, sandal.

, omnium.

En abrés les incisions seront cousues : puis faut oindre tout le corps de terebenthine liquefiée auec huile de camomille et de rose, y adioustant, si bon sembl®, huiles aromatiques, tirées par quinte-essence : puis au reste sera en tout saupoudré auec portion des poudres dessus dites : en fin sera enueloppé d’vn linceul, et aprés de toile cirée, et pour fin de tout l'appareil, sera mis en un cercueil de plomb bien joint et soudé, rempli de bonnes herbes aromatiques

LE VINGT-SEPTIÈME LIVRE

seiches. Et sile Chirurgien estoit en quelque lieu où il ne peust recouurir les susdites poudres, comme en quelque place assiegée, il se contentera des suiuantes.

2%. Calcis ext. ciner. communis aut querc.

Au reste, le corps estant en tout et par tout laué de vinaigre, ou de lexiue en lieu de vinaigre, telles choses conserueront le corps vne bonne espace de temps, pourueu que ne soit en temps de grande chaleur. et qu'il ne soit situé en lieu chaud et humide: ce que ay fait quelquesfois.

Qui est'eause qu’à present les Roys, Princes, et grands Seigneurs n’estans bien embaumés, et vuidés, et laués d’eau de vie et de vinaigre , et saupoudrés de choses grandement aromaliques , neantmoins tout cela, en cinq ou six iours, plus ou moins, sentent si mal qu'on ne peut endurer estre au lieu où ils sont, el est-on contraint les enfermer en plomb. Cela aduient par-ce qu'ils ne sont longuement gardés en saumure auec lesdites choses aromatiques, comme anciennement on faisoit, et aussi par la grande multitude de gens qui entrent pour les voir, et le grand nombre de torches et luminaires estans iour et nuit : cela eschauffe si fort l'air, que le corps n’ayant esté imbu de choses qui gardent la pourriture, cela fait qu’en peu de iours se corrompent et pourrissent, et de leur pourritures’esleue vne vapeur puante et cadauereuse , qui offense grandement ceux qui la sentent !.

Parquoy ma façon de bien et deuëment embaumer et garder les corps

1 Ce paragraphe a été ajouté en 1579; en 1575 le suivant commençait tout simplement : Or ma façon, etc.

DE LA FAÇON D'EMBAVMER LES CORPS MORTS

morts fort long-temps, c’est qu’aprés les auoir vuidés comme dessus, illes conuient poser en vn vaisseau de bois bien ioint, rempli de fort vinaigre au quel on aura fait boüillir sel et herbes aromatiqueset ameres, comme aluine, rue , aloës , coloquinte : puis adiouster eau de vie deux ou trois quartes, et laisser tremper les corps en ceste misture l’espace de vingt iours : aprés les faut mettre debout , et les laisser en lieu sec et non humide. Le vinaigre garde de pourriture, d'autant qu’il est-froid et sec, qui sont deux choses repugnantes à putrefaction : Ce que l'experience monstre. Car en iceluy on garde les herbes , fleurs, fruits, et autres choses sans qu’elles se pourrissent. Ie proteste auoir vn corps, lequel me fut donné par le Lieutenant Criminel , aprés auoir esté executé , il y à 25. ans et plus t, que r'anatomisay , et leuay presque tous les muscles du corps de la partie dextre ( à fin que lors queie veux faire quelque incision, voyant les parties de recente memoire, que ie sois plus asseuré en mes œuures ) la partie senestre laissée en son entier : toutesfois à fin de le mieux conseruer, ie le piquay d’vn poinçon en plusieurs endroits, à fin que la liqueur penetrast au profond des muscles et autres parties : et voit-on encore entiers les poumons , cœur, diaphragme , esto-

1 Cette histoire aétéégalementrapportéeau livre de la Mumie; et comme je n’en savais pas la première origine, j'avais présumé que cette préparation avait dû être faite vers 1557. Comme le texte auquel cette note se rapporte à paru en 1575, c’est donc avant 1550 que Paré avait préparé son Cadavre , et probablement à l’époque où il disséquait avec Thierry de Héry pour les loçons de la Faculté de médecine.

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