‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 95 sur 602 · CHAPITRE XXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIL

DÉS FIÉVRES HVMORALLES COMPOSÉES, ET PREMIEREMENT DE L'HEMITRITÉE.

Nous auons cy deuant diuisé les fiéures humoralles en simples et composées : pour les simples, elles ont esté expliquées assez copieusement et prolixement : il reste donc à parler des composées.

Or par les composées ie n’entens pas seulement celles qui sont composées, mais aussi les confuses. l'appelle composées, celles qui concourent teilement ensemble, et sont en sorte as-

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semblées , que la nature de chaque fiéure, les signes et les symptomes peuuent estre aisément distingués et reconneus. Mais les confuses sont tellement meslées ensemble , qu’elles commencent à mesme temps, finissent à mesme temps, et ont leurs signes si confus qu’on ne les peut presque reconnoisire. Or la complication (car il faut parler de celle-là, deuant que parler de la confusion) se fait en diuerses façons : premierement lors qu’vne fiéure putride se mesle auec vnefiéure non putride, comme quand lephemere se mesle auec la synoque pourrie, ou vne fiéure pourrie auec l’hectique : secondement, lors qu'vne fiéure pourrie se mesle auec vne autre pourrie, et ce auec des fiéures qui soient de mesme espece, où qui soient de diuerses especes. Quand vne fiéure tierce intermittente se mesle auec vne autre tierce intermittente, ou une quarle intermittente, auec vne autre quarte aussi intermittente, pour lorsilse fait complication de deux fiéures de mesme genre et espece. Mais quand vne tierce vient à se ioindre et à se mesler auee vne quotidiane ou auec vne quarte, alors il se fait vne composition de fiéures de diuerses especes :

d'autant que la tierce estant faite de bile, est d’vne autre espece que n’est pas la quotidiane quise fait de pituite, ou la quarte qui se fait de humeur melancholique. Qui voudroit icy rechercher exactement toutes les complications des fiéures qui se peuuent former et figurer par Pentendement, et qui voudroit s’estendre sur chaque complication, auroit vn grand chemin à faire, et trouueroit assez de matiere pour faire vn grand discours :

mais pour moy ay deliberé de me retrancher et de demeurer dans les termes des fiéures compliquées qui

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se rencontrent plus ordinairement, et qui sont dela pratiquede la Medecine, entre lesquelles ie n’en trouue point de plus grande importance et de plus difficile à traiter que celle que l’on nomme hematritée. C’est pourquoy nous parlerons d’elle en ce chapitre icy , et reseruerons les autres au suiuant.

Ce que les Grecs appellent hemitriteum,les Latins l’appellent semitertianam, par vne forme de parier fort impropre, veu que ces mots là signifient vne fiéure qui retient la nature d’vne demie tierce seulement : et toutesfois c’est vne fiéure qui a la nature et les accidens beaucoup pires qu’vne fiéure lierce, et de la moitié plus dangereux. Aussi n’est-ce pas ce que les autheurs grecs et latins ont voulu entendre par ces appellations, mais ils nous ont voulu donner à connoistre que ceste tierce tient en partie de la nature de la fiéure tierce , et en partie de la quotidiane, d’autant qu’elle est composée de ces deux fiéures là. Ils ont dit semitertianam, comme qui diroit qu’vn mulet est semiasinus, et le minotaure semiuir, à cause que le mulet esten partie engendré d’vne asnesse , et en partie d’vn cheval , et que le minotaure est partie homme, partie taureau, pour auoir esté engendré d’vne femme et d’vn taureau. Pour autant donc que la demie tierce est composée d’vne fiéure tierce et d’vne quotidiane, elle a obtenu sa denomination des Grecs el des Latins ,et nous n’auons point en françois de plus propre nom pour l’appeller.

