‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 156 sur 515 · DE LA PETITE V · texte numérisé non relu

DE LA PETITE V

Donc pour commencer à la description (lo la pelile vorolle et rougoolle : ce sont petites pustules et taches qui apparoissent à la superticic du cuir, faites de sang- impur et autres humeui'S vicieux , iettés par la force de la vertu expulsiue. Les anciens tiennent qu'elles sont engendrées de quelque reste du sang menstruel , duquel l'enfant ayant esté nourri au ventre de la mere, en retient encore après quelque portion et malignité : laquelle en grand chaud ou saison australe venant à s'exciter et bouillonner auec tout le reste de la masse sanguinaire, s'espand, et se monstre par l'habitude de tout le corps. Qu'il soit vray, on voit peu de personnes qui ne l'ayent vne fois en leur vie : et mesme elles peuuent venir aux grands ainsi qu'aux petits enfans , d'vne grande ferueur et ebullilion de sang, et autres humeurs vicieux, et aussi par contagion de l'air pestiféré : dequoy l'expérience iournelle nous fait foy.

Or la veroUe diffère de la rougeoUe, ainsi que la bosse du charbon : d'autant que la verolle est faite de matière plus crasse et visqueuse, sçauoir sanguine et piluiteuse, que la rougeolle, qui se fait d'vne matière plus chaude et plus subtile sçauoir bilieuse :

parquoy la rougeolle ne laisse pour marque de soy sinon taches comme de pulces par tout le corps , autres fois rouges, autres fois verdes ou noi-

duchesse de Sauoye , a escrit en son liure de la manière de nourrir et gouucrner les enfans, ce que ie croy qu'il ne Irouuera pas mauuais, attendu que le l'ay faict pour l'vlilité publique. »

Peul-èlrc est-il à regretter, pour la probité scieniilique de notre auteur, qu'il ait effacé ce modeste avcuà partirdc l'édition de 1579.

1 Le reste de cette phrase a été ajouté en

OIJ.E ET LEPRE. 267

ros : mais la verolle s'esleue en pustule pointue et blanchissante, argument de meslange de pituite auec sang. D'auantage, la verolle est plus esleuée en pointe : au contraire la rougeolle ne sort gueres hors du cuir, mais est plus large : toutesfois aucommencement que l'vne et l'autre sortent, comme du premier, second , et tiers iour, il est difficile de les distinguer l'vne de l'autre , par ce qu'elles sont en leur commencement presque semblables : et depuis le second ou tiers ou quart iour, la verolle croist et se blanchit auant qu'elle vienne en crouste : au contraire , la rougeolle demeure rouge à la superficie du cuir, et ne croist point en tumeur. D'auantage la verolle pique et fait démangeaison , et la rougeolle ne pique et ne démange point : parce que l'humeur n'est pas si acre ny mordicant, ou par ce qu'estant plus subtil il s'exhale plus aisément. Les malades ont vne grande sternutation lors qu'elles veulent sortir, à cause que les vapeurs putrides montent des parties inférieures au cerueau. Outreplus ils ont fiéure continue, auec douleur tres-grande au dos, prurit et démangeaison au nez, aussi douleur et pesanteur de teste auec vertigine, comme si tout tournoit, défaillance de cœur, nausée et vomissemens, mal de gorge, la voix enroiiée , douleur de poitrine, courte haleine, auec grand battement de cœur. D'auantage, ils ont les yeux flamboyans, lassitude de tout le corps, vrines rouges et troubles, resueries : toustes lequelles choses, ou la plus grande part d'icelles , aduiennent au commencement de la verolle et rougeolle.

Quant au présage que l'on peut faire de ces deux maladies si sembla-

258 LE VINGT-DEVS

Mes (l'origine, onpent asseuiéraent dire que ea icelles il y a vue qnalité lellement vénéneuse et contagieuse, que mesnie auecles humeurs et parties cliarneuses elles rongent etgastent les os,commc"faitla grosse veroUe : ce que ie n'ay pas veu seulement en Vannée 15C8», mais plusieurs autres fois par le discours de l'aago qu'il a pieu à Dieu me donner iusques à présent.

