CHAPITRE XV
DIVERS RËMEDES POVR LES GOVTEVX 1-
Le malade goûteux , pour garder que les humeurs séreux et pituiteux ne courent aux iointures, vsera quelquesfois de choses diurétiques , pour les faire vuider par les vrines, comme sont racines d'ozeille , persil , fenoiiil , brusclius, asperges, gramen (autrement dit dent de chien) et leurs semblables : lesquels seront faits bouillir aux potages, et seront donnés au malade. Sur quoy faut sçauoir que quand le patient a grand flux d'vrines, et qu'elles sont espaisses , ses douleurs cessent.
Aussi aucuns des anciens commandent ( ce que i'ay fait plusieurs fois ) faire des vlceres auec cautères potentiels , et les tenir ouuertes , à fin de donner issue à euacuer le virus qui fait les goûtes : pour ce que par telles ouuerlures le virus s'escoule. Ainsi que voyons aux verollés , lorsqu'ils ont vlceres qui coulent, ils ne sentent
1 Ce chapitre élail confondu avec les deux précédents en 1675; il en a été séparé en
lîME UVRE,
sang comparaison tant de douleur que lorsqu'ils n'en ont point: ou auront p^lé consolidés sans anoir osté ledit virus par son alexitero, qui est le vif-argent , par-ce que par icelles ouuerlures découle et s'euacue portion du virus v.erolique : tout ainsi aduiqnt aux goules , lorsqu'on leur aura fait des ouuerlures : lesquelles seront dinersifiées selon la diuersité des lieux par pù se fait la fluxion.
Exemple : si la fluxion se fait du cerneau tombant sur les os clauiculaires, l'ouuerlure se fera par derrière le col : et si elles tombent sur les iointures des espaules et aux coudes , ou sur les mains , ou appliquera les cautères au dessous des muscles epomis :
et si elle tombe à la hanche ou aux genoiiils et aux pieds , ils seront appliqués trois doigts au dessous des genoiiils partie intérieure, pourueu que le patient n'ait pas à faire grand exercice : pource qu'estant faite l'ouuerlure en ce lieu, il se fera plus grande euacuation , à cause die la veine saphene qui est en telle partie.
Au contraire, si c'est vn ieune homme auquel il soit nécessaire de beaucoup i trauailler et aller à cheual, l'ouuerlure se fera en la partie extérieure entre les deuxfociles, à fin que l'estriuiere et la selle du cheual ne luy soit trop moleste et douloureux.
Or telles ouuerlures se feront par cautères actuels ou potentiels, selon qu'on verra estre nécessaire, et la volonté du malade. Si on veut vser de l'actuel, il sera de figure triangle, tranchant et aigu, a fin que plus promptement il face son opération , et à moins de douleur. D'auantage, il se peut mellre vue pièce de fer trouée sur l'endroit où l'on veut appliquer le cautère, laquelle seruira qu'il no touche sinon qu'au lieu où
PES (ÎOVTI'S.
l'on vont qu'il soit appliqué , conimo nous auons dit au cliapjlro (Jh VyJigilops^ : et sera tenue l'vlcere ouuerte, y Riotlaiil Ueclans vno petite ballotte failo iVqv ou d'argent, ou do racine d'iils, OH d'hernjQdactos, ou de liège, ou de gentiane, uu Ue cire, auec laquelle on incorporera poudre de vitriol , mercure, ou alun , de peur que l'vlcere ne se consolide, iusques à la volonté du malade, et conseil du médecin et chirurgien
D'auantage, il faut purger le cerueau (qui est le plus souuent la fontaine de ce mal ) vne fois le mois , auec pilules cochées, et d'assajeret en hy uer : et en esté de pilules sine quibtis, ou impériales, desquelles la dose sera vne drachme deuant la pleine lune :
et le lendemain on prenilra vn bouillon de pois çhiches auec racines
1 C'est le chapitre J6 du livre des Opsrq^ lions. Voyez tome II, page 432.
2 On ne soupçonnerait guère qu'il fallût cherclierdans le livre 4es Goules la desciipr tion d'un procédé pour établir un cautère. J'ajouterai ici que Paré serabl,e avoir imaginé quelques uns des pois artificiels qu'il recommande ; du moins on tr.Quve dans les Dix Hures de chirurgie de 1564, fol. 222, v., la figure suivante, que l'auteur a complètement oubliée dans ses œuvres complètes.
Il y avait quatre de ces boulleties, comme il les appelle, mais qui ne différaient absolument que de volume. On lisait au-dessous :
Boulleltes failles d'or ou d'argent pour içnir vn vlcere ouuert en quelque partie de noslre corps, auec vn pelit lien, pour les tirer dehors
Je n'ai pas trouvé d'endroit plus convenable pour celte figure que celui-ci.
aporitiues ot diurétiques. L'vsago des diureliques est bon , pour ce qu'ils purgent les superfluilés séreuses de la seconde et tierce digestion. On peul.semblablement vser d'autres pilules, qui ont vertu de purger l'humeur pituiteux et séreux , comme celles-cy.
