CHAPITRE XI
LE TEMPS QVE LES ANIMAVX S’ACCOV- PLENT ENSEMBLE.
La prime-vere les animaux sont espris du desir de s’accoupler : car alors sont excités à mettre hors la concupiscence generatiue, ne plus ne moins qu’elle fait la séue, et les boutons des arbres et herbages, à fin de perpetuer leur semblable. Les
layes attirent leurs sangliers, et les
DFS ANIMAVX
chéures leurs boues, et autres femcelles leurs masles, par leurs propres odeurs : les oiseaux s’entrefont l’amour des ailes et du bec , les autres par leurs chants et voix diuerses s'entre-appellent chacune en leuriargon, s’entre-faisans caresses, se reiouïssans pour l’esperance qu’elles ont de s’accoupler, monstrant par cela que Nature les incite à ce faire. Ce qu’on voit aux grenoüilles, qui commençans à entrer en amour sentre-appellent auec vn chant de nopces, d'vne voix amoureuse : puis quand le masle a fait venir sa femelle, ils attendent à s'accoupler de nuit, pour -ce que dedans l’eau elles ne peuuent habiter ny auvir compagnie l’\ne de l’autre, et sur la terre elles craignent le iour qu'on ne les trouue liées ensemble : mais quand la nuit est venue, elles sortent de l’eau seurement où elles s’entre embrassent. Cela vient de la sapience diuine, qui a donné aux animaux se garder d’estre frappés, blessés ou tués, autant qu’il leur est possible.
Aelian dit que si la lionne a eu compagnie d’vn autrelion, son masle le connoist à l'odeur, et la chastie et bat cruellement.
Aucuns animaux font plusieurs petits, les autres n’en font iamais qu’vn seul en leur vie, comme l’elephant, lequel neantmoïns vit deux ou trois cens ans: