‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 132 sur 515 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

CVRK PRESERVATRICE ET CVRATIVE DES GOVTES.

Deuant toutes choses, il faut de rechef distinguer toutes les causes et la diuersité de leur origine, à fin de diuersiûer les medicamens selon la nature de l'humeur péchant en quantité ou en qualité, à fin de les guarir

1 Hippocrate Aph. 30. Un. 6. — A. P.

s Aphor, 29. sect. 6. — A. 1'.

DES

par leur contraire. Or il y a trois causes en gênerai , comme nous auons (lit, qui font les goules. La première qui vient par héritage de pere en fils. La .seconde , par le vice et altération deshumeurs. La tierce, de la foiblesse et imbécillité des iointures. Et pour contrariera telles choses, il faut auoir double indication, à sçauoir, euacualion et altération des humeurs superabondans, et la fortification et roboratioii desiointures débiles. Or telles choses se feront par bon régime , purgation , saignée, et en prouoquant les heraorrhoïdes , vomissemens , sueurs et vrines, et autres, selon qu'on verra estre nécessaire, et par application des remèdes locaux. Les remèdes qui seruent àlapreserualiondes goûtes, seruentaassi à la curation.tani curatiue que palliatiue. 11 est donc nécessaire de contrarier aux causes qui font les goûtes , comme à l'vsage immodéré du vin, et de l'acte vénérien, et l'oisiueté, au dormir tost après le repas, et autres choses qu'auons escrit aux causes.

Lorsque le malade connoistra le temps approcher auquel les goûtes le doiuent prendre, il tiendra bon régime et se purgera : et si la douleur prouient du sang, il se fera saigner (s'il n'y a chose qui l'empesche) de la partie contraire, pour faire vacuation et reuulsion. Exemple : si les parlies supérieures sont enflammées, on tirera du sang des parties inférieures:

au contraire si les parties inférieures sont enflammées, on saignera les supérieures, en gardantla rectitude des filamens : comme si c'est le bras droit, on ouurira la veine de la iambe droite : et si c'est le bras senestre, on saignera la iambe senestre : et sera tiré du sang telle quantité qu'il sera besoin. Et après auoir ainsi fait la sai-

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gnée vniuerselle, et que pour cela la douleur et inflammation continuassent, alors on fera apertion de la veine la plus proche de la douleur : ce que i'ay par plusieurs fois fait, auec bonne et heureuse issue. Ce que commande Hippocrates en la sentence 5. de la C. section sur leliure 6. des Epidémies^ qui dit qu'aux douleurs il faut euacuer et tirer de la partie prochaine et malade par section et vstion , qui est vn souuerain remède

Orieseray tou.siours d'aduis, que pour saigner et purger, qu'on prenne le conseil du docte Médecin , parce qu il ne faut pas tousiours tirer du sang tous les ans aux goûteux , s'il n'est bien nécessaire. Car auecquesle sang , l'esprit vital se perd , les forces s'affoiblissent, et lecorps se refroidit : par ainsi on abbregeroit la vie du panure goûteux, b'auantage la saignée ne profite à ceux qui sont continuellement affligés de goûtes, et qui ont le corps imbecille et froid , et à qui la piluite seule domine. Aussi les purgationssontquelquesfois nécessaires : mais où elles seroient fréquentes, son t dangereuses. Parquoy il vau t mieux corriger le vice des humeurs par bon régime de viure , que d'vser tant sonnent de saignée et de purgations. D'auantage , ceux qui sont excessifs au manger et boireeta l'exercice vénérien, et qui ont beaucoup de crudités, trouuent peu d'aide de la saignée et purgalion , pource que les humeurs crus n'obéissent aux médecines. Et pour ceste cause le plus sonnent plusieurs goûteux ne peuuent guarir ny estre aidés par aucun remède, pour la grande intempcrature

' Celte cUation d'Ilippocratc manque dans les premières éditions, et n'a été ajoutéo qu'en 1585.

Llî VINGT-VNIÉME LIVRE

et crudité qu'ils ont en toute l'habitude de leurs corps , et de l'alleration de la substance des parties affligées.

Or pour retourner à nostre propos, le malade vsera de choses réfrigérantes et euitera le vin , principalemen t s'il a les goûtes chaudes, ou pour le moins y mettra beaucoup d'eau , selon que son eslomachle pourra souffrir. Le temps principal auquel on se doit purger est le commencement du printemps et d'automne : parce que les goûtes sont communément esmeuës en ces temps là, selon l'aulhorité d'Hippocrales et l'expérience.

Car en automne elles sont excitées, parce qu'en esté la facultcconcoctrice a esté fort débilitée , à cause de l'air ambiens qui allire hors nostre chaleur naturelle : ioinl qu'en ce temps d'esté, nous vsons volontiers de fruils crus, qui engendrent grande quantité de crudités et corruption en la masse sanguinaire: lesquelles en au tomnc (à cause de la froidure exte rieure) s'assemblent au dedans, puis montent à la teste, et après par leur granité et pesanteur retombent aux ioinlures , lesquelles alors reçoiuent plus facilemeut la fluxion, pource que par la chaleur de l'esté s'est fait di latation des conduits, et par l'intem perature inégale d'automne les arti des sont fort débilités. Au printemps les humeurs s'esmeuuent, pource que par la froidure d'hyuer ils ont esté serrés et comprimés au dedans du corps : et estans subtilics et eschauffés, au printemps ils sortent hors du centre, et courent aux ioinlures. Parquoy il est besoin en ce temps-là purger et saigner les goûteux, si on voit qu'il soit nécessaire, comme auonsdit, à ûn de vacuer les humeurs qui causent les goûtes. Car en ce temps les

humeurs s'espaudent, et sont esmeus et préparés à euacuation , par laquelle si on ne cure et garde de venir les douleurs arthritiques , pour le moins elles en seront beaucoup moindres.

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