‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 101 sur 515 · DV DEGOVST ET APPETIT PEP.DV · texte numérisé non relu

DV DEGOVST ET APPETIT PEP.DV

Il y a deux accidens touchant le goust: l'vn est le goust depraué, lors que la langue luge autrement des saueurs qu'elle ne deuroit : l'autre est l'appétit perdu ou inappétence , par laquelle le malade perd tout à fait la volonté de manger.

Pour le premier , quand il n'est point accompagné du degoust ,x'est vn vice de la langue seulement, ou de sa tunique qui l'enueloppe, pour estre imbeuëetarroséeou de quelque mauuaise vapeur, ou de quelque humeur corrompue.Cesle humeur icy estant esmeuëparl'liumiUitédes viandes et du breuuage, pénètre iusques au nerf qui est espandu par la chair et par la membrane de la langue, et communique sa qualité et sa saueur à la

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viande : sçauoir, l'amertume quand l'humeur est bilieuse, la fadeur et saueur insipide quand elle estpituiteuse, la saline quand c'est vne pituite sallée, et ainsi des autres : ce qui trompe le malade, d'autant qu'il pense que telles saueurs viennent des viandes, et non pas des humeurs dont sa langue est abbreuuée. A cest accident icy, il faut souuent lauer la bouche auec eau et vin , ou auec du vinaigre ou verjus , suc de limon , d'orange , décoction d'orge, et autres semblables.

Mais quand le goust est depraué auec vn grand degoust et inappétence, alors le vice n'est pas seulement à la langue et au palais de la bouche, mais aussi s'estend iusques au ventricule, qui est abbreuué de quelque humeur peccante laquelle assoupit tout à fait l'appétit , ou est altéré de quelque chaleur estrangere et extraordinaire. A ceux cy on doit permettre l'vsage des choses qu'ils demanderont à manger , pourueu qu'elles ne leur soient point tout à fait contraires, suiuant en cela le conseil d'Hippocrate, qui en l'aphorisme 38.

du 2. liure dit que les alimens désirés, bien que pires à la sauté , sont à préférer à ceux qui sont meilleurs, mais qui sont en degoust au malade.

Au reste, si cesle inappétence vient de quelques mauuaises humeurs contenues au ventricule , il faut les purger doucement et nettoyer l'estomach de telles ordures: autrement il ne fautpasespererquel'appelitreuienne.

Mais si ce n'est qu'à cause de la chaleur estrangere du ventricule, il faut se seruir de remèdes rafraichissans et qui soient acides, à fin que lesdils medicamens pénètrent mieux .- tels sont lejus de citron , d'orange et de grenades, le verjus, les cerises aigrettes, le vinaigre rosat, et autres.

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Cependant allendant que l'appelit vienne, il faudra nourrir le malade de viandes liquides cl aisées à prendre et à aualler, comme iaunes d'œufs mollets, bouillons, jus de chair de perdris, de veau, et de volaille, et de la gelée.

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