VOYAGE DE LA BATAILLE DE MONT- CONTOVR
Pendant la bataille de Montcontour, le Roy Charles estoit au Plessis lez Tours , où il entendit l'auoir gaignée. Il se retira grand nombre de gentils-hommes et soldats en la ville et fauxbourgs de Tours, blessés, pour se faire penser et medicamenter : où le Roy et la Royne mere me commanderent en faire mon deuoir, auec les autres Chirurgiens qui lors estoient en quartier, comme Pigray, du Bois, Portail, et vn nommé Siret, Chirurgien de Tours , homme bien entendu en la Chirurgie, estant alors Chirurgien de Monseigneur frere du Roy:
et pour la multitude des naurés, n’estions gueres à repos, ny les Medecins pareillement.
Monsieur le Comte de Mansfeld, gouuerneur de la duché de Luxembourg , Cheualier de l’ordre du Roy d’Espagne, fut grandement blessé à la bataille, au bras senestre, d’vn coup de pistolle qui luy rompit grande partie du coude, et s’estoit retiré à Bourgueil, prés Tours. Estant là, enuoya vn gentilhomme vers le Roy, le supplier bien affectucusement luy vouloir enuoyer vn de ses Chirurgiens pour le secourir de sa blessure.
Le conseil fut tenu quel Chirurgien seroitqu’on y enuoyeroit. Monsieur le Mareschal de Montmorency dGist au Roy et à la Royne, qu'il seroit bon de luy enuoyer son premier Chirurgien, et leur remonstra que ledit seigneur de Mansfeld auoit esté vne grande partie cause du'gain de la bataille. Le Roy dist tout à plat, qu’il ne vouloit que ÿ y allasse, et vouloit que ie demeurasse prés de luy. Adonc la Royne
mere luy dist que ie ne ferois qu'aller et venir, et falloit auoir esgard que c’estoit vn seigneur es{ranger, qui estoit venu de la part du Roy d'Espagne pour son secours. Alors il me permit y aller, pourueu que ie reuinsse bien tost. Adonc il m'enuoya querir, et pareillement la Royne mere, et me commanderent aller trouuer ledit seigneur Comie de Mansfeld, la part où il seroit, pour luy seruir en tout ce que ie pourrois faire pour la guarison de sa blessure. Ie l’allay trouuer, accompagné d’vne lettre de leurs Maiestés. L’ayant veuê, il me receut de bonne volonté, et desiors donna congé à trois ou quatre Chirurgiens qui le pensoient : qui fut à mon tres-grand regret, par-ce que sa blessure me sembloit estre incurable.
Or audit Bourgueil s’estoient retirés plusieurs gentils-hommes ayans esté blessés à ladite bataille, sçachans que Monsieur de Guise y estoit, qui auoit eslé aussi fort blessé d’vn coup de pistolet au (rauers d’yne jambe, et estans bien asseurés qu’il auroit de bons Chirurgiens pour le penser, et aussi qu’il est dchonnaire et fort liberal, qu’il les assisteroit d’vne grande parlie de leurs necessités. Ce que veritablement faisoit volontiers, tant de leur manger et boire, que autres necessilés : et de ma part, de mon art estoient soulagés et aidés : les vns mouroicnt, autres guarissoient, selon leurs blessures. Le comte Ringraue mourut, qui auoit vn coup à lespaule semblable à celuy qu'eut le Roy de Nauarre deuant Roüen. Monsieur de Bassompierre, colonel de douze cens cheuaux , fut semblablement blessé de pareil coup et endroit que celuy de monsieur le comte de Mansfeld, que ie pensay, et Dieu le grarist. Dieu benist si bien
mon œuure , que dans {rois sepmaines ie les ramenay à Paris, où fallut faire encore quelques incisions au bras dudit comte de Mansfeld , pour
extraire les os qui estoient grande- |
ment fracassés, rompus, et carieux.
Ilguarist par la grace de Dieu, et me fit vn honneste present, de sorte que ie me contentay bien fort de luy, et luy de moy, comme il m'a fait paroistre depuis. Il escriuit vne lettre à monsieur le duc d’Ascot, comme il estoit guari de sa blessure, et aussi monsieur de Bassompierre de la sienne , et plusieurs autres que rauois pensés aprés la bataille de Montcontour, qui luy conseilloit de supplier le Roy de France me permettre d'aller voir monsieur le Marquis d'Auret son frere : ce qu’il fit.