CHAPITRE XXII
COMME L'HOMME EST PLYS EXCELLENT ET PARFAIT OVE TOVTES LES BESTES ENSEMBLE.
Maintenant nous viendrons à deduire la grande excellence de l'hommé, el que ce grand Dieu, facteur de l’vuniuers , est grandement à admirer , qui n'a point attribué à l’homme certaines commodités, comme il a fait aux animaux, sçachant que la sapience luy pouuoil rendre ce que la condition de nature luy auoit denié. Car encore qu'il vienne nud sur terre, el sans aucunes armes ( ce qui n’aduient aux bestes, qui ont cornes, dents, ongles, griffes, poil, plume, et escailles) il est pour son grand profit et auantage armé d’entendement , et vestu de raison, non par dehors , mais par dedans : a mis sa defense, non au corps, maisen l'esprit : de sorte qu'il n’y a ny grandéur, ny force des bestes, ny la fermeté de leurs cornes, ny fa grande masse de chair et d'os dequoy ils sont composés, qui puisse empescher qu'ils ne soient domptés , ou prins et assuieltis sous la puissance et authorité de l’homme. En luy se frouue religion , iuslice, prudence, pielé, modeslie , clenence, vaillance , har-
1 Ge dernier paragraphe esk encore une addition dn 1645:
diesse, foy, et telles vertus bien autres et differentes, qui re sont trouuées aux animaux , Ce qui sera declaré presentement.
Tout ce que nous auons escrit de la nature des bestes, n’est pour donner matiere aux naturalistes , epicuriens et atheistes, qui sont sans Dieu, de conclure par ces raisons qu'il n’y a point de difference entre les hommes et les bestes : mais pour monstrer à l’homme qu’il n’a matiere de se glorifier qu’en Dieu. Car quelque chose que nous ayons dite des bestes et de l’homme, il n’y a point de com paraison de luy à elles. Car l'homme tout seul à en soy tout ce qui peutestre excellent entre tous les autres animaux , et est plus parfait que nul d'eux. Car puis qu’il a esté creé à limage de Dieu , il n’est possible, quelque abolition qu’il ait en Iuy de ceste image, qu'il n’y en soit demeuré quelque trait cl rayon de la puissance, sagesse, el bonté de Dieu son createur. Et iaçoit qu’il soit vne creature fort debile et foible, au pris de certains animaux, {outesfois ils n’ont puissance ne force à comparer à la sienne, si nous en voulons parler à la verité. Car Dieu a imprimé en Iuy vn tel caractere de sa puissance , qu'il n’y à nulde tous les autres animaux qui ne le craignent, el qui ne luy soient suiets, et contraints de luy obeïr. Et nonobstant qu'il semble par les choses deuant dites, que la raison ait esté donnée à tous animaux, toulesfois, comme dit Lactance , elle a esté donnée seulement pour la conserualion de leur vie corporelle, mais à l'homme pour viure eternellement. Et pource que celle raison est parfaite en l'homme, elle est comme sapience et sagesse, qui le fait excellent en ce, qu'à luy seul
DÉS ANIMAVX
est donné à entendre les choses diuines : de laquelle chose Ciceron a cu vraye opinion, disant, qu’en tous les genres et especes d'animaux il n’y en à aucun, excepté l'homme, qui ait connoissance de Dicu. Et luy a donné par grande excellence raison, et la parolle, et les mains : et par ces trois prerogaliues , l’a separé des autres animaux, et doûé d’vne nature plus singuliere que pas vne des autres creatures. IL a trouué premierement par raison les choses plus necessaires.
Il a imposé nom à toutes choses, inuenté les lettres, dressé les arts mesaniques et liberaux, iusques à mesurer la terre et la mer, reduire par instruction la tres-ample masse du ciel, et la varieté ‘et distinction des astres, et l’entresuite des iours et nuits, mois el ans, continuellement renaissans, et l’obserualion du cours des estoilles, et leur pouuoir qu’elles ont icy bas. !1 a escrit les loix , et generalement forgé tous les instrumens des arts. À redigé par escrit les memoires et speculations des philosophes, tellement que par ce moyen nous pouuons maintenant parler et discourir auec Platon, Aristote et autres anciens aufeurs,