CHAPITRE XX VIII
DES FIÉVRES FAITES DE L’HVMEVR ME- LANCHOLIQVE , ET PREMIEREMENT DE LA OVARTE INTERMITTENTE VRAYE {.
Les dernieres fiéures humorales sont celles qui se font de humeur
1 Ce chapitre répond au chapitre 8 de l’édition de 15%, intitulé : Des Jieures quar-
DES FIÉVRES.
melancholique, lesquelles sont diuerses selon que ladite humeur est diuerse , estant vray qu’il y en à vne qui est naturelle, froide et seiche, et l’autre contre nature, chaude et seiche , appellée communément atrebile, Quoy que ce soit, les fiéures melancholiques sont, ou intermittentes, ou continues; les intermitténtes viennent de quatre en quatre iours, ou de cinq en cinq, de six en six, de sept en sepl, ou autre tel interualle. Celles qui viennent de quatre en quatre jours sont appellées quartes intermittentes : celles qui viennent de cinq en cinq, desix en six, etc, sont appellées du nom du iour qu’elles arriuent, sçauoir quintaines, sexlaines, actaines, nonaines, qu’on dit en latin quintanas, sexlanas, seplanas, oclanas, nonanas, etc., desquelles nous dirons vn mot cy aprés. Parlons des yrayes fiéures melaneholiques intermittentes que l’on appelle quartes; et en premier lieu de celle qui est yraye et legitime , et puis au chapitre suiuant nous parlerons de la baslarde ou illegitime.
La fiéure quarte intermittente legitime a son accés le quatriéme iour, et
tes ; et au chapitre 32 du livre des Tumeurs de 1579, ayant pour titre : De La fiéure qui suruient aux tumeurs schirreuses. Le début de ce dernier chapitre a pour objet de justifier ce singulier rapport :
« Telle fiéure ordinairement est quarte, ou retirant à la nature de quarte : à raison de l'humeur meélancholic d'où elle est excitée, qui enfermé en certain lieu ou il fait tumeur, par communication de vapeurs putrides, eschauffe le cœur et altere les humeurs contenus en iceluy , dont se fait fiéure. »
1] faut ajouter que le premier paragraphe du chapitre actuel appartient exclusivement au livre posthume.
a deux iours de remission, ou plustost d'intermission ! : et s’engendre de l'humeur melancholique naturel quise pourrit dans les petites veines, où il samasse peu à peu et de longue main. Chacun sçait que la masse du sang est composée de quatre diuers bumeurs, qui se rapportent aux conditions et qualités des quatre Elemens, sçauoir de la bile, qui pour estre chaude et seiche represente le feu:
du sang, qui serapporte à l'air pour estre chaud et humide : de la pituite, qui conuient à l’eau par sa froideur et humidité: et de l'humeur melancholique, qui par sa seicheresse et froideur represente la terre. Or comme de ces quatre humeurs il n’y a que le sang qui soit grandement familier ‘à nostre nature, et trespropre à lanourrir etfomenter, aussi il semble que les veines ayent esté faites exprés pour le receuoir et le retenir : et qu’il y a eu des receptacles pour retirer les autres humeurs, de peur qu'ils ne se rendissentles plus puissans dans les veines. Et de fait que quelques-vns ont voulu dire que l'estomach estoit le receptacie de la pituite : mais passant celle-cy sous silence , à cause qu’elle ne s’eslongne pas beaucoup de la douceur et de la trempe du sang , nous dirons que la vessie du fiel a esté faite pour receuoir la bile et en descharger les veines, comme nous auons discouru Cy-deuant parlant des fiéures bilieuses : ef que la ratte a esté mise au corps pour retirer l'humeur melancholique, pour en purger, nettoyer et purifier le sang , et pour empescher en fin qu’il
: Le texte de 1575 et celui de 1579 donnent cette définition , mais ils s'arrêtent là ; et je reste du paragraphe actuel appartient exclusivement au livre posthume.
ne vint trop à s’augmenter dans les veines. Cest humeur donc ainsi attiré à la ratte, par la foiblesse de la chaleur naturelle , ou par la quantité des viandes propres à engendrer vn tel suc, vient quelquesfois à s’amasser et croupir à l’entour de ladite partie, dans les petites veines mesaraiques, dans le pancreas, l’omentum, et autres parties voisines : où en fin se pourrissant il vient à exciter ceste fiéure icy de quatre en quatre iours, soit par vne proprieté occulte ou secrette, soit pour les causes et raisons que Nous en auons rapportées cy-deuant, parlant des accés et periodes des fiéures intermittentes.
