‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 82 sur 602 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

DES SIGNES DE LA FIÉVRE TIERCE , OV IL S’AGIT DE LA RIGVEVR ET DE L'HOR- REVR.

Entre les signes des fiéures intermittentes, l'horreur, la rigueur ou le frissonnement, auec la froideur ou refroidissement, tiennent le premier lieu. C’est pourquoy il est bon auant que de passer outre, de dire vn petit mot de ces signes icy, à fin d’instruire le chirurgien à ne se troubler point de ces accidens, qui le plus souuent suruiennent aux playes dangereuses et mortelles. Comme les fiéures intermitlentes ne se font point sans la poufriture des humeurs, aussi n’attaquent elles point sans que les humeurs pourries s’esmeuuent, et seiettent sur les parties sensibles du corps, comme sont les membraneuses et nerueuses : ce mouuement icy se faisant sur des parties grandement sensibles, et par vnehumeutf acre, piquante, et eschauffée, donne le ressentiment, ou de l'horreur , ou de la rigueur, ou du simple refroidissement,estant tres-veritable que ces trois choses ne different entr’elles que selon le plus et le

ger, auec trauail, soing, veilles, et fascheries. Les causes antecedentes sont grande abotidance de cholere : la ternperature de tout lé corps, où du foye seulement, tendant à chaud et $ec. Les causes coniointes sol conculcätion ou amaë, et pütrefaction d'humeurs choleriques, hors des grands vaisseaux en toute l'habitude du corps. »

Le chapitre 15 du livre des Tumeurs s’exprime à peu près de là même manière ; seulement il ajoutait à la, dernière phrase ces mots, qui ne se retrouvent pas dans le texte

! actuel : eommuniquee el lepandue iusques au

cœur.

moins. Car le refroïdissement se fait lors que l'humeur est en moindre quantité, qu’elle est moins acre ef mordante, et qu’elle se meul assez legerement. L’horreur au contraireest excitée par vne grande abonäance dhumeurs assez acres et piquantes, et azilées ou esmeuës assez fermement.

Pour la rigueur, elle suruient par vne grande quantité d'humeurs grandement eschaufféesel poignantes, et violemment esmeuës. La rigueur n'est donc autre chose qu’vne concussion ou esbranlement inegal de tout le corps, et principalement de tous les muscles, avec vn ressenltiment de froid douloureux, qui est excité par la vertu expultrice , laquelle tasche à se degager d’vne quantité de matiere acre,mordanteet violemment esmeuë par jes parties du corps les plus sensibles, cependant que la chaleur nalurelle fait vn reflux des parties exterieures et intericures. L’'horreur est moindre que la rigueur : aussi elle n'esbranle que la peau et le cuir, et ne donne qu’vn ressentiment de froid sans douleur, pour estre excitée par vne humeur moins piquante et plus legerement agitée. En vn mot, larigueur semble estre propre des fiéures bilieuses, pour ce que la bile pour estre acre, piquante et aisée à esmouuoir, irrite la nature plus violemment que les autres humeurs.

L'horreur est propre des fiéures melancholiques : et le refroidissement des pituileuses, à cause que c’est vne humeur plus douce, el plus pesante ou difficile à esmouuoir. Par ce discours on remarquera que, selon la quantité, la qualité et le mouuement de l'humeur qui fait la fiéure, on a les ressentimens differens, longs ou courts, doux ou violens , encore que quelques-vns ne rapportent pas cela

LE VINGTIÉMEÉ LIVRE,

aux humeurs, mais aux fumées et vapeurs qui s’esleuent des humeurs pourries et qui vont frapper et altaquer le cœur.

Cecy presupposé, disons que les signes de la fiéure tierce intermittente vrayeet legitime sonthorreur,comme quand en hyuer aprés auoir vriné on tressautt : rigueur forte et poignante, comme si l’on sentoit quelque chose aiguë qui poignist par tout le corps, à cause de l’acrimonie de la bile poussée el portée violemment au commencement del’accés par les membranes et corps sensibles : la chaleur deuient acre dés le commencement , pour estre le feu allumé comme en bois sec. Le pouls est grand, subit et egal : la langue est seiche, l’vrine rouge, enflammée, ténue ou subtile.

Les accidens sont veilles continuelles, soif demesurée, fureur ou delire, promptilude à se cholerer pour la moindre occasion. comme pour oùyr parler, ou autre petit bruit : iactation et agitation de tout le corps, que les Grecs appellent Alisme : inquietudes, maux de cœur ef d’estomach,nausées, vomissemens d’humeurs jaunes et ameres, tranchées par fois dans le ventre et douleurs importunes, à cause du mouuement de la bile. Telles fiéuresseterminent auecgrandessueurs.

