‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 78 sur 602 · LE · texte numérisé non relu

LE

que les forces du malade le peuuent souffrir aisément, et que la grandeur du mal le desire. Il est à la verité impossible de dire la quantité Gu sang qu’il faut tirer, et le nombre de fois qu’il faut saigner : il faut toutes fois bien s’empescher de suiure lopinion de ceux qui, aprés auoir saigné deux ou trois fois, et quatre ou cinq au plus, laissent plustost mourir le malade que de le saigner d’auantage.

Il faut tousiours s’arrester à ces deux maximes, qui sont d’auoir esgard à la grandeur et violence du mal, et aux forces du malade. Tant que les forces le permettent, il faut saigner si la violence du mal vous y conuie, ne regardant point si £’est de iour ou de nuit, sic’est le matin ou le soir, si c’est l'hyuer ou l’esté,si c’est en plaine ou nouuelle lune, en quelque conionction que se puissent trouuer les astres, n’espargnaptmesmepas ny Îles enfans, ny les vieillards, ny les femmes grosses, ny les femmes accouchées : brefn’ayant aucuneexceplion, ny des lieux, ny du temps, ny des personnes. C’est pourquoy cette reigle doit estre obseruée ailleurs comme à Paris, en Italie, Espagne, Allemagne, Poloigne, Angleterre, comme en France : en l'Afrique et Amerique, comme en l’Europe : estant toutesfois de la prudence du Medecin de moderer l’euacuation du sang selon les circonstances, lesquelles ne peuuent pas empescher tout à fait les remedes indiqués par le mal, mais les moderer seulement et les modifier : ne plus ne moins que pour la vie, il est necessaire de prendre de la nourriture, estant toutesfois besoin de la changer, augmenter, diminuer,aduancer, retarder selon les circonstances de Paage, du sexe, du temperament, du lieu, du temps et de la saison. Ie me suis icy

VINGTIÈME LIVRE

voulu estendre sur la saignée, pour desraciner lPopinion de ceux qui la blasment, et pour encourager ceux qui sont {trop craintifs à la faire. Cecy en outre seruira non seulement pour la cure de la fiéure synoque putride, mais aussi pour la cure des autres fiéures, et de toutes les maladies qui ont besoin de la phlebotomié.

Auant que faire la saignée, ou aprés la premiere saignée faite , sile ventre est dur et paresseux, il faudroit le lascher auec un clystere remollient et rafraïichissant, de peur que les veines espuisées et vuidées par la phlebotomie n’attirent à elles limpureté des humeurs qui croupissent dans les intestins. Mais il faut que le clystere soit moderément rafraichissant : Car ceux qui rafraichissent trop adstreignent et serrent plustost le ventre que &e le lascher. En la premiere impression de ce discours , ie conseillois aprés la premiere saignée de donner vn leger medicament, comme le bol de casse, ou de catho:

licon, pour faire minoration de la matiere. Mais en ay veu de si mauuais effets, et des redoublemens de féure si furieux, et autres accidens si estranges, que jay esté contraint de changer d’aduis, et remettre la purgation aprés le septiéme jour. C’est pourquoy à mon exemple, ie conuie ceux qui ont la mesme pratique que r'auois d’estre plus Circonspects à donner les purgatifs, et peser deux ou

rois fois, auparauant que de les bailler, si la violence de la chaleur et la grandeur de la pourriture contenue dedans le sang le peuuent permettre t, Il faut à la verité minorer la

1 Voici une nouvelle rétractation de Paré, d’où l’on voit qu’après avoir suivi une pratique qui se rapprochait du brownisme mo-

DES FIÉVRES.

LE

matiere, et nettoyer la premiere re- | tendant donc le huitiéme iour à

gion du corps : mais cela se peut bien faire plus commodément et seurement par les clysteres qui ne troublent point la nature, que par les purgatifs qui remuent, troublent, esbranlent et agitent toutes les humeurs, et ne vuident rien de ce qui fait le mal, d'autant qu’au commencement des maladies , il ny a encore rien de cuit ny de preparé. At-

derne, il en était revenu presque au régime antiphlogistique; il est curieux de reproduire à cette occasion ses diverses rédactions. Dans son premier livre, en 1575, il s’expliquait ainsi:

« La phlebotomie ainsi deuëment celebree, il faudra incontinent donner vn clystere qui soit remolliens, et moderément refraischissant : car ceux qui refraischissent trop, adstreignent plustost le ventre qu'ils ne le laschent. Or incentinent apres la saignee, ou peu deuant, il faut lascher le ventre, de peur que les*veines inaniees par la phlebotomie m’attirent en leur capacité l’impurité des intestins. Le lendemain faudra par yn legier medicament, comme de bol de Casse ou de Catholicum, faire minoration de la matiere :et apres ordonnerez syrops qui non seulement ayent force de refraischir, mais aussi d’empescher la pourriture, quels sont les syrops de limons, de berberis, l’aceteus, de acelosilute citri, de grenalis , oxysaccara simples, ausquels il faudra mesler des eaux de pareille vertu, comme l’eau d’aceteuse, de roses, et autres semblables. »

Après quoi il passait à la prescription du viure, que nousavons retrouvée au commencement de ce chapitre. En 1579, il s’élait à peu près borné à copier ce passage, sauf la phrase si 1emarquable relative à l’absorption des veines, qu’il a d’ailleurs reproduite dans le texte actuel.Je ne sais d’ailleurs par quel fâächeux oubli, ayant ainsi changé toutà-fait de pratique, il laissait subsister dans son livre des Tumeurs des préceptes reconnus mauvais par lui-même, et auxquels il . avait renoncé. -

purger le corps, on se seruira cependant des clysteres, tant pour rafraichir que pour nettoyer les impuretés des intestins , et fera-on vser aux malades de iuleps, apozemes et SYTOPS, qui non seulement ayent la force de rafraichir, mais aussi d’empescher la pourriture, tels que sont Les syrops de limons, de berberis, l’aceteux, de acetositate citri, de grenade, oxymel, oxysacchara simple, ausquels il faudra mesler les eaux ou les decoclions des herbes de pareille vertu.

Ayant ainsi preparé les humeurs et adouci la chaleur de la fiéure , vers le huitiéme iour on pourra purger le corps auec infusion de casse, de tamarins, de sené de Leuant , et le syrop de cichorée composé auec rieubarbe, ou auec tels autres purgatifs que le medecin iugera estre propres, tant au naturel du maladeet à la condition de l'humeur qui domine plusen son corps, qu’à la partie du corps qui est plus chargée d’humeurs.

Page 1