‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 540 sur 602 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DE L’INDVSTRIE DES ANIMAVX , ET DE LA CONSERVATION ET AMITIÉ QV'ILS ONT, ET PRINCIPALEMENT DE LEVRS PETITS,

Les animaux portent vne extreme amilié enuers leurs faons ou petits:

que souuent elles se pourroient sauuer el eschapper en fuyant le chasseur qui les veut prendre : mais s’il faut par ce moyen abandonner leurs petits, elles aiment mieux estre mises en pieces que les perdre et laisser en arriere. Et la saison qu’elles sont plus furieuses, c’est alors qu’elles les nourrissent.

Plutarque dit que toutes les bestes en general aiment ardemment ce qu’elles engendrent, et le nourrissent soigneusement, et ont vne affection et finesse singuliere en telle matiere.

Et quant à l’industrie de conseruer leurs petits, les perdrix vsent en cela d’vne grande finesse : car tandis que leurs petits ne peuuent encore voler pour leur icune aage, elles les accoustument à se coucher sur le dos, et à se couurir de mottes de ierre comme de quelquecouuerture.Quand les chasseurs sont prés d'elles, elles les menent d’vn autre costé, et tournoyent et voient comme à peine , et font semblant qu’elles ne peuuent plus courir, et se feignent ainsi iusques à ce qu'elles ayent retiré les chasseurs ioing de leurs petits. Voila donc vne grande finesse, coniointe auec vn amour e{ vn grand s6ing enuers ses pelils.

Ce que nous lisons des liéures à ce mesme propos n’est moins digne d’ad.

miralion : car les liéuresse voulinsre-

tirer à leurs gistes,menent leurs petits l’yvn à vn lieu et l’autre à vn autre:et quelquesfois ils les separent lvn de Pautre bien d’vn arpent de terre, à fin que si d’auenture il suruient vn homme ou vn chien, ils ne soyent pas Lousen vn mesme danger. Et puis aprés auoir bien traquassé et volligé, et imprimé force traces de leurs pieds, faisant vn grand saut, ils se retirent de là, et vont en leurs gistes.

Or si le liéure est fin et caut pour la garde de ses pelits. le herisson ne l’est pas moins, non seulement pour nourrir ses petits, mais aussi à se sauuer lu y-mesme, et pource 0yez ce que Plutarque en a escrit.

« Quand le renard poursuit le herisson , il s’enroulle dans ses espines, ainsi que la chastaigne est cachée en sa coquille ou escorce, et par ces moyens il se tient là caché en embuscade, sans pouuoir estre nullement blessé. Mais le soing et la prudence de ses petits est encore plus digne d’admiration. Il s’en va aux vignes au temps des vendanges, el auec ses pieds il abbat en terre les grains des raisins : puis il roulle par dessus et les pique de ses espines. »

Plutarque qui en a escrit ainsi introduit vn personnage auoir veu cela de ses yeux. Et pource il dit : « II me souuient que quelque jour nous en vismes vn que nous estimions que ce fust vn raisin qui cheminast, tant il estoit chargé de graines. Quand il est entré en sa caueérne, il en mel vne partie pour ses petits et retient Pautre pour soy. Il fait le semblable des pommes , poires , et autres fruits, el sçait bien choisir les meilleures et les plus meures, se roullant dessus, et en porte tant qu'il peut, et si peu qu'il luy plaist. »

Il se trouue en la Floride vne sorte

de beste, laquelle, tant pour sa rarité que deformité, ie n'ay voulu obmettre en ce traité, en ayant pris le portrait de Theuet, liure 23 , chapitre 1. Tome 2. de sa (osmographie Elle est nommée de ce peupie Succurath, et des Canibales Su. Cest animal la plupart du temps fait sa residence au riuage des fleuues, et est rauissante et d’vne facon fort estrange, telle que la voyez figurée. Si elle est poursuiuie, elle prend ses petits sur son dos, lesquels elle couure de sa queuë, qu’elle a assez longue et large, et se sauue à la fuite. Toutesfois les Sauuages pour la prendre font vne fosse dedans laquelle elle tombe, sans se douter de telle embuscade.

Entre les animaux, la nature pese autant d’vn costé que d’autre, quant au courage et à la hardiesse : et ne cede point la femelle au masle, soit à supporter les trauaux pour le recouurement des viures, soit à combattre pour la defense de leurs petits.

Lesbiches font ordinairement leurs faons prés des grands chemins, pource que les bestes rauissantes, qui viuent de proye , n’y hantent pas communément.

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