‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 519 sur 602 · VOYAGE DV CAMP D'AMIENS · texte numérisé non relu

VOYAGE DV CAMP D'AMIENS

Le roy menuoya à Dourlan, et me fit conduire par le capitaine Gouast, auce cinquante hommes-d’armes, de peur que ie nefussepris des ennemis :

et voyant que par chemin estions tousiours en alarmes, ie fis descendre mon homme, et fis qu'il estoit maistre. Car ie montay sur son cheual qui portoit ma malle, et alloit bien du pied s’il eust fallu gaigner le haut, et pris son manteau et chapeau, et luy baillay ma monture, qui esloit vne belle et petite haquenée. Mon homme estant dessus, on l’eust pris pour son maistre, el moy pour son valet, Ceüx de Dourlan nous voyansde loin, pensoient que fussions ennemis, et nous tirerent des coups de canon. Le capitaine Gouast, mon condueleur, leur fit signe auec son chapeau que n’estions ennemis : en fin cesserent de tirer, et entrasmes à Dourlan auec Yne grande ioye.

Ceux de Dourlan auoient fait vne sortie sur l’ennemy, cinq ou six iours auparauant : lesquels tuerent et blesserent plusieurs de nos Capitaines et bons soldats, et entre les autres le Capitaine sainct Aubin, vaillant comme l'espée, que monsieur de Guisé aimoit fort, et poür lequel

APOLOGIE

principalement le Roy m’enuoyoit là.

Lequel estant en accés de fiéure quarte, voulut sortir pour commander à la plus grande partie de sa compagnie : vn espagnol voyant qu’il commandoit, apperceut estre vn Ca:

pitaine, et luy tira vn coup d’harquebuse tout au trauers du col. Mon capitaine sainct Aubin pensoit de ce coup estre mort.,et dela peur, ie pro:

teste à Dieu qn'il perdit sa fiéure quarte, et en fut du tout deliuré. Ie le pensay auec Anthoine Portail, Chirurgien ordinaire du Roy, et plusieurs autres soldats : les vns mouroient, les autres reschappoient, quittes pour yn bras ou vne iambe, ou perte d’vn œil, et ceux-là disoit-on estre quittes à bon marché : eschappe qui peut.

Lors que les ennemis eurent rompu leur camp, ie m'en retournay à Paris.

Icy ie me tais de mon petit Maistre, qui estoit plus aise en sa maison que moy à la guerre.

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