Or nous la pouuons definir fiéure continue qui a des exacerbations de tierce et de quotidiane tous les iours, engendrée parlie de la bile, partie de la

Piluile qui se pourrit en diuers foyers.

le dis qu’elle est continue: car l’accés de la fiéure tierce suruenant deuant que l’accés de la quotidiane soit passé, ou bien l’accés de la quotidiane surprenant deuant que celuy de la tierce soit tout à fait esteint, le malade ne se {trouue jamais sans accés : c’est pourquoy ceste fiéure est continue. Quelques vns demandent icy si elle se fait continue, à cause que l'humeur pourrie est contenue dans les grands vaisseaux, ce qui est cause des fiéures continues, ou à cause de sa complication. À quoy ie respons , que c’est quelquesfois à cause de l’vnet de Pautre. Car bien souuent il y a telempyreume, chaleur, et disposition inflammatoire aux parties nobles , que pour ce suiet la fiéure s’en rend continue :

autresfois c'est seulement à cause de sa complication, ses deux foyers estans hors des grands vaisseaux dans les petites veines du mesentere. Or quoy que c’en soit, elle a des exacerbations et des redoublemens de tierce et de quotidiane , à cause que la matiere de sa generation est partie la bile, partie la pituite. Quand ie dis la bile , ie n’entens pas la naturelle et celle quifaitlafiéure tierceetlegitime, mais jentens celle qui est contre nature , et qui fait la tierce bastarde :

autrement ceste fiéure ne serait pas longue comme elle est , et ses accés ne seroient pas de si longue durée.

Au reste, il est necessaire qu'il se trouue en ceste fiéure diuers foyers et sieges de sa generation. Car s’il n’y auoit qu’vn foyer , il faudroit de necessité que la bile et la pituite fussent meslées ensemble : ce qu’estant il n’y auroit qu’vne sorte de fiéure. Car ou la bile predomineroit, et lors ce seroit vne fiéure tierce : ou la pituite seroit en plus grande abondance, et pour lors il se produiroit vne fiéure quoti-

diane. Mais d'autant que la bile se pourrit en va lieu, par exemple, à l'entour du foye, et que la pituite se pourrit en vn autre, comme qui diroit à l’entour de l’estomach, de là il arriue qu’il y a deux sortes et especes de fiéures, qui ont separément et distinctement leurs accés et redoublemens, leurs accidens et symptomes, leur declin et leur remission, leurs effe(s et leurs proprielés : dont Pvne est tierce, à cause de la bile, et l’autre quotidiane, à cause de la pituite. Mais ie veux bien que l’on se resouuienne que le plus souuent la fiéure lierce est intermittente, et que la quotidiane est continue, de sorte qu'il faut admettre que le foyer de la tierce est hors des grands vaisseaux, et celuy de la quotidiane est dans iceux. Toutesfois tout cecy s'entendra mieux aprés que nous aurons apporté toutes les differences et especes de la demie tierce.

Galien au chap. 4 du liure de TFypis, met deux sortes de demie tierce, l'vne continue, et Pautre intermittente : pour l’intermittente, il en fait de trois façons, l’vne qu’il appelle petite, qui a les accés de vingt-quatre heures, Pautre mediocre, qui dure enuiron de trente-six heures, et la troisiéme grande, quia grande affinité auec la continue, qui à ses accés d’enuiron de quarante-huit heures. Mais à vray dire ie ne sçay comme il se peut faire qu’vne fiéure qui a 48 heures d'accés, peut estre intermittente :

c'est pourquoy it faut dire que Galien appelle improprement telles hemitritéesintermittentes, et que telles intermiltentes sont ainsi nommées à cause qu'elles prennent presque à la façon des hemitritées. Les Arabes qui ont calculé plus par le menu toutes les

differences des fiéures, font lroissor-

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tes et especes de demi-lierces : Fyne moindre, l'autre moyenne, et la troisiéme grande et excessiue, Pour la premiere, ils veulent qu’elle se fasse d’vne quotidiane continue et d’vne tierce intermittente, à cause de la pituile qui se pourrit dans les grands vaisseaux, et de la bile qui se pourrit hors d’iceux dans les petits, si bien que son accés et redoublement est de dix-huit heures, et sa fausse intermission , Ou pour mieux dire sa remission,de six heures. La seconde se produit et se compose d’vne tierce continue et d’vne quotidiane intermittente, à cause de la bile qui prend et reçoit pourriture dans les grands vaisseaux , et de la pituile qui ne se pourrit que dans les pelits : au reste son redoublement est de trente-six heurés, et son repos ou remission manifeste de douze. La derniere est composée, ou d'yne quarte continue auec vne lierce intermittente, ou d'vne quarte -intermittente auec vne tierce continue : et ce à cause, ou bien que l’atrebile se pourxit dans les grands vaisseaux, el la bile dans les petits, ou bien au contraire à cause que l’atrebile se pourrit dans les pelits, et la bile dans les grands , d’où il arriue que les redoublemens sont de plusde 60 heures, et sa remission de 10 ou 12. Or de toutes ces differences, il n’y à que la premiere qui soit proprement appellée demie tierce : les autres le sont improprement, à cause, comme dit Galien , qu’elles ont leurs redoublemens à la façon et à k mManiere des hemitritées.

