‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 563 sur 602 · DES MONSTRES CELESTES · texte numérisé non relu

DES MONSTRES CELESTES

Les anciens nous ont laissé par escrit que la face du Ciel a esté tant de fois defigurée de Cometes barbues, cheuelues , de torches, flambeaux , coulonnes , lances, boucliers, batailles de nuées, dragons, duplication de Lunes et Soleils, ei autres choses : ce que ie n’ay voulu obmettre, pour accomplir ce liure des Monstres : et pour ce en premier lieu ie produiray ceste histoire , figurée aux histoires prodigieuses de Boistuau , lequel dit l’auoir tirée de Lycosthene.

L'antiquité, dit-il, n’a rien experi.

menté de plus prodigieux en l'air, que la Comete horrible de couleur de sang qui apparut en Westrie, le neufiéme iour d'Octobre mil cinq cens vingt huict. Ceste Comete estoit si horrible et espouuentable, qu'elle engendroit si grande terreur au vulgaire qu'il en mourut aucuns de peur: les autres tomberent malades. Ceste estrange

AFPENDICE

Comete dura vne heure et vn quart, et commença à se produire du costé du Soleil leuant, puis tira vers le Midy : elle apparoissoit estre de longueur excessiue, et si estoit de couleur de sang: à la sommité d’icelle on voyoit la figure d’vn bras courbé, tenant vne grande espée en la main, comme s'il eust voulu frapper. Au bout de la pointe il y auoït trois estoiles : mais celle qui estoit droitement sur la pointe, estoit plus claire et luisante que les autres. Aux deux coslés des rayons de ceste Comete, il se voyoit grand nombre de haches, couteaux, espées coulourées de sang, parmy lesquelles il y auoit grand nombre de faces humaines hideuses, auec les barbes et cheueux herissés.

Josephe et Eusebe escriuent qu’apres la passion de Iesus-Christ, la miserable destruction de la ville de Hierusalem fut signifiée par plusieurs signes, et mesme entre les autres vne espouuentable comete en forme d’espée luisante en feu, laquelle apparut bien l’espace d’vn an sur le temple : comme demonstrant que lire diuine se vouloit vanger de la vation ludaïque , par feu , par sang, et par famine. Ce qui aduint, et yeut yne si calamiteuse famine, que les meres mangerent leurs propres enfans : et perirent en la cité, du siege des Romains , plus de douze cens mille luifs , et en fut vendu plus de quatre vingts dix mille !.

Les cometes ne sont iamais apparues sans produire quelque mauuais effet, et laisser vn sinistre euenement. Le poëte Claudian :

1 Ce paragraphe, et tout ce qui suit jusqu'aux citations des Psaumes inciusivement, sont des addilions de 1585,

AV LIVRE DES MONSTRES

Oncques au ciel Comete on n’a peu voir, Que quelque mal ne nous face apparoir.

Les astronomes ont diuisé les corps celestes en deux bandes : l’vne appelée estoiïles fixes et arrestées, que l'on voit bluetter ou estinceler au Ciel, comme s'ils feussent feux embrasés : les autres sont errantes, appelées planetes, qui ne bluettent point, ét sont au nombre de sept, ayant chacune son ciel, cercle ,rond, ou estage : leurs noms sont , Saturne, Jupiter, Mars, Sol, Venus, Mercure, et Lune. Les estoiles sont corps spheriques apparans et luisans , composés de simple et pure matiere, comme le Ciel , et nul n’en sçait le nombre ny les noms, fors que Dieu. Or lesdites planetes font leurs cours par le Zodiaque ( qui est vn des principaux et le plus grand cercle du Ciel, et la vraye route du Soleil) qui trauerse ou enuironne biaisement le Ciel, la nuict et le iour, à fin que toutes les contrées de la terre ioüissent allernaliuement des quatre saisons de l'année, par le moyen du Soleil qui sans cessemonte etdeualle, esclairant et nourrissant en l’espace d’vn an tout le ron& de la terre. Il est le chariot et fontaine de la lumiere des corps celestes , n’en estans que petits ruisseaux : parquoy est nommé Roy des estoiles, et le plus grand de tous les corps celestes. Il est de trois epicycles, c’est à dire, ciels ou estages, au dessus de la Lune : il marche au milieu de six planetes: si elles s’approchent de luy, pour n’empescher sa route se retirent à l’escart au plus haut de leurs petits epicycles ou cercles : puis luy passé , elles deuailent au plus bas, pour l'accompagner et accoster comme les princes fontieur Roy. Et lors ayans fait leur deuoir,

s’arrestent , et d’vne reuerence honteuse reculent en arriere, descendans au fond deleurs epicycles, pour contempler, comme de loing , la face de leur seigneur. Et quand il rapproche, en reculant elles regaignent le haut de leurs epicycles pour aller au deuant de luy : de sorte que lc sentans à quatre signes pres, elles font semblant de l’attendre, puis luy ayans fait la bien venuë marchent deuant luy vn peu à l’escart, pour ne donner empeschement à sa carriere et course naturelle.

