‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 139 sur 515 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

DF. LV CVRE PALLIATIVE DES GOVTES.

Pour bien procéder à la eu ration de ceste maladie, il faut considérer la diuersité des causes d'icelle, et les tcmperamens du corps, et autres choses, lesquelles ne sont tousiours semblables, et partant ne peuuent estre curées par vn seul remède, comme estiment les vulgaires et empiriques qui veulent d'vn seul remède guarir toutes espèces de goules : ne considerans pas que celles qui sont faites de matière froide accompagnant le virus, demandent autre manière de curer que celles qui viennent de matière chaude : aussi celles qui sont faites d'vn humeur simple, que celles qui sont faites de composé. Car celles qui sont faites de cholere pure , causent douleurs grandes et extrêmes :

mais lors qu'elle est mixtionnée auec phlegme, elle n'est tant douloureuse.

Plus il faut autre remède au commencement qu'à l'accroissement , et ainsi des autres temps. Semblablement selon les parties où soni les goules : car en la schiatique n'est besoin d'vser de medicamens repercussifs , s'il n'y auoit grande inflammation : ce qu'on peut bien faire aux autres parties. Finalement si la goûte vient du cerueau , il faut vser d'autres remèdes que lors qu'elle vient du foye et de la masse du sang.

Ces choses ainsi premisesnous commencerons la cure, non proprement curatiue, mais plusiost palliatiue (principalement de celle qui vient par héritage) laquelle oonsisle en quatre choses : la première, à ordonner le

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régime sur les six choses non naturelles , selon la diuersilé des causes : la seconde, à euacuer et diuerlir la matière antécédente, tant par médecines laxatiues, que par saignées , s'il est besoin : la tierce , par deuëmcnt appliquer les remèdes locaux et particuliers, les diuersiOantselonriiumeur qui cause les goules , à sçauoir, par remèdes chauds aux humeurs froids, et par froids remèdes aux humeurs chauds, en les changeant aussi selon les quatre temps : à sçauoir, commencement , accroissement, estât, et déclinaison , comme a esté dit. Et s'il y- a vne intemperature simple sans matière, on appliquera remèdes alteratils, sans qu'ils soient vacuatifs. La quarte est corriger les accitiens,et principalement la douleur , qui en telle affection tourmente extrêmement les pauures gouleux, voire leur cause quelquesfois vne mort subite, si le virus est grand, comme nous auons dit cy dessus.

Or il faut icy noter, que souuent le chirurgien est deceu à connoistre la cause de la douleur : car en appliquant remèdes froids et narcotiques aux goûtes froides, si la douleur s'appaise, on estime que tel humeur soit chaud : ce qui adulent toutesfois à cause que tels remèdes stupéfient, endorment et estent le sentiment de la partie, encore que la cause de la goûte soit froide. Au contraire quelquesfois nous estimons que la matière soit chaude, combien qu'elle soit froide, pource que quand nous appliquons medicamens chauds, ils appaisent la douleur, en raréfiant, atténuant , resoluan t, et dissipant portion delà matière par insensible transpiration ; et partant à cause de l'aide qui s'ensuit de ces remèdes chauds, on pourroit penser que la matière scroit

froide , à cause de ce qu'on dit communément, Contraria conirariis curantur : et au contraire, Similia similihis conseruanlnr. Donc pour le dire en vu mot , l'indice pris des choses qui aident ou nuisent, est souuent fallacieux : d'abondant il découle quelquesfois vne grande quantité de matière froide, laquelle cause grande douleur : mais c'est à cause du virus, et de quelque humeur cholérique, qui subtilie et conduit l'humeur froid et visqueux aux iointures : lequel humeur virulent et cholérique induit la douleur, et non la pituite : et à cause delà douleur, la partie est chaude eteuQammée, et bien souuent cause lîéurc , et grande altération : et alors nous croyons que la cause principale soit chaude , et toutesfois elle est froide : parlant nous sommes souuentesfois deceus : et ce qui en est cause, est que la fluxion descend par les nerfs et tendons, ce qui ne nous appert par dehors. D'auantage quand les humeurs sont meslés ensemble , quelquesfois la couleur de la partie nous déçoit : car combien qu'elle nous apparoisse citrine, ou blaflfarde (ce que véritablement adulent de l'humeur cholérique , lequel aisément, à cause qu'il est de subtile et ténue substance, est ietté du profond du corps à la superficie du cuir ) toutesfois il se peut faire que le phlegme séreux découle aux iointures , et soit la principale cause de la goûte, à raison qu'il induit vne grande et extrême douleur, principalement la nuict, et communément lors qu'il est accompagné d'vne portion de l'humeur cholérique : dontle sang et les esprits s'esmouueront, et se inonsireront à la superficie du cuir delà partie alfcclée, qui la feront api)aioislre rouge et chaude. D'auan-

