DES MONSTRES TERRESTRES
D'une beste nommée Huspalim.
André Theuet, tome 1. liure 4. chap. 11 , dit qu’en l’isle de Zocotere , qu'ou voit vne beste qui s'appelle Huspalim, grosse comme vn marmot
1 La fin‘de l’article était différente dans les premières éditions. Eu 1573 et 1575, on lisait :
«L’interieur de cest oiseau, comme descrit Melchior Guillaudin Beruce, est farcy et replet de graisse, et dit en auoir veu deux : Quant à moy j’en ay veu vn en cesle ville, qu’yn homme notable auoit, dont en faisoit grande estime : duquel oiseau tu as icy le portraict. »
En1579, tout cela fut rayé, et Paré écrivait en place:
« l’en ay veu vn en ceste ville que lon donna au deffund Roy Charles. »
Et enfin le texte actuel est de 1585.
APPENDICE
Ethiopien, fort monstrueuse , que leÿ Ethiopiens tiennent en de grandes cages de ionc, ayant la peau rouge comme escarlate , quelque peu mouchetée , la teste ronde comme vne boule, les pieds ronds et plats sans ongles offensiues, laquelle ne vit que de vent. Les Mores l’assomment, puis la mangent, aprés luy auoir donné plusieurs coups de baston, à fin de rendre sa chair plus delicate et aisée à digerer.
Du Girafe.
Au Royaume de Camota , d’'Ahob, de Bengx, et autres montaignes de Cangipu , Plimatiq, et Caragan, qui sont en l’Inde interieur, par delà le fleuue de Ganges, quelques cinq degrés par delà le Tropiq de Cancer, se trouue la beste appelée des Germains Occidentaux, Giraffe. Cest animal differe peu de teste et oreilles, et de pieds fendus, à nos Biches. Son col est long d’enuiron vne toise, et subtil à merueille , et differe pareillement de iambes , d'autant qu'il les a autant haut esleuées que beste qui soit sous le Ciel. Sa queuë est ronde, qui ne passe point les jarrets, sa peau belle au possible, Elle est mouchettée en plusieurs endroits, de tache tirant entre blanc et tanné, comme celle du Leopart, qui a donné argument à quelques Historiographes grecs de luy donner le nom de Chamæleopardalis. Ceste beste est si sauuage auant que d’estre prise, que bien peu souuent se laisse voir, se cachant par les bois et deserts du pays, où autres bestes ne repaissent point : et dés aussi tost qu’elle voit vn homme, elle tasche à gaigner au pied : mais finalement on la prend , parce qu’elle est tardiue en sa course, Au reste prise qu’elle est, c’est la beste la plus douce
AV LIVRE DES MONSTRES
à gouuerner, qu'autre qui viue. Sur sa teste apparoissent deux petites cornes longues d’vn pied ou enuiron, lesquelles sont assez droites et enuironnées de poil tout autour: vne lance n’est point plus haute qu’elle leue sa teste en haut. Elle se paist d'herbes, et vit aussi de fueilles et branches d'arbres , et aime bien le pain, chose qu'atteste et figure André Theuet, liure 11, chap. 13, tome1, de sa Cosmographie.
Des Elephans 1.
Les Elephans naissent en Afrique , delà les deserts, en la Mauritanie, et aussi en Ethiopie. Les plus grands sont ceux qui naissent és Indes, Ils passent en grandeur tous les autres animaux à quatre pieds: neantmoins, comme dit Aristote, ils s’apriuoisent si fort, qu’ils demeurent les plus doux et priués de toutes les bestes : on les enseigne, etentendent à faire plusieurs charges. Ils sont couuerts d’yn cuir
1 Au lieu de cet article’, l'édition de 1579 en offrait ici quatre : le premier traitant du pyrassouppi, le second du camphurch, le troisième de l’elephant, le quatrième du taureau de la Floride. Trois de ces articles ont été depuis reportés au Discours de lu licorne. Il est à remarquer que ce déplacement se fit avec tant de négligence, que l’histoire de La beste thanacht avait sauté en même temps dans l'édition de 1585, et n'ayant point trouvé place au Discours de la licorne, n’avait point été remise ici, bien que la figure de la bête y fût conservée. Cette lacune a été réparée dès la première édition posthume. Mais d'un autre côté, la figure de l'éléphant ayant été aussi transportée au Discours de la licorne, le texte qui s’y rapporte avait été oublié, et il avait été conséquemment effacé d’un endroit sans être reproduit dans l’autre : je lai rétabli ici d’après Pédition de 1579. 7