Celle qui est nommée Saturne , par l'estimation des astronomes, est quatre vingts dix fois ou enuiron, plus grosse que toute la terre, de laquelle elle est loing de plus de trente six millions delieuës francoises, La grandeur de celle nommée Tupiter est estimée nonante et six fois plus grosse que le diametre de la terre, et en est esloignée de plus de vingt deux millions delieuës. La planete de Mars est aussi grosse que la terre , et est esloignée d’icelle de trois millions cinquaute quatre mil deux cens quatre lieuës. La Lune signifie mois, par-ce que tous les mois elle se renouuelle :

elle est esloignée de la terre de octante mil deux cens treize lieuës :

elle est plus espaisse et obscure que les autres estoiles , attachée à sa sphere qui la porte par certains mouuemepns, tours et retours estans limités: creée de Dieu pour remarquer aux hommes les temps et saisons, et besongner par sa lumiere et mouuement és corps inferieurs

Le globe du Soleil est soixante et six fois plus grand que celuy de la terre, et est presque sept mille fois plus grand que la Lune. Ptolomée et autres astronomes ont trouué par inuentions geomcetlriques qu'il estoit

70° cent soixante et six fois plus grand que toute la terre : il viuifie tous les animaux , non seulement ceux qui sont sus la terre , mais aussi ceux qui sont au profond des eaux. Le seigneur du Bartas lappelle postillon continuel, fontaine de chaleur, source de clairté, vie de l’vniuers, flambeau du monde, et ornement du Ciel. D’auantage le Soleil fait son tour du Ciel autour de la terre en vingt quatre heures, et cause les commodités et agreables reuolutions du jour et de la nuict, pour le soulagement et contentement de l’homme, et de {ous animaux.

Que le lecteur considere et adore icy Padmirable sagesse et puissance du Createur, en la grandeur, vistesse continuelle , incroyable rapidité , lueur et chaleur immense, et conionctions et mouuemens contraires en vn si noble corps que celuy du 5oleil, qui en vne minute d’heure fait plusieurs milliers de lieuës sans qu’on l'appercoiue bouger, et n’en reconnoist-on rien qu'aprés qu’il est fort auancé en sa course. Qui plus est, la moindre estoile est dix huit fois plus grande que toute la terre. Cecy soit dit non seulement pour vne grande speculation, mais à la loüange du

Createur, et pour humilier l'homme, qui fait tant de bruit er la terre, qui

n’est rien qu’vn point au regard de la machine celeste.

Outre plus il y a au Ciel douze signes, à sçauoir Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Leo, Virga, Libra, Scorpius, Sagitiarius, Capricornus, Aquarius, Pisces, tous lesquels sont differens. L’vsage d’iceux est que par leur conjonction auec le Soleil, ils augmentent ou diminuent la chaleur d'iceluy, à ce que par telle varieté de

APPENDICE

saisons de l’année, la vie et conserualion soit donnée à toutes choses. Les cieux sont vne quinte-essence des quatre elemens faits de rien, c’est à dire , sans matiere.

Hola, ma plume, arreste toy : car ie ne veux ny ne puis entrer plus auant au cabinet sacré de la diuine maiesté de Dieu. Qui en voudra sçauoir d’auantage lise Ptolomée, Pline, Aristote, Milichius, Cardan, et autres astronomes, et principalement le seigneur du Bartas, et son interprete, qui en ont tres doctement et diuinement escrit au 4. iour de la Sepmaine, où l’on trouuera pour se contenter :

et confesse en auoir retiré les choses cy dessus mentionnées, pour instruire leieune Chirurgien à la contemplation des choses celestes. Et icy chanterons auec ce grand prophete diuin, Psal. 19,

Les cieux en chacun lieu La puissance de Dieu Racontent aux humains :

Ce grand entour espars Publie en toutes parts L'ouurage de ses mains...

