PROGNOSTIC DE LA GOVTE
Les anciens médecins nous ont laissé par escrit , que les maladies des iointures sont trouuées entre les plus griefs maux et tourmens presque insupportables : tellement que quelquesfois les malades perdent le sens et entendement , et désirent plus la mort que la vie.
Les goûtes tiennent leur période et paroxysme du virus et des humeurs dont elles soût faites : elles viennent volontiers au printemps et en automne, commenousauonsparcy deuant déclaré^. Et ceux qui sont vexés de goûtes naturelles , c'est à dire qui les ont héréditaires, ne guarissent iamais parfaitement, ou bien rarement. Lors aussi que les nœuds, ou nodosités sont aux iointures , ils ne se peuuent parfaitement curer, principalement si la matière est gypsée, parce qu'elle ne se peut résoudre , et encore moins suppurer.
Les goûtes faites de matière pituiteuse et froide ne sont pas tant douloureuses que celles qui sont faites de
* L'édition de 1675 ajoutait : combien que ■plus raremmi ; ces mots ont été supprimés à l'édition suivante.
Hippocralcs liu. 6. apho. 65. A« P.
CeUecitaliorTcst do 1598.
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matière chaude, comme de sang ou de cholere : aussi elles ne sont si tost curées, parce que les chaudes sont plustost digérées et résolues , à cause de leur chaleur et sublililé. Car les froides durent le plus souuent quarante iours ou plus , à cause que la matière est grosse et espaisse ' : quelquesfois plus tost , et quelquesfois plus tard, selon que le malade tiendra bon régime, et qu'il sera bien pensé du Médecin et Chirurgien.
Aussi d'autant plus que la partie où s'est faite la fluxion est espaisse, comme la iointure du genoiiil , ou sous le talon , ou en lieu profond , comme à la hanche, et qu'elle a la vertu expultrice imbecille, le mal est plus long à guarir que quand le contraire se fait.
Celles qui son t chaudes d u r en l qu atorze iours, et bien souuent vingt ou plus , quelque diligence qu'on y sçache faire.
Les goûtes qui sont causées d'humeurs gros et visqueux ne font pareillement grande douleur, et ne sont aussi tost guaries.
Celles qui sont faites d'humeurs chauds et cholériques sont tres-douloureuses , et mettent quelquesfois le patient en desespoir, et causent à au cuns paralysie, difficulté de respirer, perturbation d'esprit , gangrené et mortification en la partie , et par conséquent la mort
Entré toutes les douleurs arthritiques, la scialique emporte le prix, pour estre plus douloureuse , et causer plus grands accidcns, comme Déure, inquiétude, luxation, et claudication perpétuelle , emaciation, ou amaigrissement de toute la cuisse
1 Galicn rjii com. du'id. yfph. de la 0. scci. — A. P.
et de la iambe,et quelquesfois de tout le corps. La cause de la claudication et de l'emaciation est, que l'humeur aura ictté l'os femoris hors • de sa boëtte et lieu naturel : lequel ; estant hors , presse les muscles , vei- ' nés, artères, et le grosnerf qui descend le long de la cuisse iusqu'à l'extrémité des orteils, pour se distribuer aux muscles : au moyen de quoy les esprits ne pcuuent reluire aux parties inférieures , et par consequen' se tabefient, et deuiennent consommées et amaigries : dont le panure goûteux demeure après claudicant tout le long de sa vie.
Or plusieurs demeurent claudicans, combien qu'ils n'ayent luxation : qui se fait à cause que l'humeur glaireux, propre tant pour la nourriture des iointures que pour les lubrifier et les rendre plus faciles à mouuoir, s'endurcit par la chaleur estrange : et pareillement parce qu'il n'est subtilié par le mouuement qui auoit accouslumé d'esti-e fait : et les autres hum.eurs, qui sont deOués en plus grande quantité que la partie n'a peu digérer et assimiler en sa substance, par congestion sont demeurés impactes et endurcis, qui fait que le mouuement ne peut estre fait et accompli.
D'auantage, la goutte causée de matière grosse et visqueuse defluant sur vnc partie, souuent rend les membres com bés et tortus , iusques à ietter les os hors de leurs propres iointures : ce que l'on voit non seulement és grandes iointures , mais és doigts des mains et des pieds , lesquels par vue goule noiiée sont quelquesfois ieltés de leurs iointures, au moyen dequoy ils deuiennent tout crochus :
et principalement quand l'humeur tombe en grande abondance , rend la
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partie languide et atrophiée, c'est à dire consumée , aride et seicbo , et son action deprauée,et souucnt du tout perdue. Car toute intemperalure qui demeure longuement sur vne partie, diminue la force et vertu d'icolle, et par conséquent son action, comme nous auons dit cy dessus. Lors que le virus causant les goûtes n'est, selon son cours ordinaire et paroxysme accousturaé, ictté aux ioin turcs (par l'imbécillité de la vertu expulsiue) il cause maladies cruelles, grandes ét mortelles. Car quand il arriue en la substance du foye, il excite inflammation d'icehiy : s'il demeure aux grandes veines, il engendre vne tiéure continue : et s'il tombe sur la membrane qui couure les cosles, il causera vne pleurésie : s'il demeure et s'attache aux intestins , sera cause (:e faire vne colique, ou iliaque passion, auec Ires-grande douleur : et ainsi sur les autres parties fait accidens diucrs. Ce qu'on voit en ce qu'aucuns goûteux deuiennent paralytiques , à cause que la matière des goûtes bouche les porosités des nerfs, de sorte que l'esprit animal n'y peut reluire :
parquoy la partie demeure immobile et résolue.
