DE LA FIÉVRE QVARTE INTERMITTENTE BASTARDE
Entre les fiéures de l'humeur melancholique, est la fiéure quarte intermittente illegitime et bastarde, ainsi appellée à cause qu’elle ne se fait pas comme la precedente de l’humeur melancholique naturelle, pure et simple : mais bien ou d'icelle humeur meslée et adulterée de quelque autre humeur, telle qu'est la pituite ou la bile, ou de l'humeur melancholique contre nature, qui s'appelle Atrebile. De quelque facon qu’on la prenne, elle a ses accés comme la precedente de quatre iours l’vn, c’est à scauoir, aprés deux iours d’inter-
Traité, Paré voulant parler des fièvres intermittentes bâtardes, ce qu'il va faire dans le chapitre suivant, tout ce paragraphe devepait inutile. Il ne l'était pas moins au chapitre 30 du livre des Tumeurs, où il s’agissait seulement de la fiéure qui suruient aux tumeurs schirrheuses ; mais là, le dernier paragraphe s'était beaucoup étendu, et c’est par oubli sans doute que Paré n’a pas transporté dans son Traité posthume cette rédaction nouvelle. Ce qu’on va lire est entièrement de la date de 1579.
« C'est aussi chose vtile, vn peu deuant V’accés, oindre toute l’espine du dos d’huilles propres à eschauffer les nerfs, comme sont l’huille de rue, de poiure, auec vn peu d'eau-de-vie, ou huile de castoree qui aura cuit sur les charbons dans vne pomme de colocynthe vuidee de ses grains , auec poiure, pyrethre et euphorbe puluerisez, et ce iusques à la consomption de la moitié de l'huile: le tout en apres exprimé. Telles onctions valent non seulement à mitiguer la vehemence de l'horreur ou frisson : mais aussi à esmouuoir les sueurs. Car tels me-
mission vn iour d'accés: et ce d’autant que quelque mixtion qu’il y puisse auoir, l'humeur melancholique y predomine tousiours.
Or on obseruera diligemment que la fiéure quarte legitime est (ousiours plus longue que la bastarde, d'autant qu'entre toutes les humeurs, ii n’y en a point de plus rebelle, de plus difficile à preparer et mitiger que l’humeur melancholique: si bien que là où ceste humeur se trouue pure et simple, et sans meslange d'aucune autre humeur, il y a plus de peine à la dompter et à la preparer : là où s’il y a quelque autre humeur meslée parmy, ceste humeur là l’adoucit et Pempesche d’estre si rebelle. Doncques si la pituite se trouue meslée parmy l'humeur melancholique, la fiéure n’en sera pas si longue : mais elle sera aussi plus longue que si ladite humeur melancholique
dicamens par leur chaleur et humidité esmeuuent el esbranlent cest humeur pesant, et non obeissant à la faculté expultrice : n’estant l'humeur melancholic autre chose que comme la lie de toute la masse du sang.
Mais si au contraire la fiéure quarte estoit excitee d’adustion d'humeur bilieux, il la faudroit traiter par remedes refrigerans et humectans, vsant de potages, d’oseilles, Jetue, pourpié, concombres, citrouilles, melons, et semblables. Autrement qui voudroit vser de remedes eschauffans, il rendroit tel humeur plus rebelle par dissipation de ce qui luy resteroit d'humidité. Ainsi Trallian (liu. 12, chap. 8.) raconte auoir guary plusieurs qui auoient telles fiéures, pour auoir ysé en temps commode et au parauant l’accés, d’epithemes mediocrement refrigerans.
Quant aux medicamens purgatifs qu’il faudra vsurper deuant que venir à ses particuliers, le sené, l’agaric, rhabarbe, diaphœænicum, sont recommandez pardessuslesautres.
Aussi est le diacarlami, duquel Rondelet se ditauoir guary plusieurs fiéures quartes. »
LE VINGTIÈME LIVRE
estoit adulterée de l'humeur bilieuse:
à raison que la pituite est bien plus difficile à cuire, mitiger et adoucir que la bile, laquelle fait des maladies bien plus courtes que ne fait pas la pituite.
