‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 123 sur 515 · iul. liure, citap, 17. —A. P · texte numérisé non relu

iul. liure, citap, 17. —A. P

malades : et d'autres n'en estre aucunement affligés,et loutesfoisleurs pere et mere en estoient grandement tourmentés : laquelle chose se fait par la bonté de la semence de la femme, et par la bonne température de la matrice d'icelle , corrigeant l'intemperature de la semence virile : tout ainsi que celle de l'homme peut corriger celle de la femme : comme on voit souuent par expérience des enfans n'estre point goûteux, lépreux, teigneux, epileptiques , encore que leurs pere ou mere fussent suiets à telles maladies. Laquelle correction si elle defatit au pere ou à la mere , les enfans ne peuuent eschapper qu'ils ne soient suiets ausdites maladies : lesquelles ne se peuuent parfaitement curer , quelque diligence qu'on y puisse faire. Parquoy on ne doit (comme nous auons dit) calomnier la Médecine ny la Chirurgie, ny moins les drogues de l'Apoticaire :

pour-ce que la semence suit la compiexion et tempérament de celuy qui engendre : en sorte qu'vn homme et vue femme bien tempérés produiront vne semence bien complexionnée : au contraire , s'ils sont inlemperés , produiront vne semence mal complexionnée, et non propre pour engendrer vn enfantbien complexionné, comme le dit Auicenne K Parquoy celuy qui sera goûteux, s'il fait vn enfant, h grande peine pourra-il euader qu'il ne soit goûteux , si ce n'est par la rectification de la semence de la mere ou du pere , ainsi qu'auons déclaré.

La seconde cause vient des supernuilés de nostre corps , qui s'altèrent et se conuertissent en cest humeur virulent. Or ces superfluitésproduiles

1 Auicenne liu. .3. fen. 22. traité 2. chap, 5. — A. P. Celle cilalion esl de 1579.

LE VIMGT-VNII^ME LIVRE

par vne grande plénitude ou obstruction des vaisseaux (qui se fait principalement par la mauuaise manière de viure, et pour auoir crapule et beu des vins forts) font esleuer au cerueau plusieurs vapeurs , qui remplissent la teste : puis les membranes, nerfs et tendons en sont rendus laxes et imbecilles , et par conséquent les iointures. Aussi cela aduient pour auoir mangé plusieurs et diuerses viandes à chacun repas , en trop grande quantité : lesquelles engendrent vne cacochymie. Aussi dormir tost après le repas et longuement , et prendre peu d'exercice, telles choses corrompent la faculté digestiue. Car lors qu'elle défaut , s'ensuiuent crudités , obstructions et sérosités , qui tombent sur les iointures : lesquelles, sur toutes autres parties , sont débiles naturellement , ou par accident : naturellement, comme en ceux qui les ont dés leur première génération laxes et foibles : par accident, comme en ceux qui ont beaucoup cheminé à pied, ou se sont tenus debout, ou ont enduré le froid : pour-ce que par la longue intemperature , les iointures sont rendues imbecilles. Aussi cela peut aduenir par cheute, ou coups, ou pour auoir esté estendu sur la gesne , ou auoir enduré l'astrapade : pareillement à ceux qui sont excessifs au coït, et principalement tost après le repas, d'autant que tout le corps est réfrigéré : par-ce que la chaleur naturelle s'amoindrit , pour la grande quantité d'esprits qui sont iettés au coït, et que la faculté digestiue en est affoiblie* : et partant s'ensuiuent crudités séreuses qui defluent sur les iointures , à cause des-

1 Gallenaî» 1. liu.De semine. — A. P.

quelles , et aussi de ladite réfrigération, lesdites iointures sont débilitées, qui est cause des goûtes, Or veu que ladite faculté digestiue défaut aux vieilles gens, il ne se faut esmerueil- 1er s'ils sont goûteux.

