‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 558 sur 602 · LIVRE DES ANIMAVX · texte numérisé non relu

LIVRE DES ANIMAVX

philosophe, qui estoit excellent en ceste science, vn iour estant en vne grande compagnie de ses amis où il regardoit des passereaux qui estoient branchés sur vn arbre, ausquels il vint vn autre d’ailleurs, qui commença à gazoüiller au millieu deux, puis s’en va, et tous les autres le suiuirent: Apollonius ayant veu cela (et

| Lous ceux qui estoient auec Iuy) dist :

Ce passereau a annoncé à ses compagnons qu'vn asne chargé de forment estoit tombé prés la porte de la ville, et que le bled esloit versé en terre. Et ceux qui ouyrent cela, voulurent experimenter s’il disoit vray, et allerent sur les lieux , où trouuerent la chose comme il auoit dit, et quant-et-quant les passereaux, qui estoient venus pour manger le bled.

Or quant aux Corbeaux, Pies et autres oiseaux, qui parlent pour desguiser leur ramage, el leur gazoüillement, et sifflement , et son de voix humaine , ils ont bien tost dit tout ce qu’ils sçauent, et qu’ils ont appris de longtemps. Et quoy qu’ils scachent gazoüilter, ils demeurent tousiours bestes brules sans raison. Mais à l'homme, la raison luy a esté donnée naturellement de monter plus haut que celle des bestes, desiranttousiours sçauoir, et ne se contentant point seulement d'auoir la connoissance des choses qui appartiennent à la vie presente : mais s’enquiert des choses plus hautes, et des celestes et diuines : qui est vn cerlain argument que la nature de l'homme, et l’ame qui luy est donnée , est bien differente à celle des autres animaux, laquelle ne peut nullement eslre conneuë. L’Homme a en son ame trois principales puissances necessairement concurrentes à toute loüabic et vertucuse action: à sçauoir l’entendement, la volonté, el la me-

ET DE L'EXCELLENCE DE L'HOMME

moire : vne pour comprendre ce qu'il faut faire, l’autre pour l’executer : et la memoire, comme fidele tutrice , qui garde ce qui à esté conclud et arresté en l'entendement. Aucuns philosophes l'ont appelée le thresor de science, d'autant qu’elle est comme vn cabinet auquel est gardé ce que nous apprenons et voyons. Ces puissances et perfeclions sont graces singulieres, et dons speciaux, prouenans de la sagesse diuine du sainet Esprit, qui ne sont données aux bestes: lesquelles puissances seront cy aprés plus amplement declarées au Liure de la Generation, parlant des Facultés de lame.

Et pour conclusion, l'Homme est ingenieux, sage , sub:il, memoratif, plein de conseil , excellent en condi-

Jif.

tion, qui a esté fait du souuerain Dieu, et luy seul entre tous les animaux a esté orné de raison et d'intelligence, de laquelle tous animaux ont esté priués : et en luy reuit vne image de l’essence diuine, qui ne se trouue en nulle autre creature !.

S'entence d'Euripide?.

L'homme a bien peu de force corporelle, Mais sa prudence et raison naturelle

Va iusqu’au fond de la mer captiuant :

Sur terre aussi s'estend iusqu’aux especes, Où plus y a de ruses et finesses.

1 Ce paragraphe est de 1585.

2? Les vers qui suivent se lisaient déjà en 1579, mais sans ce titre, et de plus ils ne présentaient pas un rhythme régulier; ils ont été arrangés ainsi en 1585,

APPENDICE

AV

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