Et au Pseaume viij.

Et quand ie voy etcontemple en courage Les Cieux,qui sont de tes doigtshautouurage, Estoiles, Lune , et signes differans,

Que Lu as faits et assis en leurs rangs :

Alors ie dis à par moy, ainsi comme

Tout esbahi : et qu'est-ce que de l'homme, D’auoir daigné de luy te souuenir, ,

Et de vouloir en ton soing le tenir ?

D’auantage ie ne veux laisser icy à escrirechoses monstrueuses et admirables qui se sont faites au ciel, Et premierement Boistuau escrit en ses histoires prodigieuses, qu’en Sugolie située sur les confins de Hongrie, il

chalcur soient produites les quatre | tomba vne pierre du ciel auec vn

AV LIVRE DES MONSTRES

horrible esclatement , le septiéme iour de septembre 1514, de la pesanteur de deux cens cinquante liures, laquelle les citoyens ont fait enclauer en vne grosse chaisne de fer, au milieu de leur temple : et se monstre auec grand’ merueille à ceux qui voyagent par leur prouince, chose merueilleuse comme l'air peut soustenir telle pesanteur.

Pline escrit que durant les guerres des Cimbres, furent oüis de l'air sons de trompettes et clairons, auee grands cliquelis d'armes. Aussiil dit d’auanlage, que durant le consulat de Marius, il apparut des armées au ciel, doni les vnes venoient de l'Orient, les autres de l'Occident, et se combattirentles vnes contreles autres longuement, et que celles d'Orient repousserent celles d'Occident. Ce mesme a esté veu l’an 1535. en Lusalie, vers vn bourg nommé Iuben, sur les deux heures aprés midy. D'auantage l’an 1550, le 19. de Tuillet, au pays de Saxe, non fort loing de la ville de Witemberg, fut yeu en l'air vn grand cerf, enyironné de deux grosses armées, lesquelles faisoient vn grand bruit en se combattant, et à l'instant mesmele sang tomba sur la terre, comme vne forte pluye : et le soleil se fendit en deux pieces, dont l'vne sembloit estre tombée en terre. Aussi auant la prise de Constantinople il apparut vne grande armée en l'air, auec vne infinilé de chiens, et autres bestes.

Tulius Obsequens dit, que l'an 458, en Italie, il pleut de la chair par gros et petits lopins, laquelle fut en partie deuorée par les oiseaux du ciel, auant qu’elle tombast en terre : et le reste qui cheut à terre demeura long temps

1 Chapitre 17.— A, P. Ce renvoi se rapporte au livre de Boaïstuau.

sans se corrompre, ny changer de couleur ny d’odeur. Et qui plus est, lan 989, regnant Otton Empereur troisiéme de ce nom, pleut du ciel du froment, En Italie l’an 180, il pleutdu laict et de l'huile en grande quantité, et les arbres fruitiers porterent du froment, Lycosthenes raconte, qu’en Saxe il pleut des poissons en grand nombre : et que du temps de Loys Empereur, il pleut trois iours et trois nuits durant, du sang : et que l'an 989, il (tomba vers la ville de Venise, neige rouge comme sang: et que l'an 1565, en l’Euesché de Dole, il pleut du sang en grande quanlité. Ce qui aduint la mesme année, le mois de Iuin, en Angleterre.

Et non seulement se fait des choses monstrueuses en Pair, mais aussi au soleil et en la lune. Lycosthenes escrit que durant le siege de Magdebourg, du tempsde l'Empereur Charles cinquiéme, sur les sept heures du matin, il apparut trois soleils, desquels celuy du milieu estoit fort clair, les autres deux tiroient sur le rouge et couleur de sang, et apparurent tout le jour : aussi sur la nuict apparurent {rois lunes. Ce mesme est aduenu en Bauiere, 1554.

Et si au ciel s’engendrent telles nouvelles, nous trouuerons la terre produire d'autant ou plus admirables et dangereux effets. L'an 542. toute la terre trembla, et mesme le mont Ætna vomit force flammes et flammeches, dont la plus grande part des villes, et villages, et biens de ladite Isle furent embrasés!.

i Tout ceci est de la rédaction de 1579; mais le chapitre ne s’arrêtait point Jà :

« D'auantage l'an 1531 en Portugal il aduint que la terre trembla huict iours durant, et par chaque iour sept ou huict fois, tellement qu’en la seule ville de Lysponna 1050

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