Doncques la cause coniointe de ceste fiéure est l'humeur melancholique naturel, qui se pourrit hors des grands vaisseaux, dans les petits qui sont ou en la premiere egion du corps, comme ditest, ou en l'habitude d’iceluy comme a voulu Galien.
Les causes antecedentes sont abondance d’humeurs melancholiques, regorgeantes et redondantes par tout le corps. Pour lés primitiues, ce sont les choses qui multiplient et engendrent le suc melancholique, comme le long vsage des legumes, pain bis et bruslé, chairs salées, comme de bœuf, chéure, cerfs, vieils liéures, vieil fromage, choux, gros vins, bref les viandes terrestres et de gros suc, froides et seiches, comme propres à engendrer l’humeur melancholiquet.
Les signes de la vraye quarte sont
pris de trois choses, scauoir est, des paturelles, non naturelles, et contre nature. Des naturelles , pource que latemperature froideet seiche, l'aage
1 Cette exposition des causes est à peu de chose près la même dans le livre primitif.
LE VINGTIÈME LIVRE,
de la vieillesse, ceux aussi qui sont froids et grassets, ayans les veines petites et cachées , et la ratte imbecille et enflée, sont affligés de telle fiéure. Des choses non naturelles, pource qu’en temps d’automne ceste espece de fiéure est fort frequente,non seulement pource que l'automne est froid et sec, et par consequent propre à faire amas de l'humeur melancholique : mais aussi à cause que par l’adustion de l’esté passé, les humeurs les plus ténues et liquides ayans esté consommées, le reste demeure espaissi, desseiché, et reduit à vne consistance terrestre. Bref, en tout temps froid et sec, aux regions froides et seiches, aux corps froids et secs ordinairement, ceste fiéure s’engendre, si principalement à cela est conivinte vne facon et condition de viure triste, penible et fascheuse, pleine de crainte et anxieté!. Et veritablement entre les passions de lame, la tristesse et la crainte sont tres-propres à engendrer ceste fiéure, veu mesme qu’Hippocrates nous a laissé par escrit en l’aphorisme 23. du 6. liure, que la tristesse et la crainte estoient signes asseurés des maladies melancholiques. Quant aux signes pris des choses contre nature, premierement, c’est qu’au commencement de laccés, quand la matiere se putrefie, il suruient horreur ou rigueur tres-laborieuse , tout ainsi que si l’on auoit les os froissés : secondement, c'est que la maladie se fait reconnoisire par son inuasion , qui reuient le quatriéme iour, et que le mal est chaud et sec ? :
1 Tout ce paragraphe est copié presque littéralement sur l'édition primitive. Toutefois la phrase qui suit: ef veritablement, ete., est une intercalation du livre posthume.
2 L'édition de 1628, et toutes les autres
DES FIÉVRES.
car combien que la matiere dont il est fait et excité soit de sa nature froide et seiche, si est-ce que par accident elle est chaude et seiche, à raison de la pourriture et putrefaction qui s’est introduite dedans. D’auantage, on ressent le pouls au commencement petit, tardif, profond, comme retiré au dedans, ainsi que celuy des vieilles gens ! : en aprés il s'explique et se dilate à mesure que la chaleur de ’accés s’augmente. L’vrine est blanche et aqueuse au commencement, inclinante à liuidité et noirceur. Enla declinaison, estant la matiere cuite, l’vrine deuient noire, non point par la suruenue de quelque mauuais accident, non point par l'excés de la chaleur naturelle, ou par son extinction, car par ce moyen elle seroit ‘funeste et mortelle: mais par l’euacuation de la matiere conjointe, sçauoir est le suc melancholique, qui de sa nature tend sur le noir. ’accés des fiéures quartes peut durer vingt-quatre heures, et alors donne quarante-huit heures d’inter- “mission.