Quant aux signes de ceste fiéure, il est assez aisé à les connoistre, veu qu’elle à ceux qui apparoissent et. en la quotidiane continue, et en la tierce intermittente , desquelles elleestcomposée. De fait que nous obseruons

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que l'humeur pituiteuse, ayant ses accés tous les iours , et Ja bile de deux jours lVn, il arriue qu’en ceste ficure à certain jour, il n’y à qu'vn accés causé de la pituite, mais au jour suiuant il y a deux redoublemens, Fvn fait par la pituile, et l’autre par la bile. Par exemple qu’auiourdhuy vers les quatre heures d'aprés midy, quelqu vn tombe en fiéure, æuee vn grand refroidissement de tout te corps meslé de ie ne scay quelle horreur qui facé Connoïstre que c’est vn accés d’vne fiéure pituiteuse, lequel doit durer en sa violence iusques à dix heures du matin du jour suiuant, qu'il commencera à entrer en son delin : qu’à mesme heure du lendemain dix heures, il suruienne vn frisson vehement auee Vomissemens, qui se face sentir comme auant-coureur dvn accés de tierce qui doiue durer 15. 0ù 16. heures: sans doute le mesme iour vers lesquatre heures Paccés de la quôtidiane reuiendra , el par ainsi ce iour Lä le malade aura deux redoublemiens : lvn de tierce sur le matin, lPautré de quotidiane sur ke soir :

mais aussi le iour suivant il n'aura sur je soir que laecés de Fa quotidiané, à cause que la tierce donne trefue d'vn iour, ef que son accés ne doit reuenir que le 4. ïour de la maladie de ce malade, auquel sur le matin ïl aura ledit accés de tierce, et sur le soir celuy de quotidiane, le propre

de laqueHe est de reuenir tous les |

iours. Et voila l’ordre que tient ceste fiéure hemitritée, si ee n’est que les aecés peuuent anticiper ou retarder de quelques heures, comme nous auons dit que font les accés des fiéures intermittentes : voire mesme que les redoublermens de ces deux fiéures peuuent tellement l’vn anticiper et Pautre retarder, qu'ils serencontrent

en mesme temps et en mesme heure, ce qu'arriuant , à £gause de ceste confusion il est difficile de les bien distinguer l'vne d’auec l’autre, ce que tu peux voir ingenieusement expliqué dans Galien au liu. 2. des Differences des fiéures , Chap. 7.

Au demeurant, tu remarqueras qu’Hippocrates et Galien ont appellé ceste fiéure horrifique, à cause des rigueurs et horreurs qu’elle apporte en ses redoublemens, ce qui aduient d'autant qu'elle n’est pas composée de deux fiéures continues: car si elle en estoit composée, elle n’auroit pas de si sensiblesexacerbations : elle n’est pas aussi meslée de deux intermiltentes, veu que si cela estoit, elle ne seroit pas continue, mais auroit necessairement quelque sensible et manifeste intermission. Le iour que la seule quotidiane apparoist, il ne suruient en ceste fiéure aucune horreur, mais seulement au iour que la tierce et quotidiane viennent : auquel iour le malade est grandement trauaillé, tant à cause de ce double accés, que de ce que la nature est desia lassée et fatiguée de l'accés precedent.

