DES SIGNES DES FIÉVRES EN GENERAL
: Encore que la connoissance des fiéures appartienne au seul medecin,
et qu'il n’y ait rien de plus difficile en la medecine que le traité des signes , si est-ce que ie ne laisseray pas d’en parler vn petit mot en passant : et tascheray d’en dire quelque chose si vulgairement et grossierement, que le chirurgien pourra s’en informer mediocrement, et en tant qu’il en a besoin, pour le soulagement des malades qui se trouueront pressés en l’absence du medecin.
Or le signe n’estant rien qu’yne marque euidente et manifeste, qui nous conduit en la connoissance d’yne chose obscure et cachée , il est à croire qu’en la recherche des signes pous deuons trouuer quelque chose qui soit plus euidente et plus manifeste que la fiéure : autrement nous ne pourrions pas bien nous ins{ruire en sa connoissance. Donnons donc quelques marques qui soient plus aisées à descouurir que la fiéure, et qui nous puissent donner certitude, les ayant apperceuës en quelque corps, que la fiéure y est par necessité.
Mais deuant que ce faire , il faut se ressouuenir qu'il y a deux sortes de signes, les vns appellés Diagnostiques, qui seruent à reconnoistre la fiéure presente, les autres Prognostiques,qui declarent l'euenement de fiéure, quelle elle doit estre, mortelle ou sa-
| lutaire, longue ou briefue, et quandet
comment elledoit et sepeut terminer.
Quant aux diagnostiques, il y en a de certains propres et inseparables :
il y en a d’autres qui sont trompeurs,
| douteux , equiuoques et moins asseu-
rés, À ceux-cy nous ne deuons pas beaucoup nous arrester : si fait bien aux autres,qui ne trompent gueres le iugement du medecin docte et experimenté. Quand ie dis qu'il y aen la fiéure et aux maladiés des signes dia-
| gnostiques certains, asseurés, propres
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et inseparables , ie n’entens pas dire que chaque maladie ait vn tel signe qui soit seul, ainsi que l’on dit en philosophie que le rire est vn signe seul propre et asseuré de l’homme: mais ie veux dire que toute maladie a vn amas de quatre ou cinq signes , plus ou moins, qui se rencontrans ensemble valent vn signe propre , tel qu’on l'appelle en philosophie.Parexemple, si ie vois vn malade qui ait vne douleur poignante au costé, difficulté de respirer, auec la toux et la fiéure,. ie puis dire en asseurance qu’il a le signe propre et inseparable de la pleuresie, et par consequent qu’il en estmalade.
De mesme est-il de la fiéure, laquelle n’a pas vn seul signe pour sa connoissance, mais plusieurs qui concourans ensemble nous la font asseurément reconnoistre.
Le premier de ces signes, c’est la chaleur : car comme enseigne Galien au premier commentaire qu’il a fait sur le sixiéme liure des Epidemies, article 28. si le goust est l'indice des saueurs, de mesme la chaleur receuë par le toucher est indice et signe de la fiéure, puisque la fiéure n’est qu’vne chaleur. Or ceste chaleur n’est pas simple, naturelle et douce , mais acre, piquante, et surpassant la naturelle : et au reste diffuse et estendue par tout le corps, si ce n’est qu’elle soit empeschée des’espandre par tout.
Ce qui arriue en trois manieres. Premierement, au commencement des accés des fiéures qui ont des frissons, par le reflux et concours du sang et des esprits aux parties interieures :
car en ce faisant les parties exterieures demeurent comme priuées de
chaleur. Secondement, és fiéures que l’on appelle epiales, esquelles à cause de la multitude des humeurs crues
amassées dans le corps, les parties qui ont les humeurs plus subtiles et ténues s’eschauffent, cependant que celles qui sont les plus grossieres demeurent froides et sans chaleur. Tiercement és fiéures nommées lypiries, esquelles quelque partie noble interieure estant assiegée de quelque inflammation ou erysipele, il arriue que le sang et les esprits sont arriués des parties externes aux internes, comme par vne ventouse, en sorte que la partie interieure affectée brusle , tandis que celles de dehors demeurent sans chaleur. Mais quoy que ce soit, la chaleur surpassant l'ordinaire, soit qu’elle soit espandue par tout le corps, soit qu’elle soit attachée à quelques parties principales, est vn des signes de la fiéure. Ie dis vn des signes, car il y a des fiéures qui ont, comme enseigne Hippocrates aux Epidemies, vne chaleur qui‘ paroist douce au toucher: et c’est pourquoy Galien a adiousté d’autres signes pour la connoiïssance dela fiéure, c'est à sçauoir le pouls, les vrines, la soif , et les veilles.
Pour le pouls il est tousiours frequent en la fiéure, et plus la fiéure est grande , et plus le pouls est viste .
et frequent. Mais pour scauoir ce que c’est qu’vn pouls frequent, il faudroit prendre ce discours de plus loing, ce qui n’est point necessaire
‘icy, ayant dessein d’instruire seule-
ment le chirurgien, qui n’a que voir en ce trailé. Non plus qu’en celuy des vrines , qui seruent quelquesfois à la connoissance de la fiéure : mais si peu seurement, que les medecins les plus experimentés sont contraints de confesser que c’est vn signe tres fallacieux. Toutesfois siauec vne chaleur acre, vn pouls frequent, on appercçoit
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des vrines crues, ou grandement teintes de bile, on peut comme en asseurance prononcer qu’il y à de la fiéure. Et encore bien d’auantage, si auec les signes susdits le malade est trauaillé de quelque soif extraordipaire, et de veilles desreglées el non accoustumées, et dont on ne sçauroit en reietter la cause sur quelque chose euidente et manifeste, Voila les cinq signes comme propres et inseparables de la fiéure, du premier desquels Galien parle au commentaire cité du sixiéme des Epidemies , du second et troisiéme au liure second à Glaucon, au premier liure des Presages des pouls, chapitre premier, et au troisiéme des Crises chap. troisiéme :
du quatriéme et cinquiéme au Commentaire troisiéme du troisiéme des Epidemies , art. 34.
Ie viens aux signes prognostiques, qui sont ceux qui font plus paroistre le iugement et l'experience du Medecin. Car par iceux non seulement il se confirme és remedes qu'il faut faire au malade : mais aussi il s’acquiert vne telle authorité sur luy, et prend vn credit si grand, que quoy qu'il puisse proposer , il y trouue le malade tres obeïssant. Mais ces signes icy estans en tres grand nombre, et de tres difficile intelligence à ceux qui ne sont consommés en l'art de Medecine, ils m’obligent de les passer sous silence, et d’aduertir le chirurgien de n’entreprendre iamais le prognostic des fiéures, estant choses au de là de sa capacité et de son art.
Qu'il en laisse la charge au prudent medecin, n’estant pas petite loüange à vn homme de sçauoir se Laire en temps et lieu.