Le plus souuent telle fiéure prouient de l’obstruction, douleur et dureté de la ratte, et retention des menstrues et hemorrhoïdes ?.
après elle, portent: froid et sec, Ce qui est en contradiction avec la suite de la phrase.
J'ai suivi le texte du livre primitif, qui est également celui du Jivre des Tumeurs de
1 La phrase s’arrête ici dans les éditions primitives; le reste,en aprés il s'explique, elc., est une addition du livre posthume.
2 Ce paragraphe précède immédiatement le suivant dans le texte primitif de 1575, et même encore dans le livre des Tumeurs de 1579. Mais en 1585 Paré en avait intercalé un autre, qui est resté dans toutes les éditions suivantes, et dont cependant il n’a
Les fiéures quartes en esté sont briefues et courtes, selon l’aphorisme d'Hippocrates 25. de la seconde section : mais en automne ellessont bien longues, principalement sielles prennent sur la fin d’iceluy, vers le commencement de lhyuer. Celle qui prouient par les mauuaises dispositions et par les maladies du foye, de la ratte , ou par autre maladie prece-
pas fait usage pour son livre posthume des Fiéures. Le voici :
« Esdites fiéures suruiennent au commenceraent des accés, rigueurs, horripilation, baaillement, grande froideur et tremblement, iusques à claqueter les dents, qui sont les precurseurs ou trompettes qui annoncent la venue de la fiéure. Telles choses se font à cause de la qualité et matiere fiéureuse qui altere et corrompt les humeurs contenus dedans les veines et arteres : de facon que Nature les a en horreur, et les veines et arteres les jettent hors d’vne grande secousse, et les respandent parmy la chair, nerfs et membranes iusques au pannicule charneux. Ceste qualité febrile cst si cuisante et se meut si rudement, que les parties par où elle passe en ont telle douleur qu'il semble qu'on les pique et deschire.
Parquoy il ne faut trouver estrange si ceste matiere fiéureuse, soit froide ou chaude, cause frisson : car l’eau boüillante jettée a l'improueu sur vn corps nud, le fait trembler aussi bien que la froide : toutesfois la fiéure, de quelque espece que ce soit, est tousiours fondee en chaleur. Ainsi les parties sensibles irritees d'humeur febrile sccoüent toute la personne , lors que la vertu expulsiue tasche à ietter ce qui luy nuist.
De là vient le tremblement, qui demonstre l’accés, lequel dure iusques à ce que la matiere febrile soit consommec et dissipee sensiblement et insensiblement. Sensiblement, comme parsueurs,vomissemens, flux de ventre, flux de sang, flux d’vrine et autres. Insensiblement , par resolution, qui se fait par insensible transpiration, parle benetice des forces et chaleur naturelle de notre Corps. »
dente est pire, et souuent se termine en hydropisiet, Si elle prouient sans aucune mauuaise habitude du foye, ou d’autres maladies, pourueu que le malade se gouuérne bien , elle n’ameine point d’autresdangers : au contraire elle empesche d’autres maladies plus mauuaises, et garantit de melancholie, epilepsie, spasme, manie : d’autant que la matiere melancholique dont telles maladies pourroient estre excitées, est de quatre en quatre iours euacuée par l'effort de l’accés.