Elles viennent à genscholeriques et bi-

1 Tout ce long paragraphe est copié, à part quelques modifications de pure rédaction, du chapitre 7 du livre de 1575, où il venait immédiatement après le paragraphe signalé dans la dernière note du chapitre précédent. Déjà il avait été reproduit au livre des T'umeurs en 1579; seulement, dans le livre des Tumeurs, l'auteur rappelait deux aphorismes d’'Hippocrate dont il n'avait pas fait mention en 1575, et qu’il a depuis cités tout au long dans le paragraphe suivant du texte actuel.

DES FIÉVRES,

lieux, aux ieunes, aux maigres, eten Esté. L'intermission d’icelies est pure, et sans aucun reliquat de fiéure, iusques à tant que Paccés suiuantreprenne, à cause que la matiere bilieuse qui donnoit l’accés a esté par la vehe:

mence et concussion d'iceluy toute dissipée, à cause de sa tenuité et subtilité: ce qui n’aduient aux £éires quotidianes, d'autant qu’elles laissent aprés l’accés tousiours quelqueinegalité, molestie et pesanteur du corps, à cause de la pesanteur et tardiueté de la pituite, qui n’a peu estre tout à fait resoulte et euaporée. Les accés de ceste fiéure durent quatre, cinq, six , huit, onze , douze, quinze, dixhuit heures, et prennent en sorte que le premier et lesecond accéssont plus doux, le trois etle quatretres violens, et les autres qui suiuent vont (ousiours en diminuant, soit de violence, soit de durée. Le septiéme accés est la fin de ceste fiéure, laquelle est sans peril et danger. pourueu qu'il ne soit commis aucun erreur, ny du costé du Medecin, ny de la part du maiade.

Celle qui suruient en csté est trescourte : celle qui vient en kyuer est plus longue, d'autant qu'en ceste saison la bile ne peut point cstre si pure -qu’elle n’ait quelque meslange d’vne autre humeur : outre que la transpiration ne se fait pas si bien en hyuer qu’en esté, à cause que les pores du cuir sont reserrés par la rigueur du froid. Le commencement de ceste fiéure est auec rigueur, l’estat auec sueur. Que sil suruient des vlceres au nez, à la bouche, ou aux léures, c’est signe que la fiéure se termine :

car par cet accident on descouure et onappercçoit la force de la nature, qui peut ietter la matiere morbifique du centre et interieur du corps à l'exterieur et à la superficie: outre qu’en

cest effort il se fait enacuation de la cause conioinle. Or telles viceres n’apparoissent pas en la declinaison de toute fiéure tierce, mais seulement en celles esquelles la bile, cause de ceste fiéure, est contenue ou poussée de quelqu'autre partie de la premiere region du corps dans le ventricule : car delà la plus ténue etsereuse portion d’icelle, portée par la continuité de la tunique interieure à la bouche el aux léures, excile aisément des vlceres en ces parties là.

Bref, nous auons deux aphorismes d’'Hippocrates,quiseruent au prognostique de ceste fiéure. Le premier est le 43 du 4. liure, où il dit que les fiéures qui ne sont pas intermittentes, et qui ont des redoublemens de trois en trois iours, sont dangereuses : mais celles qui sont intermittentes, sont sans peril. L'autre aphorismeest ie 59.

de la mesme seclion, où il asseure que les fiéures tierces exquises cessent pour le plus au septiéme accés. Il dit pour le plus, d’autant que selon que la matiere est pius subtile et en moindre quantité, il arriue que ceste fiéure se termine au {roisiéme ou au quatriéme accés. Au resle il faut prenare ces deux aphorismes d’Hippocrates auec vn grain de sel, c’est à dire auec ceste distinction, que ce qu’il dit est vray, pourueu, comme nous auons dit cy-deuant, qu'il ne se face aucune faute, ny de la part du malade, ny de la part de ceux qui le traitent et le sollicitent.

le diray vn mot en passant contre les Apothicaires, lesquels ne se lassent iamais de donner des remedes aux malades, qu'ils traitent en tout temps et à toutes les heures, sans se soucier de ce que dit ou ordonne le Medecin.

Pourueu qu'ils debitent leurs drogues, et qu'ils fassent aualler force iu-

leps aux malades, et qu'ils leur trem

pent bien les hypochondres avec leurs epithemes, cela leur suffit, sans se soucjer sic’est en temps £t en saison:

mais que tels Apothicaires apprennent la lecon que leur fait Galien , qui les appelle au premier liure des iours Critiques chap. 11, et ennemis de la nature, etennemis du malade : Galien ayant obserué au premier @d Glauconemchap.9,qu’vn malade de Ja fiéure tierce estoit mort tabide, pour auoir ysé du bain hors de saison, par l’aduis de quelqu'vn qui se seruoil d'yn mestier qu’il ne sçauoït pas. Ce queie dis, à fin que Les Chirurgiens que ie Lasche d'instruire ne fassent iamais rien à l’estourdie et sans raison, et qu'aux choses douteuses et de consequence, ils prennent tousiours l’aduis des Medecins.

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