le n’oublieray pas à remarquer que la demie tierce, proprement appellée, est double, l’vne vraye et legitime, Pautre illegitime et bastarde. En la legitime il y a egale portion des humeurs qui se pourrissent, à sçauoir, bilieuse et pituiteuse. En la bastarde, la portion de ces deux humeurs est

| inegale, car ou Ja bile est en plus

grande quantité, ce qui fait que les

| accidens et signes de la tierce sont

plus apparens et sensiblés : ou bien

| elle est la moindre et en plus petite | dose, et pour lors la fiéure quotidiane | se fait bien mieux remarquer que ne

fait pas la tierce,

Par ce discours nous apprenons que la cause materielle de ceste fiéure est en partie la pituite qui se pourrit dans les grands vaisseaux, et en partie la bile qui se pourrit dans les petits :

l’vne et l’autre humeur, au reste, à cause qu’elles ont des qualités contraires, s’amassent dans le corps par des causes contraires: la bile, par ce qui est chaud et sec, et la pituite, par ce. qui est-froid et humide. Partant ceste fiéure arriue principalement durant l’automne, et aux hommes qui viuent en oisiueté, et qui vsent d’alimens pituiteux , comme aussi à ceux qui sont d’vn temperament froid et bumide, et qui vsent de nourriture grandement chaude et seiche. Elle arriue ordinairement aux regions qui sont chaudes et humides, et dit-on qu’elle est fort commune et ordinaire à Rome et en la coste d'Afrique.

Elle s'accompagne tousiours de tres-mauuais et sinistres accidens, car outre ces mouuemens horrifiques et inegaux , elle apporte de grandes in commodités à l’estomach et aux parties nerueuses : souuent elle iette les malades dans de profonds assoupissemens, qui sont comme lethargiques :

vne autre fois elle donne des veilles imporlunes, des resueries, des nausées, des vomissemens , des foiblesses de cœur, vne langue seiche et aride, vne soif desmesurée,

L'on reconnoist ceste fiéure d’auec les autres, en ce qu’elle est continue, pleined’horreurs, de diuers redoublemens, et de tres-violens symptomes :

va iour elle est sans horreur, auec le seul refroidissement des extremités, l’autre iour elle est auec horreur et autres mauuais acccidens, si bien qu’elle à vn iour meilleur l'yn que l’autre. Quand il arriue des sueurs en ceste fiéure, d'ordinaire elles n’ap-

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portent rien de bon, soit à cause que les forces sont debilitées et abbatues, soit à cause de la quantité d’humeurs crues qui se rencontrent au febricitant. Les vrines sont crues, ténues, vne fois sans couleur, vne autre fois fort troubles, et tousiours sans sediment, ou auec vn sediment mauuaïis :

le pouls est frequent et inegal : bref elle n’est point sans donner ou de la douleur , ou vne pesanteur de teste, ou vn assoupissement, ou autres accideps dangereux.

Hippocrates met ceste fiéure entre les maladies aiguës et longues : entre les longues, à cause ou qu’elle apporte bien tost la mort, ou que la tierce dont elle est composée se finit bien tost, si bien qu’il ne demeure plus que la fiéure continue quotidiane, qui dure encore quelque temps : aprés il la met pareïllement entre les maladies longues et chroniques, d'autant qu’elle dure iusques à yn mois, voiremesme iusques à deux et à trois: si elle passe outre, elle apporte d’ordinaire la fiéure hectique, qui est sans remede et sans espoir de salut. Il est vray que pour l'ordinaire elle est plus longue que la tierce, et plus courte que la quotidiane, de laquelle toutesfois elle approche fort lors qu’elle est produite par vne grande quantité de pituite : car selon qu’elle a plus ou moins de ceste humeur, aussi elle est plus ou moins longue.

Tu obserueras que quand il y a egale portion en ceste fiéure de bile et de pituite, elle saisit auec peu d'horreur, qui semble estre moyenne entre la rigueur et le refroïdissement :

mais lors qu’il y à plus de bile que de pituite , alors l'horreur est violente, non sans estre meslée de rigueur, laquelle est incontinent suiuie

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d’vne chaleur ardente, de soif, de veilles, de vomissemens bilieux , de cours de ventre, et autres signes qui accompagnent les fiéures tierces. Que si la pituite est en plus grande quantité que la bile , l'horreur est douce, le refroidissement des extremités sensible, la chaleur tarde à venir, les accés sont longs, et accompagnés des signes des fiéures quotidianes : finalement, quoy que c’en soit, c’est vne fiéure tres-perilleuse, et pour la plus part du temps mortelle, tant à cause de la violence de la maladie et des symptomes qui abbattent les forces du febricitant , qu’à cause que ces fiéures cy ne sont presque iamais exemptes de quelque inflammation des parties nobles, ou à tout le moins de quelque disposition inflammatoire, comme remarque Galien aux Epidemies.

