CHAPITRE XXXI, DE LA FIÉVRE QVARTE CONTINVE
Aprés les fiéures quartes intermittentes, vient la quarte continue , laquelle est fort rare, pour le peu de melancholie qui s’amasse dans les veines au regard des autres humeurs.
Ellese connoist par les mesmes signes que lintermittente, sinon qu'elle a son exacerbation de quatre en quatre iours, sans frisson ny horreur, et sa remission sans sueur. On peut bien remarquer en ceste fiéure quelques signes de pourriture, mais fort obscurément : ny le pouls mesme n’est si leger, frequent et inegal qu’és autres fiéures : ny l’vrine n’est si rouge ny enflammée, bien qu’elle se monstre plus espaisse.
La cause d’icelle est l'abondance du suc melancholique en la masse du sang, laquelle prouient de l’infirmité de la ratte, qui ne fait pas deuëément son deuoir d'attirer suffisamment ledit suc melancholique, deuant que le sang passe dans la veine caue.
Il faut icy saigner comme és autres fiéures, aprés auoir donné vn elystere auparauant. Pour laquelle chose artificiellement executer, il faut choisir
1 Ce chapitre est en grande partie copié du chapitre 13 du livre primitif.
LE VINGTIÈME LIVRE
et ouurir la veine du bras gauche qui a plus de communication auec la ratte, à l’entour de laquelle la pluspart de la matiere de ceste fiéure est souuent amassée. Quoy fait, trois ou quatre jours aprés, sans se haster d’auantage (d'autant que ceste fiéure est longue, et non si aiguë que les autres continues) il faudra donner quelque doux medicament et lenitif, comme de casse et de catholicon, auec decoction de mercuriale, ou de laict clair, ou de passules, polypode et sené. Que si l’ardeur est grande, aprés auoir encor saigné yne fois, nous yserons des sirops de fumeterre, de acetosilate citri, mesme nous y adiousterons les eaux de pareille faculté, comme de violes, de pourpié, de courges , de buglosse, bourrache :
et en ceux qui ont vn temperament bilieux, de cichorée et d’endiue,
Or il faut noter que ceste fiéure, Comme elle est rare, aussi estelle tres-dangereuse , au contraire de la quarte intermittente: si bien que peu en rechappent, et principalement les vieilles gens. C’est pourquoy il faut par tous moyens regarder à entretenir les forces du malade, ce qui se fera en permettant l’vsage du bon vin ténu et odoriferant, comme vin de maluoisie, vsant de restaurans.
et condits, quise font de conserue de buglosse, de bourrache, de violes, de capillaires, de cichorée, auec pou-
‘ Après ce paragraphe, l'édition de 1575 en contenait un autre que voici :
« Que si ceste fieure est engendree , non de melancholie simple, mais aduste et bruslee, le syrop d’endiue simple et composé, le syrop composé de fumeterre, d'epithymo y sera propre : toutesfois il ne faut point yser de syrops composez que premierement la matiere ne soit aucunement cuitte et pre-
j paree,. »
DES FIEVRES
dres de diamargarilum frigidum, et de gemmis. On peut aussi donner des potions cordiales, qui se feront de confection d'alkermes, auec eau de violes, de bourrache, sirop de violes, ou bien sirop de nenuphar et de pauot, si le malade ne peut dormir, Les confitures de cerises, de pesches, et autres fruits que nous auons accoustumé de confire en esté, sont fort propres à telle maladie. Au reste sur l’estat et declinaison de ce mal, plusieurs loüent l’vsage des choses acres, comme moustarde, poiure et viandes sallées, d'autant que lesel incise et attenue les excremens, qu'il deseiche, ramasse et fortifie les facultés : ce que toulesfois ie n’approuue pas beaucoup !.
Ceste fiéure fort heureusement se peut terminer par vomissement d’humeurs noires, non en toutes personnes, mais en ceux ausquels le vaisseau appellé vas breue (qui va de la cauité de la ratte à l’orifice de l’estomach, pour en repurgeant la ratte exciter l’appetit, et roborer le ventricule par le moyen de l'acidité du suc melancholique) est fort grand et ample. Autrement la raite se purge mieux par embas, la matiere estant portée de la veine splenique au tronc de la veine porte, et de là incontinent en la veine mesenterique. Elle se purge aussi par les veines hemorrhoïdes, qui naissent de la veine splenique, et aussi par les reins et vrines par le moyen de l’artere mesenterique.
l’ay oublié vn point qu'il faut toutesfois bien noter pour la curation generale de toutes les fiéures continues; c'est qu’en icelles, il faut que la
4 Ces mots : ce que toulesfois ie w'approuue
pas beaucoup, sont une addition du traité posthume.
facon de viure soil bien plus exquisite et ténue qu’és intermittentes, et principalement si auec ce qu'elles sont continues , elles sont aiguës, c’est à dire qu’elles doiuent auoir leur estat et crise au septiéme iour : iusqueslà que sur le point de l'estat et de la crise, il ne faut que tres peu ou point nourrir le malade, de peur de reuoquer La Nature de son mouuement et excretion des humeurs morbifiques, pour l’occuper et l’empescher en la cuisson des viandes. Si que peu à peu du commencement iusques à l’estat, nous diminuions tousiours l’ordinaire de la nourriture : et au contraire l’estat passé, nous l’augmentions tousiours peu à peu comme nous l’auions auparauant diminué. Souuienne-toy aussi de ne donner eau froide aux fiéures continues, si la fiéure n’est fort ardente, el si les signes de concoction n’ont precedé, et si les parties ne sont exemptes de phlegmon ou inflammation : autrement tu permettras au malade d’en prendre lant qu’il en pourra porter. Voila ce que jauois oublié pour le general des fiéures continues f.
Le reuiens à la quarte continue, et dis qu'’outre celle que nous venons d'expliquer , il y en a vne autre qui se fait de l’atrebile, laquelle est tresperilleuse et tres-dangereuse, estant
1 Le chapitre de 1575 se terminait avec ce paragraphe; seulement on n’y trouvait pas ces derniers mots : voila ce que i'auois oublié, etc., et en leur place on lisait cette phrase :
« Telle est la curation des fiéures continuës en general et en particulier, j’entens de celles qui ne sont accompagnees de fascheux, pestilens et pernicieux symptomes :
car des fieures pestilentes et de leur curation, nous en auons amplement traitté en nostre liure de la Peste. »
presque impossible qu’vne humeur si chaude et maligne puisse s'amasser au corps sans l’inflammation de la ratte ou de quelque autre partie. A ceste fiéure icy, il faut saigner hardiment des bras et des pieds, pour empescher qu’il ne se face quelque phlegmon : faut fuir la purgation au commencement comme vn poison, mais la faudra remettre au temps que la maliere sera cuite et preparée.
Qu'on se donne garde d’yser de remedes chauds, mais de toutes choses refrigerantes et humectantes. Le laict clair, les epithemes et fomentations, les bains et demy bains d’eau tiede sont excellens. Bref, on traite les malades de ce mal comme ceux qui sont affligés d’vne maladie grandement chaude, et qui est produite par des humeurs grandement acres et violens.
Et cecy suffise pour la curation des fiéures melancholiques, ensemble de toutes les fiéures humoralles simples, tant intermittentes que continues.