‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 518 sur 602 · LIL · texte numérisé non relu

LIL

/ riture, et tuer les vers qui estoient en leurs playes, ie les lauois d'Egyptiac dissout en vin et eau de vie, et leur faisois tout ce que ie pouuois :

neantmoins toutes mes diligences, il en mourut beaucoup.

Il se trouua à la Fere des gentilshommesquiauoient charge de trouuer le corps mort de monsieur de Bois- Dauphin l'aisné, qui auoit esté tué en la bataille : ils me prierent les vouloir accompagner au camp pour le choisir, s’il estoit possible, entre les morts : ce qui estoit impossible le pouuoir reconnoistre, attendu que les corps estoient tous effondrés par pourriture, et deuisagés. Nous veismes plus de demie lieuë autour de nous , la terre toute couuerte de corps morts : et n’y demeurasmes gueres, pour la grande puantcur cadauereuse qui s’esleuoit des corps, tant des hommes que des cheuaux :

et croy que nous fusmes cause de faire esleuer de ces corps vne si grande quantité de grosses mousches, qui s’estoient procreées de l'humidité des corps morts et de la chaleur du Soleil, ayans le cul verd ct bieu, qu'estans en air faisoient ombre au Soleil. On les oyoit bourdonner à grand merucille, et croy que là où ils s’assirent, c'estoit pour rendre l'air pestilent, et y causer la peste.

Mon petit Maistre, ie voudrois qu'’eussiez esté là comme moy, pour discerner des odeurs, el pour aussi en faire rapport à ceux qui n'y ont esté.

Il m'ennuyoit beaucoup là. Ilepriay monsieur le Mareschal de me donner congé de m'en aller, et auois peur de demeurer malade, pour le trop grand trauail de puanteur des blessés, qui mouroient quasitous, quelque diligence qu’on y peust faire. Il fit venir

des Chirurgiens pour paracheuer à lraiter les blessés, et m'en allay auec sa bonne grace, Il escriuit vne lettre au Roy, de la diligence que rauois faite enuers les pauures blessés. Puis ie m’en reuirs à Paris, où ie trouuay encore beaucoup de gentils-hommes qui auoient esté blessés, qui sy estoient retirés aprés la bataille.

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