DE LA SOIF DESREGLÉE
Vn des propres signes et indiuiduels des fiéures, c'est la soif inextinguible, laquelle ne s'en va point à force de boire, mais perseuere tousiours auec si grande seicheresse de bouche, qu'à peine le febricitant peut-il parler ou aualler. Ce symptôme arriue principalement pour deux raisons : l'vne pour l'ardeur de la fleure qui desseiche la tunique intérieure du ventricule:
l'autre pour quelque humeur chaude, acre, bilieuse, qui est enfermée long temps entre les tuniques de ladite partie.
Quand la soif vient de la chaleur de la fleure seulement, il ne faut que rafraîchir et humecter : mais quand elle vient des humeurs, il les faut euacuer, autrement la soif ne cesse point, quelque rafraîchissement que vous puissiez donner : c'est pourquoy il faut recourir et aux clysteres, et aux vomitifs, et aux purgalions, si la fleure le peut permettre.
Or ce qu'il faut en premier lieu obseruer en la cure de la soif, c'est le temps qu'il faut donner à boire : qui n'est pas le commencement du froid
DES FIEVRES
et (le l'accès, car ce serait faire comme les forgerons , qui voulans allumer leurs fournaises y iettent de l'eau :
mais c'est principalement vers le declin de la fléure, auquel temps il ne faut pas craindre de donner à boire librement, tant à fin d'esteindre la chaleur, que pour prouoquer la sueur quisuruient pour lors. Cependant en l'augmentation de l'accès, on tascliera de tromper la soif, tanlost auec des fueilles de pourpié ou d'ozeille trempées en eau ou vinaigre, et mises sur la langue, tantost auec des cerises seiches et aigrettes, pareillement trempées dans l'eau : vne autre fois en gargarisant la bouche , soit d'eau fi aiche auec vn peu de vin ou de vinaigre, soit auec vn gargarisme fait expresdereglisse,deraisinsdeDamas, de sebestes, de fleurs de nénuphar et de violettes , d'orge, auec les syrops violât et de grenades. Ce n'est pas toutesfois que durant la force et la vigueur de la fléure, il ne faille donner à boire au febricitant : mais il faut modérer la quantité. Qu'on luy donne à boire de la ptisane vulgaire faite auec reglisse, ou de l'eau battue auec quelque syrop, comme seroit l'aceteux simple, de limons, de agresta, le violât, celuy de grenades, ou le polus diuin fait de ius de limons et d'oranges, de sucre et d'eau.
Il y en a qui pour tromper la soif préparent ce linctus : ils prennent.
Deux onces de conserue de roses ou de viollettes :
Fleiirs de casse, demie once :
De mucilage de semence de psyllium , deux drachmes :
et en font vn linctus. D'autres prennent.
Demie once de mucilage de semence de psillium:
Deux drachmes de mucilage de semence de coings :
Elect. de tragacanthe vne drachme :
Et sucre candi sulflsante quantité, et en font vn linctus. Quelques vns aiment mieux faire des pillules à mettre sous la langue, faites auec semence deconcombreet gomme adragantdissoute auec vn blanc d'œuf. Mais le plus souuerain remède contre toutes sorte de soif, est le sommeil, lequel de sa propre nature esteint la soifet corrige la seicheresse : s'il ne vient donc de luy mesme, il faudra le prouoquer ou par lauemens de pieds et de iambes, ou par frontaux , ou par iuleps hypnotiques, desquels nous auons parlé au chapitre des veilles. On peut voir aussi au traité des fiéures ce que nous auons dit de l'eau froide, et quand et à qui il la conuient donner largement.
Au reste, il faut obseruer que les febricitans quelquesfois ne sont point altérés , ou à cause qu'il tombe quelque humeur du cerueau dans l'œsophage et dans l'estomach , ou quand le iugement du febricitant est tellement peruerti qu'il ne connoist pas qu'il a soif, ou en fln à cause que le sentiment de l'estomach est perdu:
laquelle cause est tres-pernicieuse aux fiéures ardentes.