‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 83 sur 602 · DE LA CVRE DE LA FIÈVRE TIERCE LEGITIME · texte numérisé non relu

DE LA CVRE DE LA FIÈVRE TIERCE LEGITIME

Le ne veux point icy m’embroüiller d'vn nombre infiny de remedes, tant externesqu'internes, qui ont esté mis en auant par les Medecins qui ont suiui La methode des Arabes, estant

chose si confuse et si difficile à prati-

quer, qu’il y a plus de peril en ceste

grande varieté de remedes qu’en la :

grandeur du mal. C’est pourquoy ie |!

traiteray de la guerison de ceste fié- | ure et des autres le plus simplement !

qu'’ilme sera possible, à fin demetrou- | bler point le iugement du ieune Chi- | rurgien, ‘et de ne fatiguer point des :

malades d'yn nombre presque infiny :

de remedes, que l’on leur ordonne :

communément au grand detriment | de leur corps et de leur bourse.

LE VINGTIÉME LIVRE,

Il faut en premier lieu ordonner le regime deviure sur les six choses non naturelles 1, qui seront establies pour rafraichir et humecter le plus qu'il sera possible, à cause que l'humeur bileuse qui fait ceste fiéure, est la plus chaude et seiche de {out ce qui est en nostre corps. C’est pourquoy il faudra faire que le malade respire un air froidet humide : ce qui se fera en esté arrosant la chambre d’eau fraiche, et la parsemant d'herbes et de fleurs rafraichissantes?. Il faut luy donner pour nourriture toutes choses refrigeranteset humectantes, en tant qu'il les pourra cuire, comme laictue, ozeille, courge, concombre, poirée, maulue, orges mondés, boüillons clairs, et non pressés, assaisonnés de verjus ou de jus de citron. I vsera de vin bien trempé, petit, énu et en petite quantité, et ce lors seulement que l'humeur aura commencé d’estre cuite : car au commencement il n’en faut aucunement yser, mais en la declinaison il sera permis d'en vser plus liberalement, pourueu {ouitesfois qu'il ne soit ny fort ny vieil 3. En quoy on peut reprendre l'erreur de ceux qui croyent que le vin vieil est

1 Nous rentrons ici dans le texte de 1575; et à partir de cet endroit jusqu’à la fn du chapitre, l’auteur suit presque pas à pas la fin du chapitre 7 de cette édition. Ce n’est pas cependant qu'il n’y ait de notables changements; ils seront signalés dans les notes suivantes.

2? Cette phrase : ce quise fera en eslé, elc., constitue un précepte nouyeau qui ne se lisait ni dans le livre de 1575, ni dans le chapitre 15 du livre des Tumeurs des éditions suivantes.

3 Jusqu'ici le texte est à peu près le même que.celui de 1575 et 1579 ; mais la fin du | paragraphe est une addition qui appartient gout entière au livre posthume.

- DES FIÉVRES.

plus sain, et qui pour ce suiet le recommandent aux malades febricitans. Mais ils deuroient se meltre deuant les yeux que le vin vieil est tout vineux, qu’il a fort peu de parties aqueuses et sereuses, qu’il est pesant, de parties crasses et difficiles à distribuer, et qui par consequent peut faire plus de sang, peut eschauffer d’auantageles entrailles parlalongue demeure qu’il y fait, et a de coustume de reserrer le ventre et le rendre paresseux. Maïs pour le dire sainement, il serait tres à propos de defendre toutes sortes de vins tandis que ceste fiéure continue, de peur d’entretenir son foyer : et cependant faire yser au malade de quelque boisson rafraichissante et aperitiue, preparée auec quelque racine, ou syrops violat, de limons, de pommes simples, de capillaires, de cerises, ef autres desemblables effets.

Quant au temps propre pour nourrir le malade, il se faut donner garde, le iour de l’accés, de luy baïller à manger plus tard que trois ou quatre heures auparauant ledit accés t : de peur que la chaleur de la fiéure (le propre de laquelle est de corrompre toutes choses,comme le proprede La chaleur naturelle est de cuire et conseruer) rencontrant les viandes encore crues en l’estomach , ne les corrompe, putrefie, et tourne ensuc bilieux : augmentant par ce moyen la matiere de la fiéure, prolongeant l’accés eten outrereuoquantla nature, qui est occupée à la concoction etexpulsion de lhumeur morbifique, pour semployer à laconcoction des viandesprises. Pour lesquelles raisons on s’abs-

4 En 1575 et dans toutes les éditions de son vivant, Paré disait : plus tard que trois heures auparauant ledit uccez.

üiendra aussi de donner aucune nourriture audit febricitant durant tout son accés, et attendra-on à le nourrir qu'il soit tout à fait hors de ficure.

Toutesfois, ceste regle se doit entendre lors que la vertu du malade est forte et vigoureuse: autrement si la nature estoit debile, et qu'il prist des foiblesses au malade, il faut non seulement le nourrir deuant l’accés, mais aussi en l’accés : maisil faudroit que ce fust legerement , et que ce qu’on luy donneroit fust en petite quantité 1.

Pour le breuuage, il faut luy defendre tandis que dure le frisson : en la chaleur on ne luy doit point defendre :

au contraire, il faut inuiter ceux qui boiuent peu à prendre quelque grand traict de ce qui luy aura esté ordonné pour son breuuage.

Pour ce qui est des remedes pris tant de la Pharmacie que de la Chirur gie, il est bon à la sortie de chaque accés de donner quelque lauement en partie rafraichissant, en partie laxatif, à fin d’esteindre les restes de la chaleur allumée dansles reins et dans le ventre, et aussi à fin d’euacuer l'humeur qui aura esté esbranlée par la violence de l’accés : ayant obserué plusieurs fois qu'il sort par le moyen de tels lauemens, des bassinées entieres de bile iaune et escumante dés les seconds et troisiémes accés, ce qui adoucit grandement la furie deceste .

fiéure, et accourcit ses accés. On fait va lauement auec decoction de maul ues, guymauues, violiers de Mars, apparitoire, laictues, pourpié, concombres mis par tranches et ruelles, fueilles de vignes en la saison, fleurs

1 Tous ces préceptes se retrouvent dans les éditions du vivant de l’auteur ; seulement ce qu’il va ajouter pour le breuuage , ne se lit que dans le livre posthume.

de nenupbhar,vn peu de fenoüil verd:

on delaye dedans vne liure (rois onces de miel violat, et autant d'huile violat ou de beurre frais, vne once de sucre rouge et de lenitif : et donne-on ce clystere à la sortie de l’accés, comme dit est. Que si les malades se trouuoient trop lasches et fatigués

apres leur fiéure, on peut remettre |

ledit lauement au iour de l’intermission, ou le matin sila saignéenel’empesche, ou sur Papres-dinée. Souuent on fait les clysteres auec vne decoction de prunes, iuiubes, violes, orge, son, et choses semblables, quelquesfois auec le petit laict seulement t.

1]1 est curieux de suivre dans les trois rédactions de Paré la marche de ses idées relativemert au traitement. Pour ne parler d'abord que des médicaments à administrer,

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