DE LA CYRE DE LA SYNOOVE PUTRIDE
Nous auons dit vne partie de ce qu'il faut faire pour la eure de ceste fiéure en celle de la synoque simple, et au chap. 14 : qui est que la principale intention consiste à osterla cause, et à moderer l’excés de la chaleur.
Premierement donc, à cause que c'est lesang quipecheicy, il faut l’euacueret le diminuer, et en suitecombattreles causes par leurs contraires. Par
exemple, la constipation des pores du :
cuir doit estre degagée par les medicamens qui ouurent, qui debouchent et qui rarefient : semblablement on doit oster l’obstruction, sçauoir celle quise fait de l'abondance des humeurs par leur euacuation, et celle quise fait par la crassitie d’iceux par les remedes qui attenuent.
En somme le viure doit estre tout'à
1 Ce chapitre est en grande partie la reproduction du chapitre 10 du livre primitif, mais avec des changemens tels que la fin de celui-ci se retrouve au commencement de l’autre ; et la doctrine même a notablement varié. Le lecteur en fera aisément la comparaison à l’aide des notes suivantes.
LE VINGTIÈME LIVRE
fait refrigerant et humectant,au reste fort ténu , et qui pour la plus part consiste en boüillons de poulets et de chair de veau, que mesme nous altererons auec herbes d’ozeille, de laictue et de pourpié: car la chaleur naturelle estant affoiblie, et par la violence de la fiéure , et par les remedes qu'il conuient faire,ne pourroit cuire beaucoup de viandes. La boisson sera d’eau d'orge, de sirop violat trempé de beaucoup d’eau, de iulep alexandrin, si principalement il suruient quelque grand flux de ventre, comme il aduient souuent en ceste fiéure t : fuyant
1 Ce paragraphe répond à la fin du chapitre 10 de 1575; et le texte est le même jusqu’en cet endroit ; maïs alors l'édition primitive intercalait un court paragraphe sur l'observation du quatrième jour, que nous avons reproduit dans la dernière note du chapitre précédent. Puis le chapitre se terminait par cette phrase sur l'usage de l’eau fraîche et du vin :
« Quant à l’eau fraische de laquelle Galien fait si grand cas en ceste maladie, il ne faudra en ‘donner à boire, qu’il n’apparoisse premierement signes de concoction : mesmes sur la declinaison sera bon donner du vin pour esmouuoir les sueurs. »
Cette phrase avait d'abord été copiée dans le livre des Tumeurs en 1579 ; mais en 1h85 elle fut modifiée ainsi qu’il suit :
« Gal. liu. 9. de la Methode, chap. 5. ordonue de boire grande quantité d’eau froide au plus fort de la fiéure ardante, et des fiéures synoches : telle chose profite , et amollist la chaleur febrile, comme quand on iette force eau au feu pour l’esteindre :
toutesfois il n’en faudra donner au malade, que premierement on ne voye les signes de concoction ::mesme sur la declinaison , ne sera hors de propos donner du vin pour esmouuoir les sueurs. »
Et enfin dans le livre actuel, mieux in- Struit par l'expérience, Paré rejette absolu-
| ment l'usage du vin, qu'il favait d'abord
DES FIÉVRES,
tant que faire se pourra le vin, que je ne conseille mesmes pas de boire au declin de la fiéure, de peur de reschauffer le foye et le sang, qui n’est pas encore bien remis de la premiere chaleur. Quelques-vns trouuent bon d'en donner sur le declin, à fin d’emouuoir les sueurs : mais ie le trouue vn peu dangereux, à cause qu’en ces violentes fiéures continues, on n'est pas Sans soupçon d'inflammation aux parties nobles. Ie trouue meilleur auec Galien de donner l’eau froide librement et liberalement, mais auec les gautions cy-deuant obseruées.
Mais la curation principale de ceste fiéure , selon l'opinion de Galien en l’'onziéme de la Methode , consiste en la phlebotomie:carlesangestant tiré, la plenitude est ostée, d’où il s’en suit que l’obstruction est degagée, et par consequent la pourriture !. Or comme ainsi soit qu’en ceste fiéure , il n'y a pas seulement vice dela matiere par la pourriture du sang, mais aussi excés en la temperature par la vehe-
donné comme bon, puis comme non hors de propos. Nous trouyerons par la suite plus d’une rétractation de ce genre, qu’il me paraît fort intéressant de signaler.
1 Le commencement de ce long paragraphe répond exactement au début du chapi- - tre 10 de l’édition de 1575, et on le retrouve également au chapitre 2 du livre des Fumeurs des éditions postérieures. Seulement ce dernier texte porte : la curation de ceste fiéure (selon ce que day appris des bons medecins), etc.; tandis que le livre primitif et le livre posthume portent également : selon l'opinion de Galien. De même tous deux s'accordent à dire un peu plus bas; ce qui a esmeu Galien à dire qu'il falloit icy saigner iusques à lipothymie ; tandis que le livre des Tumeurs corrige : ce qui a esmeu quelques uns, etc. Mais à partir de celte dernière phrase, le texte a beaucoup changé; j'y reviendrai dans la note suivante,
RO
mence de la chaleur : de là vient que la phlebotomie ne remedie pas seulement à Ja pourriture, comme nous auons dit, mais aussi à l'intemperie chaude : car le sang (auquel consiste toute nostre chaleur) estant euacué, fait exhaler auec luy les excremens acres et fuligineux, qui pour estre supprimés et retenus au corps, augment{oient fort l’ardeur de la fiéure.
En outre en la place du sang euacué, les veinesattirent beaucoup d'air froid pour euiter le yuide que la nature abhorre : d’où vient le rafraichissement de toute l'habitude du corps :
mesme à plusieurs par le moyen de la phlebotomie il suruient vn benefice de ventre, ou bien les sueurs sortent en abondance, choses fort souhaitables en ceste espece de fiéure. Ce qui a esmeu Galien à dire qu’il falloit icy saigner iusques à lipothymie !, ce que nous n’auons pas toutesfois approuué cy-dessus, loüant d'auantage l'opinion de ceux qui, aduenant le cas que le malade eust besoin de grande euacuation de sang, departent par epaphærese icelle vacuation, ostant du sang par interualles, tant de fois
! Là finit la ressemblance entre le commencement du chapitre 10 de 1578 et le texte posthume ; je reproduis ici le premier, . qui est fort court, et qui avait été reproduit à peu près littéralement au liyre des Zu- MEUTS : |
« Toutesfois d'autant que plusieurs par ce moyen ontauec le sang rendu l’ame entre les mains des Medecins, ie serois plustost d’auis, aduenant le cas que le malade eust besoing de grande euacuation de sang, de partir par epicrase icelle euacuation, repetant icelle, et ostant du sang par interualles, tant que les forces du malade je pourront aisément porter. »
Voilà ce qui, dans le livre primitif, COrrespond à toute la fin du paragraphe actuel,