‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 536 sur 602 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DES MOYSCHES A MIEL.

Ie ne veux laisser en arriere la prudence des mousches à miel : c’est qu’elles font entre elles comme vne petite republique , elles ont vn Roy, lequel est plus beau, plus gros et fessu deux fois que les autres mousches : il a les ailes courtes el les iambes droites, vn marcher plus graue que les autres, ayant vne tache au front qui luy sert de diadesme ou de couronne, qui est le signal royal d’authorité et de maiesté : il est plus poli que les autres mousches à miel.

Elles ont vn aiguillon pour leurs armes et defenses, toutesfois le Roy n’en à point, ou pour le moins il n’en vse point : lors qu'il marche, il a sa garde qui l’enuironne, et toute la troupe le suit : il ne sort point de la ruche sinon quand tout son regiment doit sortir, ce qu’on connoist par le bruit qu’elles font dedans la ruche, bruyans et bourdonnans comme trompes et tabonrs, pour annonc?r qu'il faut debusquer pour aller aux

champs. Chacune d'elles desire estre pres le Roy, et s’il est las , le portent, et en quelque part qu'il s’arreste, tout le ietton s’arrestera et se campera.

S’il meurt, toutes sont tristes et mornes, et ne sortent point dehors pour aller en queste, mais s’assemblent à l’entour de son corps, puis le portent dehors,et luy font compagnie comme és funerailles, et l’enseuelissent en terre : cela fait, en eslisent vn autre promplement , car elles ne peuuent viure sans Roy. Il a l'œil par tout, ce pendant que toutes les mousches trauaillent , leur donnant cœur, voltigeant autour de la besongne , comme s'il vouloit exhorter les ouuriers.

Aprés qu’elles ont trauaillé, si elles veulent sortir dehors, elles eslisent vn temps propre , car veritablement elles preuoyent et sentent les pluyes, vents et tempestes, lors qu’ils doiuent venir. Elles ont ceste justice et equité, que sus les champs jamais ne font mal aux animaux, teis qu'ils soyent,et ne piquent aucun de leur aiguillon, sinori pour la defeuse de leur maison : et peut-on dire qu’elles ont quelque portion de l’espritdiuin !.

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