DE L’AMOVR ET CHARITÉ DES OISEAVX ET CHIENS
La cicongne nourrit son pere et sa mere en leur vieillesse, et les petits
ET DE L'EXCELLENCE DE L'HOMME
sçachans bien voler aident aussi et supportent ceux d’entre eux quine peuuent encore bien voler. Et par ainsi ils ne sont pas seulement humains enuers leurs peres et meres, mais aussi entre eux, comme freres el sœurs les vns enuers les autres.
La poulle porte vne :i grande affection à ses petits poussins, qu’elle les congrege et assemble, les gardant sous ses ailes, et s’il vient vn chien, ou vn loup, ou vn ours, qui sont de terribles bestes au prix d’elle, pour en empoigner vn, elle sautera contre eux, voire et fust yn homme armé de toutes pieces, pour les defendre, sans auoir esgard à sa vie, ny au danger auquel elle se met : autant en font toutes les autres bestes.
Il se faut esmerueiller de la loyauté que le chien tient à son maistre , et de l'affection qu’il a enuers luy, et de la memoire et nourriture qu’il en a receu : car iamais il ne l’abandonne, et quelque desplaisir que son maistre luy face, encores qu'il luy donnast cent coups de baston, si ne le peut-il delaisser qu’il ne retourne tousiours vers luy. Il n’y a beste qui connoisse si bien son maistre : encores qu'il aye esté long-temps sans le voir, il le reconnoist tousiours. Il entend la voix des domestiques. Le commun de tous chiens est de garder la maison , et abbayer aux estrangers, et estre mauuais aux pauures mal-vestus. Et s’il est question de trouucr des gardes bien seures, on n’en pourra pas trouuer de plus certaines que celles des chiens. Et pourtant Ciceron leur fait cet honneur, qu’il les appelle garde fidele par dessus tous autres animaux. Il à vn sentiment exquis, par lequel il connoist à la trace son maistre, et la proye.
Aucuns chiens ont demeuré long-
temps sur le (tombeaude leur maistre, tousiours hurlans piteusement , sans qu'ils en peussent estre dechassés, ne voulans manger ny boire.
Pline recite ! qu’vn chien ne departit iamais prés du corps de son maistre, qui auoit esté executé par iustice, iettant de tristes hurlemens, enuironné d’vn grand cerne de peuple romain : et quelqu’vn luy ayant ietté de la viande, ce chien la porta à la bouche de son maistre. Puis quand on eut ietté le corps dedans le Tibre,le chien se mit à nager, essayant de lesauuer et soustenir : dont le peuple Romain fut grandement esmerueillé de la fidélité de ceste beste ?,
On lit plusieurs histoires de la fidelité des chiens, qui seroient icy trop long-temps à reciter. Ils abbayent et clabaudent oyans le bruit des trompettes , et le cry des asnes et autres grands bruits, et ce clabaudement et abbayement leur est vn pleur pour l’impatience de leur ire,
Le cheual semblablement connoist son maistre, ce que Plutarque a laissé par escrit du cheual d’Alexandre, nommé Bucefal : quand il estoit nud , enduroit bien que le palfrenier montast à poil dessusluy: mais quand il cestoit paré de ses harnois royaux, et deses riches couleurs, il n’en souffroit pas vn seul monter sur luy, qu’Alexandre tout seul , et si d’autres s’efforçoient y monter, il leur couroit sus, en ronflant et hennissant, et se cambroit sous eux, ét les fouloit aux pieds, s'ils ne se hastoient bien Lost de se retirer arriere et s'enfuir,
Combien que la colombe soit des
1 Liure 8. ch. 40. — A. P, 2 Cette histoire , empruntée à Pline, a été intercalée ici en 1688:
bestes bien fertiles , toutesfois tant le masle que la femelle garde vne singuliere chasteté, concorde et amour.
ct charité lvn enuers l’autre, et ne commellent point d’adultere, et ne violent point la foy en leur mariage :
si la femelle a vn masle difficile et fascheux, elle lesupporteneantmoins . en toute patience : aprés le courroux ils se flattent et baisent, en faisant paix, et retournent l’vn auprés de l’autre. Ils sont d'amour egale enuers leurs petits. l
Les tourterelles en font autant , et dauantage : car en signe de viduité, iamais ne couchent sus branche verte, aprés qu’elles ont perdu leur party, et demeurent en perpetuelle viduité, sans prendre autre party. Ils ont vn amour muluel et reciproque.