Les vieillards ne peuuent iamais estre deliurés de leurs goûtes, parce que leur sang et toute leur masse sanguinaire est altérée et ne peut estre rectiflée, non plus qu'vn vin bas et deuenu aigre.
Les goûtes qui viennent promptement , procèdent d'intemperature chaude cl souucnt sans matière : qui se connoist , parce qu'il n'y a aucune tumeur apparente à la partie , ny au dehors ny au dedans des iointures: et sent-on apcrlemcnt par le loucher la partie fort chaude , et le patient se sent allégé par remèdes froids, ainsi
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que nous auons dit. Au contraire, la fluxion faitedc matière froide découle lentement, et la partie sera froide, et allégée par remèdes chauds.
Les goules viennent quelquesfois au fort de l'hyuer, pour la grande froidure qui blesse les parties nerueuses, et comprime les humeurs, les chassant aux iointures. Pareillement aucuns en sont vexés au fort de l'eslé, pour la grande chaleur, qui liquefle et fond les humeurs, dilate les conduits et parties nerueuses et membraneuses Or elles peuuent venir en tout temps de l'année , pource que les goûteux se desbauchent , et ne tiennent reigle en leur manière de viure. : toutesfois elles reuiennent plusiost au printemps et en automne, comme nous demonstrerons cy après.
D'auanlage, les gou'euxprognosliquenl ordinairement le changement de temps, comme pluye, neige , ou quelque autre temps nubileux : tellement qu'ils portent auec eux vn almanach qui leur sert toute leur vie, à cause de l'air gros et vaporeux que le vent austral ou de midy ameine et conduit, qui remplit les corps d'humidités, ei esmeut intérieurement les humeurs et les agite :
et lors qu'ils sont ainsi esmeus , se fait nouuelle fluxion sur les parties imbecilles, et principalement sur les iointures, qui sont peu cliarneuses, et exangues ou priuées de sang , et par conséquent de chaleur nalurelle : et parce aussi qu'elles ont esté malades, affligées et débilitées de longtemps , non seulement en leur harmonie, mais aussi en leur propre substance :
et parlant les panures goûteux au changement du temps, et lorsqu'il veut pleuuoir, leurs douleurs leur viennent et les tourmentent plus aigrement.
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Il y a aucuns goûteux qui désirent grandement le coït pendant leurs douleurs, parce qu'ils sentent vne grande chaleur cstrange au dedans du corps , laquelle ne se résout et dissipe point en exhalations comme l'ardeur fébrile, mais fait fondre l'humidité séminale, qui courant anal vers les parties génitales, les fait enfler et enorgueillir. Ce que nous voyons mesme tous les iours aduenir aux mulets deschargés, et aux chenaux de poste rendus en l'estable , après auoir conru vn long chemin.
Toulesfois tel acte aux goûteux est bien contraire , à cause que par le coïl (comme nous auons dit) les esprits et chaleur naturelle se resoluent, dont la chaleur estrange s'augmente , et quant-et-quant leurs douleurs. Parquoy ie leur conseille qu'ils s'en gardent s'ils le peuuent faire , et s'ils sont sages , et principalement ceux qui ne sont pas mariés.
Les anciens médecins et ceux de nostre temps ont tenu que ceste maladie estoit incurable : toutesfois on en a veu guarir, principalement celle qui n'est pas héréditaire ou inueterée , si le malade veut tenir bon régime, et n'eslre suiet à ses plaisirs.
Les riches sont plus sonnent tourmentés de goûte que les pauures , parce qu'ils ne trauaillent pas et qu'ils mangent beaucoup, etdediuerses viandes en tous leurs repas , et boiuent d'autant et immodérément , et trop sonnent, ioiient aux dames rabbalues. Aussi on a veu des riches (leurs biens confisqués) retourner à la table des pauures, et faisans exercice, au)iresté guaris d'icelles qui auparauant les vexoienl beaucoup. Et do fait , on voit rarement les pauures laboureurs et arti-
sans auoir les goules. Parquoy ceux qui se veulent deliurer des goûtes , faut qu'ils mangent peu, et vscnt de viandes qui engendrent bon suc :
qu'ils s'exercent modérément, et laissent l'vsage du vin et des femmes, ou pour le moins qu'ils en vsent modérément : et aussi qu'ils vomissent et se purgent par l'ordonnance du docte médecin.
Hippocrates dit que les enfans ne sont goûteux auant qu'ils vsent du coït ' : toutesfois on voit aucuns chastrés estre goûteux, principalement ceux qui viuent en oisiueté et ne trauaillent point, comme les sédentaires et crapuleux, qui est cause qu'ils amassent crudités en leurs corps et humeurs malins et superflus qui causent les goules. Semblablement les femmes ne sont point goûteuses pendant qu'elles ont leurs mois , car pariccux ton t leur corps se purge : au contraire lorsqu'ils sont trop tost retenus, beaucoup de matière et humeurs s'amassent en leurs corps, qui le plus sonnent leur causent les goûtes.