La fiéure quarte, pourueu qu’il n’y ait faute du malade, ny du medecin, ne dure qu’vn an. Car ainsi que les maladies aiguës sont iugées faisans leur crise par le mouuement de la lune :
ainsi les maladies longues, comme fiéures quartes et autres, sontiugées faisans crises selon le cours du soleil, lequelest fait par l'espaced’vnanentier:
toutesfois, selon Auicenne, quelquesfois elle dure douze ans ?: on en voit assez qui d'ordinaire durent dix-huit mois, deux ans, et trois ans : celles qui durent quatre ans et d’auantage sont plus rares, et sont ainsi prolongées pour la pluspart, partie pour le mauuais regime de viure que lon garde, partie pour se seruir de quelques remedes mal à propos et hors de saison, lesquels on prend par l'aduis du premier venu, et non des medecins, n’y ayant maladie pour laquelle le peuple scache plus de remedes, et pour laquelle on en fasse
1 Tout ceci est repris du livre primitif de 1575 ; déjà Paré avait reproduit ce paragraphe avec les autres au livre des Tumeurs de 1579; mais, je ne sais pourquoi, ilavait alors supprimé la phrase quisuit : si elle prouient sans aucune mauuaise habitude du foye, ele.
2 Là s'arrête ce paragraphe dans le texte de 1575 et de 1579 ; le reste appartient donc aulivre posthume,
LE VINGTIÉME LIVRE,
aussi d’auantage, à cause de sa grande longueur,
La quarte qui commence en automne, d’ordinaire se termine au printemps suiuant. Celle qui est faite par l’adustion du sang, ou de la cholere, ou phlegme salé, est plus facile et briefue à curer que celle qui est faite de l'humeur melancholique aduste !, pour ce que tel humeur melancholique estant de sa nature terrestre, et difficile à esmouuoir et discuter ou resoudre plus que nul autre humeur, il est encore rendu d’auantage tel par l’adustion, par laquelle les plus ténues parties d’iceluy estant dissipées, et les autres restantes plus crasses et terrestres, il est rendu plus opiniastre ; rebelle et malin.
La cure consiste en la diete, et aux medicamens. La diete doit estre ordonnée sur les six choses non naturelles contrariantes à la cause, Lé malade n’vsera de chair de pourceau, ny de choses flatueuses, visqueuses , gluantes : fuyra la chair des oiseaux aquatiques, les poissons salés, la grosse venaison, et autres viandes grossieres et de difficile concoction.
L'vsage du vin blanc mediocrement
1 Ce paragraphe est encore emprunté à la rédaction primitive; mais, dans le livre des Tumeurs de 1579 , le texte était un peu différent. On y lisait seulement :
« Celle qui est faite par adustion du sang ou phlegme salé est de plus facile et briefue curation, que celle qui est faite par adustion d'humeur melancholie ou bilieux. L’vn est plus furieux et penetrant, l’autre est plus pesant et difficile à discuter. »
En 1585, Paré y ajouta celte autre phrase, qui n’a point passé dans le livre actuel ;
« Fernel, liure quatriesme des fiéures, chapitre neufiesme, dit que les fiéures se guarissent plus souuent par nature que par les remedes, parce que la cause en est ignoree, »
DES FIÉVRES.
chaud et ténu luy est bon, et mesme pris au commencement de l’accés excite le vomissement, lequel a tant de vertu en la fiéure quarte, que d’iceluy seul plusieurs ont eslé gueris!. Ce n'est pas que ie vueille que l’on ordonne au commencement de ceste fiéure les vomitifs, lorsque toutes choses sont crues : car en ce temps là ilsne seruent à proprement parler qu’à irriter la nalure, desbaucher l’estomach, et attirer dansicelu y vne quanlité de mauuaises humeurs : et si ils ne tirent rien de la cause coniointe.
Il faut donc attendre la mitification des humeurs, et obseruer sur tout, lors que l’on les ordonne, qu'il n’y ait point de dureté sensible aux deux visceres nourriciers, le foye et la ratte : outre qu’ils ne profitent nullement, si ce n’est aprés auoir vsé de remedes aperilifs qui ayent degagé quantité d’obstructions qui se font dans les petites veines , et qui entretiennent le leuain de la fiéure. Cela estant , et ne restant que les humeurs melancholiques qui s’amassent iournellement en la ratle, si l’on vient à donner quelque vomitif il profite grandement, d'autant qu’il irrite la ratte à se desgorger de ses humeurs melancholiques dans l’estomach , par le conduit que l’on appelle vas breve, qui va de la ratte audit estomach.