semblable à vn bufle, clair semé de poil de couleur cendrée. Es ont la teste grosse, le col court, les oreilles larges de deux empans : le nez tres long et creux comme vne grande trompe, touchant presque iusques à terre , duquel se seruent en lieu de mains. Ils ont la gueule prés la poitrine, assez semblable à celle d’yn pourceau : du dessus sortent deux dents fort grandes. Leurs pieds sont ronds comme tailloirs, larges de deux ou trois empans, et autour sont cinq ongles. Ils ont les iambes grosses et fortes, non composées d’vn seul os entier comme aucuns ont estimé, mais plient les genoüils comme autres bestes ‘à quatre pieäs: et partant quand on veut monter dessus ou les charger, ils s’'agenoüillent , puis ils se releuent. Ils ont la queuë comme vn bufle, peu garnie de poil, longue enuiron de trois empans: par quoy ils seroient maltraités des mouches, si Nature ne les auoit pourueus d’vn autre moyen pour s'en defendre : c’est qu'alors qu’elles les mordent et piquent, ils resserrent leur cuir, qui est du tout ridé et remplié : par ainsi ils les escachent prises entre ses rides. El n’y a homme qu'il n’atteinde , encore n’allant queson pas : sa grande corpulence en est cause , Car ses pas sont si longs qu'ils outrepassent la granile vistesse des hommes. Ils viuent de fruits et fueilles d'arbres, et siiln'y a arbre si gros qu'ils n’atterrent et met:
tent en pieces. Ils croissent iusques à la hauteur de seize empans: pour ce ceux qui n’ont accoustumé aller dessus sont aussi estonnés que ceux qui n’ont coustume d'aller sur mer.
Ils sont si effrenés de leur nature , qu'ils ne peuuent endurer bride quelconque, quiest cause qu'il les faut laisser aller à leur liberté : toutesfois
#86 ils sont fort obeïssans aux hommes de leur nation, entendans bien leur langage : parquoy il est aisé à les gouuerner par parolles. Lorsqu'ils veulent molester quelque personne, ils l’eleuent en l'air auéc leur grand nez, puis d’vne ardente furie le ruent contre terre et le foulent aux pieds, iusques à ce qu'ils leur ayent fait rendre lesprit.
Aristote ditqu'ilsn’engendrent point que iusques à vingt ans ! : ils ne sont point adulteres, car ils ne touchent jamais qu’à vne femelle, et quand ils la connoissent pleine, ils n’ont garde d'y toucher, On ne peut sçauoir combien de temps la femelle porte, car les masles les couurent en secret, de honte qu'ils ont. Les femelles font leurs petits auec douleur comme les femmes , et ies leschent incontinent.
Ils voient et marchent soudain qu'ils sont nés. Ils viuent deux cens ans.
On voit des dents d’Elephans , appellées Tuoire , merueïlleusement grandes, en plusieurs villes d'Italie, comme à Venise, Rome, Naples ,et mesmement en ceste ville de Paris, desquelles on fait coffres, lucts, peignes, et plusieurs autres choses à lvsage de l'homme.
De la besté T'hanacih.
Aïdré Théuet, tome 1. chap. 10.
en sa Cosmographie, dit que du temps qu’il estoit sur la Mer Rouge, arriuerént certains Indiens de lerre ferme qui apportérent Vn monstre de grandeur ét proportiond’vn Tygre; n'ayant point de queuëé, mais la face toute semblable à celle d’vn homme bien formé, fors que le nez estoit camus :
les mains de déuant comme d'vn homme, et les pieds de derriere res-
1Liu, 6, chap, 27, de Hist, animal, — AP.
APPENDICE
semblans à ceux d'vn Tygre, tout couuert de poil bazané. Et quant à la teste, oreilles, col , et bouche comme homme, ayant les chéueux bien peu noirs et crespelus, de mesme les Mores qu’on voit en Afrique. C'estoit la nouueauté que ces Indiens apportoient pour faire voir, pour l’honnésteté et courtoisie de leur terre, et nommoient ceste gentille beste Thanacth : laquelle ils tuent à! coups de fleches, puis la mangent,
D'une beste monstrueuse laquelle ne vit que de
vent, dite Haiit.