tage , au moyen de la douleur, il suruiehdrtt au malade, par le défaut du repos ot pour la ^^raude inquiétude, vtie fléure, laquelle liquéfie et subtilic l'humeur, et l'eschaiifle , et le fait fluer d'auanlage aux ioinlures: ioint aussi que Tyrine sera teinte, et le pouls fort esmeu , et toutesfois la cause du mal sera froide: et parlant en tout cas ce seroil grande erreur de vouloir procéder à la cure, comme si la cause de la goûte estoit chaude. Vrdy est qu'il faut souuent laisser la propre cure pour sUruenir aux accidetts. Au contraire, il se peut faire que la choiera soit cause du mal, sans toutesfois que la couleur de la partie affectée demonstre apertement irelle : mais plustost la couleur sera blanche, ou plombine , et la partie froide , à cause du fi oid de l'air ambiens, ou de quelque application de remède froid, qui aura fait qu'elle représente plustost la qualité du phleguie que de la cholere. Dont nouâ concluons^ qu'il ne se fautarrester toUsiours à la couleur et froidure de la partie , pource que les humeurs qui sont profonds au dedans d'icelle^ne changent pas tousiours en couleur le dehors , si ce n'estoit qu'ils perseuerassent longtemps.

Outre plus, il adulent souuentesfois que le corps est tant rempli d'humeurs gros, espais, visqueux, que Nature en iette vne partie aux ioinlures , et en laisse vne portion au profond du corps, à cause de l'imbécillité de la vertu expultrice : laquelle portion estant ûrreslée en quelque partie intérieure, fait obstruction et pourriture, dont est engendrée vne llëure intermittente, c'est 5 dire qui a relasche quelque espace de temps entre leS accès, sçauoir est, si elle se fait aux petites veines : mais elle sera

EME LIVRE

continue si cela adulent aux grandes veines. Et telle chose aduenanl, le médecin et chirurgien ne doiuent pas considérer la maladie art iculairc, mais seulement beaucoup plus la fiéure -. laquelle si elle est continue , apporte tousiours danger au malade, et deshonneur au Médecin : si elle est intermittente, elle passe facilementen continue, si on n'y donne medicamens propres. Car 11 faut alors doucement purger le ventre, et oùurir la véine, si le Médecin connoist qu'il en soit besoin: puis après auoir préparé et cuit les humeurs, on donnera au patient vne bonne et forte jjurgation, si on voit qti'il en soit besoin. le dis bonne , de peur que la maladie articulaire ne s'augmente : ce qui aduient souuent quand on ne fait qu'esmouuoir les humeurs sans les purger : car estans esmeus , ils se ietlent tousiours sur la partie affligée. Partant tout cecy gist en la contemplation du Médecin et Chirurgien, lesquels par conieclure artificielle connoistront la matière des goûtes : à sçauoir , par la couleur, par le toucher , par l'aide ou nuisance des remèdes , par le régime que le patient aura auparauant tenu , par son tempérament , aage , région, par la considération du temps de l'année, la manière de la douleur , et auquel temps du îour elle s'esmcut et est plus grande , et quel est son période et paroxysme: aussi par leiugement des vrilles et autres superfluités qui sortent du corps du malade , ce que nous auons par cy deuant déclaré plus particulièrement.

Or aucuns disent qu'il ne faut purger ny saigner les goûteux pendant leurs grandes douleurs , toutesfois il est aisé de pioUuer le contraire.

Car veu que la loy de Médecine gist en addition et detraclion : et que la

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gould vient d'addition et d'aiigmentalion d'immeurs superflus qui accompagnent le virus artliritique , inint que les douleurs iie se peuuenl appaiser sinon quand la Cause en est hors, il s'ensuit nécessairement que là saignée et purgaiion sont grandement vlilos. Metrius, en son Traité de la goule > dit qu'il faut tousiours vser de purgalions pour vuidcr et euacuer l'humeur superllu , et non seulement en la declination ^ mais aussi en la force et vigueur de la maladie : ce que nous auons trouué par expérience estre grandement profitable, et pris d'ilippocrates, disant ; Quand il y a douleur , il faut donner hiedecine par bas Aussi cela se peut pi-ouuer par authorité d'Hippocrates , au liure De Alfecttonihus^ parlant de Ârthritide'^.

Ët semblablement par Galien , au Comment, sur le 23- Aphorisme delà seclion première , qiii commande qu'on saigne aux grandes inflammations et fiéures ardantes et grandissimes douleurs , disant qu'il n'y a point de meilleur remède. Et s'ils ne peuuent estre aidés par la saignée et J)ufgatiôrl deuëmeiit faite, cela adtiient (comme dit Galien au liure De curatione per sanguinis missionem) que les intemperans , gourmands et yurongnes ne sont guaris par purgalions ny par saignées , pour-ce que l'intempérance assemble abondance d'humeurs crus, lesquels ne cèdent aux remèdes. Partant les gouteux goulus et intemperans ne peuUent estre aidés par aucuns remèdes, combien qu'ils soient administrés par vraye et bonne méthode.

* t:cUiB cilàtiôh tlfe Mëlrias est de 1579.

* L'édition de 1575 citait Hipijocrale , ai* lin. lie Morbis, 9, chapitre de Arthrilidu.

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