1 Jusqu'ici ce paragraphe est calqué sur le
. texte de 1575; je dois dire cependant qu’en
1579 il y avait eu un petit changement qu’il est bon de reproduire :
. « L’ysage du vin blanc ténu, et mediocrement chaud, est bon pour attenuer et inciser l'humeur melancholic , prouoquer les vrines et sueurs. Et mesmes pris au commencement de l’accés, etc. »
Quant au reste du paragraphe : Ce n’est pas que ie vueille, etc:, il appartient exclusivement au livre posthume,
Outre tout cecy, les exercices, les frictions auant le repas, et autre:
choses accoustumées prises et faites auec mediocrité, sont loüables et vtiles au febricitant. Les actions de l'ame contraires à la cause dont ceste fiéure aura esté excilée , luy doiuent estre permises, comme {ous ieux, sons d’instrumens de musique, discoursagreables et recreatifs. et autres choses resioüissantes. Dés Le commencement il faut doucement traiter le malade, et ne faut vser d'aucun fort et violent medicament, si ce n’est quelque temps aprés : car du commencement ceste humeur opiniastre est rendue plus rebelle et reseichée par la chaleur des violens medicamens. Et sile sang est abondant ,il en faut tirer de la mediane ou basilique du bras senestre ou de la veine splenique !; auec ceste caution, que s’il se monstre noirastre et espais, il le faut laisser couler : et au contraire, s’il se monstre ténu et bien coloré, il faudra promptement l’arrester ?.
Quelquesfois le sang n’est pas seulement noirastre, mais aussi Corrompu et pourri: pour lors il faut en tirer vn peu plus largement , et plus d’vne fois. On a obserué que saignant deux heures deuant l’accés, cela non seulement adoucit les accés, mais retranche tout d'yn coup la fiéure :
bien qu’à vray dire cela arriue fort rarement. L'’ouuerture des veines hemorrhoïdes, soit par la lancette,
1 Peine splenique, splenitique où splenetique, c’est la salvatelle de la main gauche ; voyez tome I, page 274. Le traducteur latin ne parle pas de la saignée de cette veine ; et l'on ya voir Paré lui-même en faire une critique vigoureuse.
2 Ce paragraphe se lisait déjà dans les éditions de 1575 et 1579; mais le suivant est une addition du livre{posthume.
soit par les sangsues, à ceux qui en sont trauaillés et ausquels elles paroissent , est fort souueraine : et ce remede est non seulement vacuatif, mais Geriualif, ostant la cause coniointe que la nature souuent depose et mel dans ces veines , qui ont grande communication auec la ratte, comme nous auons enseigné en l’anatomie. Je diray encore vn mot de la saignée faite en la veine splenique ou saluatelle: c’est qu'il y a quelques-vns si scrupuleux ét si superstitieux , qu’ils croyent qu'il ne faut ouurir autre veine que celle là en ceste fiéure, et qu'indubitablement elle la guerit, quand bien même on n’en tireroit que peu de sang. Mais il faut que ces gens desracinent ceste mauuaise opinion de leur esprit, et qu'ils croyent que la saïgnée faite de la mediane ou basilique est mille fois meilleure sans comparaison que de la saluatelle. Il est vray qu’elle se peut faire de ceste veine icy toutesfois et quand que nous traignons quelque foiblesse au malade, et que nous redoutons en vne longue et penible maladie, telle qu'est la fiéure quarte, vne trop grande dissipation d’esprits : mais autrement la saignée de ceste veine me semble inutile. Car à quel propos, si nous voulons vuider et euacuer le sang grossier et noirastre, prendronsnous vn filet de veine telle qu'est la saluatelle, et laïisserons-nous vn gros tuyau , duquel en faisant bonne ouuerture nous pouuons tirer le sang terrestre et grossier, qui pour sa pesanteur et sa consistance ne sçauroit iamais sortir d’vne petite veine, qui ne peut souffrir qu’vne bien petite ouuerture? Que l’on pese vn peu ces raisons, et que l’on ne s’aheurte point tant à certaines opinions preoccupées, qui n’ont point d’autre fondement
LE VINGTIÉME LIVRE,
que la fantasie de quelques ignorans empiriques , qui jugent par vn euenement particulier de tout en general.