Theuet en sa Cosmographie, tom, 2.
chap. 13. dit qu’en Afrique se trouue vne beste, nommée dés Sauuages Haït, fort difforme, et est presque incredible qu’il en soit de telle qui ne Pauroit veué. Elle peut éstre de grandeur à vne grosse Guenon , ayant son ventre auallé et proche de terré, quoÿ qu’elle soit Gebout : sa face et teste sont presque semblables à celles d’vn enfant. Ce Haït estant pris, iette de grands soupirs, ne plus ne moins que feroit vn homme atteint de quelque grande et excessiue douleur. Elle est de couleur grise, n'ayant que trois ongles à chacune palle, longuë de quatre doigts, faits en forme d’arestes d’vne carpe, auec lesquelles griffes qui sont autant ou plus trenchantes que celles d’vn Lion, ou autre beste cruelle, elle monte sus les arbres, où elle fait plus sa residence qu’en terre, Elle a la queuë longue seulement de trois doigts. Au reste c’est vn casestrange, que jamais homme né scauroit dire l’auoir veuë manger de chose quelconque, quoy que les Sauuagés en ayent tenu longtemps dedans leurs loges, pour voir si elles mangeroient
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quelque chôse : et disoient les Sauuages que seulement elles viuoient de vent, .
D'un animal fort monstrueux naissant en Afrique 1,
l’ay retiré de Iean Leon, en son Histoire d'Afrique, cest animal fort monstrueux, de forme ronde, semblable à la Tortue: et sur le dos sont croisés et signés deux lignes jaunes, en figure de croix, à chaque bout
desquelles lignes est vn œil et vne |
oreille, tellement qu’en quatre parts et de tous costés ces animaux voient et oyent , des quatre yeux et des quatre oreilles, et toutesfois n’ont qu’vne seule bouche et ventre, où descend ce qu'ils boiuentet mangent. Ces bestes ont plusieurs pieds autour du corps, auecques lesquels peuuent cheminer de quelque costé qu’ils veulent sans contourner le corps : la queuë assez longue, le bout de laquelle est fort touffu de poil. Et afferment les habitans de ce pays que le Sang dé ces animaux est de meruéilleuse vertu pour conioindre et consolider les playes, et n’y a baume qui ait plus grande puissance de ce faire.
Mais qui est celuy qui ne s’esmerueillera grandement de contempler cesle beste, ayant tant d’yeux, oreilles et pieds, et chacun faire son office ? où peuuent estre les instrumens dediés à telles operations? Veritablement quant à moy Ÿ y perds mon esprit, et ne scaurois autre chose dire,
1 Cet article est, comme les autres, de 1579, et il a été reproduit en 1585. Mais, par je ne sais quelle négligence, le premier paragraphe avait été omis dans la première édition posthume, et par suite dans toutes les autres. C'était une nécessité de le rétablir,
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fors que Nature s’y est ioüée, pour faire admirer la grandeur de ses œuures.
Du Cameleon 1.
On trouue cest animal nommé Cameleon en Afrique, et est fait comme vn lezard, sinon qu’il est plus haut de iambes : d’auantage il a les flancs et le ventre ensemble comme les poissons : aussi a-il des arestes sur le dos, comme on voit aux poissons : il a mufle comme vn petit cochon, la queuë fort longue, qui va tousiours en appointant, ses ongles fort aigus , et marche ainsi pesamment qu’vne Tortuë , et a le corps rude et escaillé comme vn Crocodile : il ne ferme iamais l’œil, et ne bouge point la prunelle. Au reste c'est vne chose admirable de parler de sa couleur : car à toutes heures, principalement quand il s’enfle, il la change : qui se fait à cause qu'il à le cuir fort delié et mince, et le corps transparant : tellement que de deux choses l’vne, ou qu’en la tenuité de son cuir transparant est aisément representée , comme en vn miroir, la couleur des choses qui
1 Cet article existait déjà en 1573, où, comme nous avons dit, il erminait le chapitre et le livre; il a cependant subi, en 1575 et 1579, quelques changements qui seront indiqués.
immédiatement auparavant les trois éditions de 1573 à 1579 avaient un article sur le Rhinoceros, lequel a été reporté depuis au Discours de la Licorne,
? En 1579 l’article était plus court ; l’'auteur ajoutait seulement :
« Et outre ce a vne groprieté indicible pour ce faire : estant mort il est palle : Pay obserué ceste description, etc. »
En 1575, le paragraphe fut rédigé à peu près comme on le lit aujourd’hui; et la eitation de Matthiole est de 1579,
luy sont voisines (ce qui est le plus vraisemblable) : ou que les humeurs en luy esmeus diuersement selon la diuersité de ses imaginalions , representent diuerses couleurs vers le cuir, non autrement que les pendans d'vn coq d'Inde. Estant mort il est palle.
Matthiole dit que si on luy arrache l’œil droit quand il est en vie, il nettoye les taches blanches qui sont sus la cornée, meslé auec du laict de chéure: si onse frotte de son corps, le poil tombe : son fiel digere et oste les cataractes des yeux.
Jay obserué ceste descriplion en celuy que ay en mon logis.