‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 535 sur 602 · DE L'ARTIFICE DES ARAIGNÉES · texte numérisé non relu

DE L'ARTIFICE DES ARAIGNÉES

L’araignée fait sa toile d’vn merueilleux artifice , trauersant maintenant d’vn costé, et maintenant de l’autre, empoignant tout ce qui luy peut seruir pour l’estendre et alta:

cher. Et encore qu’on rompe et desface souuent son ouurage, et qu’on la dechasse d’vn coste ou d’autre, ce neantmoins elle n’estpoint tant craintiue qu’elle desloge de son logis pour cela , mais tousiours retourne à sa besongne, de sorte qu'on ne luy en seauroit tant desfaire et gastler, qu’elle n'en reface et raccoustre, faisant fousiours ouurages nouueaux, et ce d’vn merueilleux artifice : tellement que les tisserans et lingeres, tapissiers et brodeurs, .passementiers, pescheurs, veneurs, viennent à l’escole pour apprendre d’elles à faire leurs ouurages et rets, soit qu’on regarde à la perfection et subtilité du

1 Ce dernier paragraphe a élé ajouté en 1585,

fil, ou aux nœuds indissolubles de la {oile sans filamens,estant comme vne peau deliée et gluante, comme s’il y auoit de la colle. Finalement on ne croiroit iamais qu'elles fussent tant bien enseignées à retirer leurs filets, et le gouuernement de leurs ouurages: tellement que sil y a quelque mousche ou autre proye prise à leurs filets, la sentent, et tout en vn moment retirent leur toile, et courent sus comme vn chasseur bien experimenté : ce que sine le voyionstousles iours deuant nos yeux, on penseroit que ce fust fable.

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