Pour les medicamens pharmaceutiques , il faut digerer et diminuer la matiere par syrops d’epithyme, de scolopendre , de capilli vencris, de eupalorio, auec eaux ou decoctions de houblon, bourrache, buglosse, et leurs semblables. On peut faire quelque syrop magistral de pommes de reinette , ou court-pendu, de buglosse, bourrache, capillaires, et autres, el le rendre purgatif auec bon senéde Leuant, qui est comme lalexipharmaque de l'humeur melancholique, et en purger le malade deux fois la sepmaine : ce qu'il faut continuer opiniastrement, pour auoir raison de ce mal opiniastre. Ie proteste auoir esté cause de la guerison de plusieurs?, qui auoient esté longtemps vexés et trauaillés de ladite fiéure, donnant à boire au commencement de leur accés, et à la declipaison de la maladie trois doigts d’eau de vie, auec vn peu de theriaque dissoute en icelle: lesquels remedes estoient baïllés selon les forces du malade, et les indications cy dessus mentionnées , le tout aprés auoir vsé des remedes generaux et particuliers,
1 Ce paragraphe se lit déjà dans le texte primitif de 1575 et au livre des Tumeurs de 1579, mais avec quelques changements qu’il importe de noter. Ainsi toute la phrase qui suit: On peut faire quelque syrop magistral, etc., se lit pour la premièrefois dans le livre posthume.
2? Ceci est le texte pur de 1575; celui de 1579 porte : Le proteste auoir esté cause, auec l’aide de Dieu, de la guarison de plusieurs, etc.
3 Paré suit encore ici son texte primitif; en 1579 il avait ajouté : ou deux et trois grains de musc, dissouls en maluoisie.
DES FIÉVRES.
pour la preparation de l’humeur melancholique. Car pour en parler à la verité, l' fiéure quarte inueterée ne peut estre guerie, si le corps n’est grandement eschauffé par alimens et medicamens. Parquoy én tel cas , ie trouue bon ! ce que plusieurs disent auoir heureusement pratiqué : sçauoir de donner au matin du vin blanc à boire, dans lequel par l’espace d’vne nuit auront {rempé fucilles de sauge.
C’est aussi chose vtile, sur le commencement de l’accés, d’oindre toute l'espine du dos d'huiles propres à eschauffer les nerfs, telles que sont huile de ruë, de noix muscade, de poiure, de vers, y mettant quelque peu d’eau de vie : car telles onctions valent non seulement à mitiger la vehemence de l'horreur, mais aussi à esmouuoir les sueurs 2.
1 Correction de 1579 : ie ne trouue hors de raison.
? Ce dernier paragraphe appartient encore au texte de 1575 ; il ne terminait cependant pas alors le chapitre, et l’auteur ajoutait :
« Telle est la curation des fiéures intermillentes vrayes et legilimes, c’est-à-dire de celles qui sont d’vn seul, pur et legitime humeur, de laquelle se pourra aisément comprendre la curation de celles qu’on appelle intermittentes bastardes, de tant qu’estants excilees d’vn humeur non pur et simple, mais adulteré et meslé de deux (comme pour exemple la fieure intermittente bastarde de l'humeur bilieux, qui a en soy quelque meslange et admixion de l'humeur
- pituiteux), il faudra pour la curation d’icelles, mesler les medicaments propres à la tierce et à la quotidiane, de tant que les causes de telles fieures sont meslees, faisant vne sorte de fieure confuse de toutes Jes deux. Faut maintenant parler des fieures continuës. »
On comprend que dans son nouveau