On peut en outre reconnoistre la qualité et condition de l'humeur qui est meslée auec la melancholique, par les signes que nous auons rapportés en la fiéure tierce et en la fiéure quotidiane. Car si parmy les signes de la fiéure quarte, nous en reconnoissons quelques vns qui soient propres, ou de la fiéure tierce, ou de la fiéure quotidiane, nous pouuons diré en asseurance que c’est la bile ou la pituite qui est meslée auec la melancholie: outre qw'auec cela nous pouuons reconnoistre , et par le temperament du malade, et par son genre de viure, et par la saison, et par la constitution de l'air, et par l’aage mesme du malade , si c'est bile ou pituite qui se mesle auec la melancholie. Certes quand ie songe qu'Hippocrates dit au liure 2. des Aphorismes, aphor. 925, que les fiéures quartes qui arriuent l'esté sont courtes, que celles qui viennent l'automne sont longues , et celles qui viennent proche de l'hyuer sont encore plus longues:
ie me persuade qu’il a voulu donner à entendre que les fiéures quartes qui se font de la mixtion de la bile qui regne en esté, sont plus courtes que les autres : que celles qui se font en automne tiennent du meslange de la pituite, et par consequent qu’elles sont plus longues que celles qui se font en esté, mais aussi plus courtes que celles qui se font en hyuer, auquel temps le suc melancholique domine d’auantage. Ce qui soit ditpour plusclaireintelligence de tout
DES FIÉVRES. 155
ce que nous auons apporté cy-dessus desfiéuresquartes bastardes intermittentes, qui s'engendrent de la mixtion de quelques humeurs auec la melancholique,
Reste à parler de celle qui se fait de l’atrebile ou humeur melancholique contre nature, Or ceste humeur se fait doublement, premierement du suc melancholique qui se brustant et pourrissant outre mesure, deuient mordant, acre, malin et grandement noirastre : secondement de la bile jaune ou vitelline, qui venant à se brusler, se conuertit premierement en bile porracée, puis aprés en erugineuse, et en fin en bile acre et noire, Ceste humeur ainsi bruslée acquiert vne grande et insigne acrimonie, et vne vertu corrosiue si remarquable, que versée et espandue sur terre, elle la fermente et la fait comme boüillir et esleuer. Galien compare ceste humeur à la lie de vin bruslée, ou à vn fer rouge et ardent de feu: et le suc melancholique au fer qui n’est chaud ny ardent , et à la lie de vin qui n’est point bruslée. Toutesfois et quantes donc que ceste humeur atrabilaire s’'amasse en trop grande quantité hors des grands vaisseaux, et qu’elle vient à se pourrir, elle excite vne fiéure quarte intermittente bastarde bien plus violente et ardente, bien plus maligne et perilleuse que toutes cellesquenousauonsescrit cy-dessus, Tous les accidens qu’elles apportent sont plus violens, et ses accés approchent fort en vehemence de la fiéure causonide : la langue est seiche, aride et noire, l’alteralion grande et demesurée, l'esprit extrauague ordinairement, le ventre est bouffi et douloureux , les veilles sont importunes , et le peu de sommeil qui vient est ac-
songes espouuantables : les entrailles sont eschauffées outre mesuré, le foye et la ratte bruslans et ardens :
bref, tous les symptomes sont grands et considerables, et donnent apprehension ou que quelque inflammation interieure se face, ou que le foye et la rate se desseichent ou s’endurcissent, en sorte qu’ils causent vne hydropisie ou dysenterie mortelle.
Pour ce qui est de la cure de la fiéure quarte bastarde, si elle se fait du meslange du suc melancholique auec l'humeur bilieuse ôu pituiteuse , il faudra la traiter comme la vraye et legitime , ayant toutesfois esgard à l'humeur qui sera meslée auec la melancholique, y appropriant les remedes propres etconuenables : sçauoir à la bile, ceux que nous auons specifiés en la cure de la tierce, et à la pituite ceux dont nous auons parlé en la cure de la fiéure quotidienne. Mais quant à ce qui est de la quarte faite de l’humeur atrabilaire, il faut presque vne contraire curation, s'empeschanttant qu'il est possible d’vser ny d'alimens ny de medicamens chauds. Toutes choses doiuent estre rafraichissantes et humectantes : la saignée doit estre frequente et des braset des pieds : les purgatifs doiuent estre doux et benins : les iuleps et apozemes aperitifs doiuent estre sans chaleur manifeste :
les epithemes sont grandement vtiles pour rafraichir et humecter, et detremper ceste mauuaise humeur, et la rendre plus souple et obeissante aux medicamens purgalifs : les demy
bains d’eau tiede aux iours d’inter-
mission sont tres-excellens : le petit laict pris en grande quantité est vn remede.souuerain, principalement si on fait boüillir dedans vn peu de fumeterre. Bref, il faut vne grande pru-
compagné de grandes resueries et de | dence à traiter les malades de ceste
fiéure, laquelle, de mesme que les carcinomes, demande plustost à estre flattée qu'irritée.