‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 62 sur 602 · DES CAVSES GENERALES DE LA FIÈVRE · texte numérisé non relu

DES CAVSES GENERALES DE LA FIÈVRE

Bien que l’on ait accoustumé de mettre quatre genres de causes lors qu'il est question d'examiner l’essence des choses : si est-ce qu’en l’exposition des maladies, on obmet tousiours la cause formelle et la finale, d'autant qu’elles seruent de peu à leur connoissance. On se contente donc de parler de lefficiente, et de la materielle.

Pour l’efficiente, c’est celle qui a presque tout pouuoir, et par laquelle lintemperie chaude et seiche, qui est le genre de la fiéure, est engendrée. Or on peut dire generalement que tout ce qui augmente la chaleur de nostre corps, iusques à ce point qu'elle puisse empescher les operations d’iceluy, est la cause efficiente de la fiéure. Galien au liure premier Des differences des fièures chapitre troisiéme, rapporte ceste cause à cinq chefs principaux, au mouuement , à la pourriture, à la retention.et suppression des excremens, à l’attouchement et voisinage d’vne chaleur externe et estrangere, au meslange de quelquesubstance chaude parmy la nostre interieure.

1 Nous retrouvons ici le texte de l’ancien livre, faisant suite au passage reproduit dans la note précédente.

« Doncques les causes des fieures en premiere diuision sont de deux sortes, sçauoir efficientes, ou materielles. Les causes efficientes sont de cinq especes.

» La premiere est le mouuement excessif ou violent, tant du corps que de l'esprit. Ce-

- luy du corps est ou actif volontaire, etc. »

En cet endroit l’auteur suit tellement son

Par le mouuement,on entend celuy qui est violent et excessif, lant de

ancien texte, qu’à peine trouve-t-on çà et là un mot de changé, sans que rien soit changé au sens , et que ce serait véritablement faire un double emploi que de le reproduire. 1] expose donc ainsi les cinq causes efficientes ; seulement, dans les exemples qu’il donne de la cinquième, après les autres choses aromatiques, ameres, acres ou salees, il avait omis les vins forts et puissans. À partir de là aussi la rédaction devient assez différente pour qu’il devienne utile de la mettre en regard ; la voici donc :

« Telles sont les cinq choses eflicientes, desquelles toutes sortes de fieures sont exci-

-tees : faut maintenant parler des mate-

rielles.

» Les causes materielles des fieures sont celles esquelles consiste, est placee et fondee comme en son propre subiet, l'essence de la fieure, sçauoir, l’intempérie chaude, ou chaleur contre nature. Icelles causes materielles sont de trois sortes, comme ainsi soit que la substance de nostre corps soit triple, la spiritueuse ou aëree, l’humide et la solide : en l’vne desquelles la chaleur contre nature estant vne fois allumee, sont excitees ces trois especes de fieures tant renommees entre les medecins, esquelles toutes les autres se peuuent reuoquer. La premiere est la Diaire ou Ephemere, de laquelle la chaleur est allumee és seuls esprits ou substances spiritueuses. La seconde est la putride, de laquelle la chaleur est allumee és humeurs. La troisieme est hectique, de laquelle la chaleur est allumee és parties s0lides de notre corps. De chacune d’icelles nous parlerons par ordre , de telle sorte que premierement nous expliquerons leurs causes, puis leurs signes, enfin toucherons en bref la curation. »

Là finit le premier chapitre du livre primitif. Il serait curieux de comparer ces doctrines du seizième siècle à celles qui tendent à reprendre vie parmi nous; mais je laisse cela aux médecins qui, par hasard ou autrement, en viendront enfin à jeter un coup d'œil sur ce livre trop dédaigné.

l'esprit que du corps. Celuy du corps est ou actif, volontaire et prouenant de nous, comme luitter, courir, ioüer à la paume: ou passif, el qui nous est donné par vne cause externe, comme pour auoir esté en carrosse, Ou auoir piqué vn cheual fascheux et violent.