La cure de cestefiéure semble estre double , pour estre composée de celle qui conuient à la quotidiane, et de celle qui est propre à la tierce. A celle-cy l’vsage des medicamens rafraichissans et humectans est plus profitable que des attenuatifs, incisifs, et aperitifs : tout au contraire à l’autre en laquelle il faut plustot attenuer, inciser, ouurir, deterger et euacuer les mauuaises humeurs, que rafraichir et-humecter. En sorte que selon ceste regle, lors qu’il y a autant de bile que de pituite, il faut auoir esgard esgalement et à la tierce, et à la quotidiane, par des medicamens qui ayent la force et la vertu de remedier à l’vne et à l'autre : mais si la bile surpasse , il faut auoir plus d’esgard à la tierce qu’à la quotidiane :

au contraire S'il y a plus de pituite que de bile, il faut songer plustost à la quotidiane qu’à la tierce. Partant pour ce qui concerne le regime de vi-

ure, il faut qu'il soit refrigerant”?

humectant, detersif, attenuatif, par alimens de bon suc et de bonne nourriture, prenant garde que le jour que la seule quotidiane arriue, on peut nourrir vn peu plus liberalement, mais plus escharcement le iour que la tierce et la qnotidiane suruiennent.

Il faut aussi bien prendre garde que l'on ne donne pas la nourriture sur l'heure de l’accés, pour les raisons que nous auons dites cy deuant. Il n’est pas à propos que ces alimens soient solides, mais liquides, à fin qu’ils en soient plus aisément cuits, digerés et distribués. Toutesfvis sur le declin de la fiéure, on pourra un peu se licentier, et donner quelque chose de solide au febricitant. 11 ne faut point icy parler de donner de vin, à cause qu'il aide à augmenter la ferueur des entrailles, et donne à bon escient à la teste, qui n’est que trop chargée d’excremens en ceste maladie. On fera donc vser au malade de quelque decoction de racines pour son boire ordinaire, en y meslant le syrop aceteux simple, le iulep rosat, le suc de li- Mons, syrop d’escorce de citron, de cerises aigreltes, de berberis, et autres.

Quant aux medicamens, les clysteres sont tres-vtiles, qu’on preparera auec maulues, mercuriale, laictue, apparitoire, espinars, fleurs de chamomille, melilot, semence de fenoüil et de cumin, et dissoudra-on dedans miel, sucre rouge, lenitif, catholicum, et choses semblables : sélon la chaleur que le febricitantsentira aux lombes et aux reins, on pourra faire plus ou moins rafraichissans lesdits clysteres. Ayant ainsi'preparéle corps, il faudra venir à la saignée, laquelle quoy qu'on en die, ne doit point estre icy espargnée, à fin d’empescher l’in-

flammation des parties nobles et diminuer la pourriture. C’est pourquoy elle sera faite plusieurs fois des deux bras et des deux pieds , par remises toutesfois et interualles, à fin de n’abbatre les forces du malade et esteindre la chaleur naturelle. Durant ces interualles là, il faudra purger le corps, car c’est sans doute qu’il y a grande quantité d’excremens dans la premiere region du corps, qui à besoin qu’on les chasse par purgalifs benins et souuent reïterés. Il faudra donc, tantost recourir à la saignée pour esteindre le feu et la flamme de la fiéure, tantost à la purgation pour expulser les charbors qui entretiennent ce feu. Mais qu'on se souuienne de donner les purgatifs és iours où il y a moins d'accés , et aux autres iours on donnera des alteratifs, comme iuleps, apozemes, et polus, sans oublier les fomentations, epithemes, onguens, linimens, huiles, et cataplasmes.

I yen a quiapprouuent les Yomitifs en ceste fiéure, mais il faut y apporter vne grande precaulion : Car s’il y a quelque disposition inflammatoire aux entrailles, ils ne peuuent estre que tres-pernicieux. Que s’il n’y a aucun soupçon d’inflammation , on en peut bailler quelque benin, principalement à ceux qui vomissent, ou qui ont sans cesse des enuies de vomir :et ce le iour où le malade est trauaillé de l’accés de la tierce. Et cecy suffise pour ce qui est des fiéures hemitritées.

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