Et pour vous en donner vn notable exemple, i'ay bien voulu descrire cesluy-cy ( qui est l'vn des plus esmerueillables que l'on sçauroit voir) 4'vne petite flUe aagée de quatre à cinq ans , fille de Claude Piqué , relieur de Uures du roy, demeurant rue Saint-Iacques à Paris , laquelle ayant esté malade de petite veroUe enuiron vn mois , et Nature n'ayant peu surmonter la poison , luy suruindrent apostemes sur le slernon et aux ioinluresdes espaules, dont la matière virulente rongea et sépara entièrement tous les os du sternon, et les epiphyses des os adiutoires, auec bonne portion de la teste de l'omoplate : ce que n'ay veu seul, ains auec moy monsieur Myron , à présent Conseiller , et premier Médecin du Roy, Docteur, Regent delaFaculté de Médecine de Paris et lean Doreau, chirurgien de M. le comte de Bryane :

en la présence desquels i'ay veu et anatomisé la dite fille, en laquelle ay trouué ce que i'ay dit cy dessus.

1 Edition de 1568 : oeste année 1568.

s Edition de 1508 : Monsieur maislreMarc Myron, Médecin ordinaire diiBoy et Docleur à Paris: maisCre François Rasse des lYeux , chirwfjien audit lieu, ei Jean Doreau, etc. — Dans l'édition de 1575, monsieur Myron était déjà décoré de ses titres nouveaux, et maistredes .Ve«.xsuivait toujours. Le nom de ce dernier a été rayé du texte en 1679.

[ÉME LIVRE ,

Uolin Marie, marchand lunetier demeurant près le Palais, me fit apporter sa fille aagée de quatre ans deux mois, qui auoit eu tout le corps couuert de pustules de la petite veroUe , ayant les os des bras et iambes apostumés , pourris et fracfBrés , ac- j compagnée de fiéure ardente. le ne Iny voulus aucunement loucher : le lendemain deceda

On voit aussi à plusieurs grande portion de genciues carieuses et pourries, auec grande feteur : telle corruption se fait de vapeurs putredineuses qui s'esleuent des parties intérieures à la bouche: et meurent presque tous,quelque diligence qu'on leur sçache faire.

On voit d'auantage par la dissection des corps qui en sont morts, que lesdites maladies laissent le plus sonnent vne merueilleuse intemperature aux parties du dedans , comme au foye , à la rate , et aux intestins, dont s'ensuit à plusieurs hydropisie,phthisie , enroïieure de voix , courte haleine, flux de ventre, auec vlceres aux intestins , et par conséquent la mort '\ selon que ces pustules ont rauagé par ces parties intérieures de mesme furie que l'on les voit asseoir sur la peau. Et quant aux parties externes, elles laissent non seulement deformité, principalement au visage , à cause des pustules et vlceres, qui passant la superficie du cuir ont profondé en la chair, desquelles sont demeurées des laides cicatrices :

mais aussi quelquesfois elles gastent et font perdre le mouueraent des

1 Cette courte observation , de même que le paragraphe qui vient après, sont des additions de 1585.

2 La phrase s'arrclalllà en 1568; elle a été complétée en 1575.

DE LA. PETITJÎ VEROLLE ET I^ÇPBE.

ioiiitures , et principalenieiil (les coudes, poignets, gonoux, et du pied.

Auciuis en ont du tout perdu la veuë, ainsi qu'a fait le seigneur de Guiiuenay, et vue iniiolté d'autres ; aussi quelques vns ont pindu l'oiiye, autres le lleuror, par e^orolssanco de cbaiF suruenuB aux coi)duils tant des oreilles que du nez, après ]es pustules sorties , comme elles font aussi en tous les endroits du corps, tant par dehors que par dedans (ainsi que nous auons demonstré par ey deuanl) lesquels empeschent les conduits des oreilles et du nez. Bref, ie puis dire que toutes les aposlemes qui aduiennont aux petits enfans ayans eu la verolle ou rougeolje, desquelles ils n'auront pas esté purgés à suffisance pour.la décharge de nature, tiennent de la malignité et venenosité de l'humeur qui fait lesdites maladies, et parlant sont fort malaisées à guarir. Et pour le dire en vu mot , la petite verolle etrougeollen'estans pas bien purgées, causent d'aussi Uiuers et fascbeux accidens que fait la grosse verolle ^

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