Ofi. pilulQruqi fojtidarurn et de hermodact. ana 5. û .
Misée, et cum succo vel syrupo rosarum solutiuo formentur pilulaa,
Autres.
^. Aloëg Z. iij.
Agarici trochisc. rhabarb, ana 3. j.
Massa; pilularum arthriticarum, et de liermo. ana 0 . ij. Diagredij B j.
Cum melle rosato, fiât massa.
Desquelles en sera donné au malade vnedragme, plus ou moins, selon la force et vertu.
Les remèdes purgatifs seront chan ■ gés selon que le docte Médecin verra estre besoin à purger les humeurs superflus qui causent les goûtes : comme si la cholere en est cause, on vsera de remèdes cholagogues : et entre tous, le catholicum est loué , et les pilules communes. Et après pour roborer les parties intérieures, on donnera demie dragme de theriaque, trois heures deuant le past.
Or il faut icy entendre que pour purger le cerueau, les pilules ont esté plus loiiées des anciens que les autres médecines liquides , à cause qu'elles demeurent plus longuement en l'estomach à faire leur opération : et par ce moyen elles attirent mieux du cerueau et des parties lointaines l'humeur qui doit estre deriué et eua- Gué par le siège. l'ay conneu aucuns qui ont vsé 4cs pilules , ausquelles y
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eiitroilbonnequanlilétle scammonée, à sçauoir , sept ou huit grains pour vne prise, lesquels après ielloient grande quantité d'eau et sérosités :
et pareillement ausdiles pilules y en- Iroit du gingembre , de peur qu'elles ne fissent mal i\ l'estomach. Or en tel cas, après la prise et opération, on baillera à manger au malade vn peu d'orge mondé , pource qu'il adoucit et lenit les parois de l'estomacb, qui pourroit auoir esté blessé desdites pi- I Iules. Et le lendemain on pourra pareillement bailler du Iheriaque la grosseur d'vne féue : laquelle ne conforte pas seulement la débilité de l'estomach, procedente des purgations, maisaussi corrige le virus arthritique.
Il ne faut pareillement omettre qu'aprés le past faut vser de dragée de fenouil, anis et coriandre, ou cotignac, ou conseruede roses, à lin de rabbattre les fumées qui montent de l'estomach au cerueau. Semblablement on vsera de parfums en temps humide, lesquels seront ainsi faits:
•2f. Thuris, vernicis et mast. ana 3. j.
Granorum iunip. bacc. lauri ana 5 . fi.
Ligni aloes 3. ij.
Assae odoralae 3. j . fi .
Conquassenlur grosso modo.
Et en soient parfumées estouppes de chanure, ou cotton cardé, et soient posées chaudement sur la teste. D'auantage,. on pourra frotter la leste du patient de ceste poudre par l'espace de quinze iours, plus ou moins, à fin de tousiours desseicher les humidités superflues :
:2f. Rosarum rubr. folior. scnœ, slœchados utriusque ana m. fi .
Milij 5 . iiij.
Furfuris loti in vino albo g . iij.
Flor. camom. mclil. ana p. j.
^ME LIVRE
Sem. anis! 5, j.
Salis comm. § . ij.
Soit faite poudrequ'on mettra enpetils sachets de toile , et les fera-on eschauffer dedans vne poésie, eld'iceux on frottera la teste au malin. On peut aussi vser des pilules qui ensuiuent :
"if. Pulu. hiera; simplicis 3. j.
Agarici recentcrtrochiscaliel rhabarbari.
elecli ana 3. ij ,
Mirabalanorum, chebularum 3. 6.
Tamarindorum 3 . j.
Cum inrusione sensé fiât massa, et ex ea formentur pilulœ vj. pro drachma,
Capialduasante cœnam octauo quoquedie.
On peuld'auantage prendre au matin, au temps de la fluxion, vne pilule de la composition suiuante, la tenant vn quart d'heure en la bouche, la maschant , et crachant continuellement ce qui aura esté attiré et deriué en la bouche:
Of. Cubcbarum , nucis moscataî , glycyrrhizœ, anisi ana 3 Pyrelhri3. j.
Masliches , radicis staphisagriae , eryngij ana 3.ij.
Toutes ces choses soient puluerisées et meslées ensemble , et en soit fait des petits nouets entre deux linges ou taffetas, et soient formées petites pilules de la grosseur d'vne auelaine.
Et pour obtondre la virulence de l'humeur qui cause les goûtes, on doitprendrequelquepeudetheriaque par interualle , auec de la conserue de roses , ou do fleurs de rosmariu , parce qu'il consomme vne partie des humeurs superflus, et rectifie et obtond l'interaperature du virus arthritique , comme nous auons dit cy dessus.
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