Celuy de Pesprit est soin, vehemente apprehension, faschérie, courroux, ét autres semblables passions de l’âäme , lorsqu'elles nous tiennent fort souuent et fort long temps. Mais il ne faut pas icy s’abuser, et penser que le seul mouuement excite la fiéure : car nous voyons par experience que le repos, quiest son contraire, apporte souuent la fiéure : car ceux qui auoient de coustume de s'exercer, s'ils viennent à s’adonner à l’oisiueté, par accident tombent en fiéure , tant parce que les excremens qu’ils souloient dissiper par l’exercice, retenus dansle corps,se pourrissans aisément, l'eschauffent outre mesure : qu’aussi pource que leur chaleur naturelle se fait contre nature , pour n’estre plus esuentée par l'exercice moderé, ainsi qu’elle souloit auparauant.

La seconde eause effieiente des fiéures est la pourriture ou putrefaction, qui west autre chose qu vne corruption causée par vne chaleur estrange et externe en yn humeur enfermé et non esuenté , comme nous voyons souuent aduenir aux phlegmons et erysipeles, ausquels par consequent

-les fiéures sont annexées et conjointes. Cette eause est propre des fiéures putrides : c'est pourquoy nous remettons en ce lieu Hà à en parler

-plus particulierement et amplement.

La troïsiéme est la retention et Suppression des excremens , qui ont de coustume d’estre vüidés ét poussés hors de nos corps, non seulement par vne euacuation manifeste etsensible à

LE VINGTIÉME LIVRE,

la veuë, comme sont les mois des femmeset les hemorrhoïdes des hommes, mais aussi par yne euaçuation qui ne se voit point, et que nous appellons insensible transpiration , qui se fait par les pores du cuir : car tel excrement, principalement S'il est acre et fuligineux , comme des hommes bilieux, retenu et entassé dans le corps, ne pouuant expirer pour la densité du cuir, ou pour la constipation des pores d'iceluy , excite promptement des fiéures ou ephemeres ou putrides.

La quatriéme est lattouchement ou voisinage d’vne chaleur externe , comme du feu, des medicamens caustiques, des rayons du soleil, dvn corps febricitant auec lequel nous auons couché, et principalement sil est d'vn temperament picrochole ou atrabilaire.

La cinquiéme cause des fiéures est la prise ou meslange de quelque substance chaude parmy la nostre interieure , soit qu’icelle substance chaude soit medicamenteuse, soit qu’elle soit alimenteuse. Ainsi voyonsnous souuent quvne medecine de scamonée ou de rheubarbe donne la fiéure, à celuy principalement qui a le foye chaud. Le semblable fait l vsage du miel et du sucre és corps des ieunes hommes, d'autant qu’en iceux les choses douces s’enflamment aisément et se tournent en bile : ce que plus euidemment font les espices, et autres choses aromatiques , ameres, acres ; Où salées : comme aussi les vins qui sont forts et puissans.

Voila les cinq causes efficientes des fiéures, qui ont esté tres-doctement expliquées et traitées par Galien , ét du depuis confirmées par fous les medecins qui l’ont suiui. Reste à parler des causes malerielles, esquelles consiste La nature de la fiéure, et

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sur lesquelles elle est placée et fondée, comme en son propre suiet. Ces causes icy sont de {rois sortes, comme estant rapportées à nostre corps, qui est basli et constitué de trois diuerses substances, de la spiritueuse ou aërée , de la liquide ou humoralle, et de la solide. Car l'intemperie chaude et seiche qui fait la fiéure, venant à s'attacher à l’vne de ces trois substances , fait vne fiéure differente et conforme à la nature de la substance qui recoit cette intemperie, et à laguelle elle sert comme de matiere et de propre suiet. Par exemple, si l'intemperie s'attache à la substance spirituelle ou aërée, il s’engendre une fiéure vrayement spirituelle, c'est-à-dire, qui est propre des esprits de notre corps, et qui, pour ne durer qu’un iour naturel, est appellée Ephemere ou Diaire. Si Le feu s’enflammeen la substance humoralle la fiéure sera yrayement humoralle, comme ayant pour matiere et suiet les humeurs du corps. Que si la chaleur s'allume en la substance solide du corps, il se fera vne fiéure hectique, ainsi nommée pource qu’elle est stable et difficile à guerir, comme les ‘choses qui ont pris leurs habitudes.

C’est pourquoy nous concluons , que comme il y a cingcauseseffcientesdes fiéures cy-dessus specifiées , aussi y ail trois causes materielles, à sçauoir, les esprits , les humeurs, et les parties solides de nostre corps.

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