Outre-plus, les euacuations accoustumées retenues , comme le vomissement, flux menstruel, hemorrhoïdal, flux de ventre et autres, souuent sont cause de la goûte : parlant les femmes ne sont suiettes aux goules pendant qu'elles ont leur flux, mais bien après l'auoir perdu. Ce que dit Hippocrates ^ : par-ce que les superfluités sont retenues, lesquelles auoient accouslumé de se purger. D'auantage , ceux à qui vieilles vlceres ou fistules auront coulé par longues années, et puis sont closes et consolidées , s'ils ne tiennent après bon régime, et ne se purgent par fois, sont en danger d'estre goûteux :

comme au côn traire , les varices des cuisses et iambes, et les hemorrhoïdes, flux dysentérique . et vieilles vlceres, empeschent la génération des goûtes.

Plus , ceux qui releuent de quelque grande maladie, lesquels n'ont point bien esté purgés par médecine, ou par Nature, souuent deuiennent goûteux. Ceux qui ont le cerueau fort froid et humide, sont pareillement suiets aux goules.

. Or pour conclure en peu de paroles, les causes manifestes de ceste maladie sont, mauuaise manière de viure , qui engendre crudités et sérosités: le coït superflu , cheminer trop hasliuement ou plus longuement que Nature ne le peut porter, demeurer trop longuement debout, equitations de trop longue durée, euacua-

1 Apho. 29. liure C — A.

DES G

lions accouslumées retenues , le vice des païens , lequel les cnfans sont contraints de sentir , quasi par droit héréditaire.

Quant aux causes internes, entre les principales sont, redondance des humeurs crus, et l'amplitude des vaisseaux ; la force des principales parties mandantes , et l'imbécillité des receuantes, auec laxe capacité des conduits et inanités d'icelles, et la situation inférieure de la partie affligée K ■ Or le ieune Chirurgien doit sçauoir qu'il y a quatre facultés naturelles, par lesquelles les plantes et animaux se gouuernent. La première est qui attire l'aliment : la seconde , qui le retient : la tierce , qui le change et digère : la quarte, qui reiette le superflu, par-ce qu'il pèche en quantité ou en qualité , ou tous les deux ensemble : aussi le virus et les humeurs sont ietlés par la vertu expultrice aux iointures. Quant à ce que ledit humeur s'arreste plustost aux iointures qu'aux parties musculeuses, cela se fait pour-ce que les iointures sont exangues et froides, c'est à dire auec vn peu de sang, et de substance dense et serrée , et que les parties qui sont entre icelles sont charneuses, laxes et molles, et la grande astriction du cuir (qui est ordinairement aux vieux pour la siccité) fait que la transpiration est empeschée et les superfluités retenues : dont souuent s'ensuit la goule , ou quelque grand prurit par tout le corps, ou gratelles, ou rongncs , et leurs vrines acres.

Or la douleur qui se fait en ccsie maladie vienl pour l'acrimonie de la qualité virulente, quelquesfois toute seule sans nul autre humeur : et aussi le plus souuent la douleur faite

'f^oy. Guidon nu cliup. des (joutes. — A. P.

du virus est cause d'attirer des esprit* flalueux et humeurs ja préparés à fluer : comme le sang , et alors la fluxion sera phlegmoneuse : si c'est la cholere, crysipelateuse : si c'est le phlegme , œdémateuse : si c'est l'humeur melancholique , scirrheuse. Et s'il y a deux humeurs meslés ensemble, celuy qui sera en plus grande quan* tité prendra la dénomination : comme si le sang domine la cholere , on pourra dire phlegmon erysipelateux :

au contraire si c'est la cholere , sera nommé erysipelas phlegmoneux : et ainsi des autres humeurs. Et ceste matière virulente accompagnée des humeurs et esprits flatueux , estant aux iointures , les remplit et fait distension aux parties , comme membranes, aponeuroses, tendons, etau^ très parties qui lient les iointures.

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