L'HOMME A LE CORPS DESARMÉ
Or comme l’homme a le corps desarmé , el despourtieu d'armes , aussi a-il Pame destituée d'arts. EL en recompense de ce qu'il est nud et desarmé , il a la main!,el en lieu que son ame n’a aucun art, il à la raison
1 Galien, 1. de Psupart. chap. 4, — A. P.
° ËT DE L'EXCELLENCE DE L'HOMME
et parolle : et de ces trois estant garni, il arme son corps, le couurant, et remparant en toutes choses, et enrichit son ame de tous arts et sciences.
Or s’il auoit quelques armes nalurelles , il auroit tousiours celles-là seules : semblablement si de natureil sçauoit quelque art, il n’apprendroit iamais les autres. Pource donc qu'il luy estoit trop meilleur saider de toutes armes, et de tous arts, Nature ne luy a donné ne l’vn ne l'autre:
parquoy Aristote dit de bonne grace, la main estre Pinstrument qui surpasse ous autres instrumens. Et semblablement quelqu'vn, à limitation d'Aristote, pourroit dire : la raison estre vn art qui surmonte tous les arls. Car ainsi que la main est instrument plus noble que tous instru mens, pource qu’elle Îles peul faire, manier, et mettre en besongne, combien qu’elle ne soit aucun des instrumens particuliers : aussi la raison et la parolle n’estant aucun art particulier, les comprend naturellement tous. À ceste cause, la raison est vn art qui auance tous Îles autres.
L'homme donc seul entre {ous les animaux, ayant en son ame, vu art plus excellent que tous autres, à sçauoir la raison, à bon droit possede yn instrument plus noble que tous autres, sçauoir la main.
Et ainsi l’homme, animal seul diuin entre {ous ceux qui sont en terre pour toutes armes defensiues a les mains, qui luy sontinstrumens à (ous arts, et non moins conuenables en guerre qu'en paix. Il n’a eu besoin de cornes naturelles, comme le taureau.
ny de defenses , comme le sanglier, ny d'ongles, comme le cheual, ny autres armes, ainsi qu'ont les bestes :
car il peut prendre auec ses mains
des armes qui sont meilleures, comme yne pique, vne cspée, vne hallebarde, vne pertuisane, qui sont armes plus auanltageuses, qui coupent et percent plus aisément que les cornes el les dents. I n’a eu aussi besoin des ongles comme le cheual, car vn caillou ou vn leuier assenent et froissent mieux qu’vn ongle. En outre, on ne se peut aider de la corne ou de l’ongle que de prés : mais les hommes se seruent de leurs armes de prés et de loing, comme &’vne harquebuse et dvne fronde et fleche, et d’yn leuier plus commodément que d’vne corne.
Voire-mais, dira quelqu’vp, Le lion est plus viste el leger que l’homme, Eh bien, que s’ensuit-il pour cela? L'homme auec sa main et sa sagesse, qui aura dompté le cheual, animal plus visie que le lion, maniant le cheual, il chasse et poursuit le lion : en reculant et fuyant il se sauue de deuant luy : estant assis sur le dos du cheual, comme en lieu haut et releué, il choisit el frappe , et tue le lion d’vn espieu ou d’yne pertuisane , ou d’vne pistole, ou autre arme qu’il voudra choisir. Et partant l'homme a tous moyens pour se defendre des autres animaux : ii ne se rempare point seulement d’vn corcelet, mais d'vne maison , d’vne tour où rempart. I fait toutes armes auec ses mains : il ourdit vn habillement, il lance et tire vn rets et vn filet à pescher, et fait toutes autres choses plus commodément que les animaux, et par la puissance qu'il a euë de Dieu son createur, il domine sus les animaux qui sont en terre. f charge l’elephant et le rend en son obeïssance, mais aussi Ceux qui sont en la mer, comme cest horrible monstre et grand, la balaine, la lue et l'ameine au riuage. Pareillement ceux qui sont en l'air : car le
vol ne sauue l'aigle du trait de l'hom:
me, combien que de loing ilielte sa veuê, Et pour le dire en vn mot, il ne se trouue beste, tant soit-elle armée de forces de corps ou pourueuë de sens, que l’homme ne vienne au (lessus, Ce qui est prouué par le grand poëte dinin, quand il dit! :
Regner le fais sur les œuures tants belles De tes deux mains comme Seigneur d'icelles :
Fu as de vray sans quelque exceplion, Mis sous ses pieds tout en subiection.