CHAPITRE V
CVftE DÈS VEilSs
Touto l'inlention de la cure esl faire sortir les versi vifs on morts hors du corps» : de tant qu'ils sont de ce genre des choses qu'on dit estre du tout contre Nature.
Il faut euiter toutes viandes qui engendrent corruption , comme fruits crus, fromages» laictages, et le poisson, et généralement toutes choses de difflcile digestion et de facile corruption. La bouillie est bonne aux êhfans, à cause qu'ils ont besoin d'vne nourriture humide, de grosseur conforme au laict, non de trop difûcile digestion : lesquelles conditions soht trouuées en la bouillie ^ poUrueu qiie la farine de froment né soit crue , mais cuite auparauanl au four, à fin qu'elle ne soit tant visqueuse et grossière, et aussi à lin que le laict ne cuise pas Si longuement : parce qu'il faut que pour donner cuisson à la farine, le laict cuise semblableraeut longtemps , en quoy il perd sa bonté, parce que le' cuisant beaucoup , sa substance aqueuse se consume parle feu et engendre gros sang , comme il se fait par la bouillie, lors que la farine n'est cuite auparauant : car il perd en ceste façon sa substance de maigue et de beurre, y restant seulement la fromageuse, grosse, visqueuse et de difficile digestion, et par conséquent pesante, et faisant obstruction és premières veines et au foye : qui souuentesfois cause qu'il s'engendre des vers à l'enfant, et des pierres et autres mauuais aooidens ,
* La fin de cette phrase est de i675.
OLLE ET LEPRE. 667
pour n'estre ladite farine cuite et le laict trop cuil:par quoy ceux qui ont des enfans y prendront garde, si bon leur semble. Et ne sert de rien d'alléguer que par expérience quotidiane on voit plusieurs enfans qui mangent bouillie sans que la farine soit cuite, se porter bien : car ie dis que cela te fait pluslost d'aduenture ou de bonne nature, que de la bonté de ceste nourriture.
On doit donner souuent à manger aux malades de bonnes viandes , de peur que les vers ne piquent et rongent les intestins : et veu que de tels animaux sont sduuent engendrés de pourriture , il faut purger le malade, et corriger icelle par remèdes escrits cy après en la peste. El pour les faire mourir et sortir promptement , le syrop de cichorée ou de limons , auec rheubarbe et vn peu de sucre, et Iheriaque ou mithridat , est vn singulier remède, pourueu qu'il n'eust fiéureconiointe : ou en lieu de ce, on pourra vser de la médecine qui s'ensuit :
"if. Cornu cetui.pulue. ras. ébôt.aiiaS.J. fi. Seminis tanac. cdfilrâ Vérrhes ana 3. j.
Fiat decoctio pro parua dosi : in côlatufa iHfundeii Rtiabafb.oplimlS. J, Cinnam. 9 . j.
Dissolue syrUpi de absinth. g . fi w Fiatdos. deturmanè trib.hor. ante paslum.
Outre-plus , i*huile d'oliue prise par la bouche fait mourir les vers, comme aussi l'eau de cOrrigiole ^ donnée à boire auec du laict : bref toutes choses araeres les tuent. Mais deuant que d'vser d'icelles, il fuut donner vn clyslere de laict aUec miel et sucre , auquel on ne doit mettre huile ou
* Corriyiole, c'est la renoUéei A. P.
^68 tE VINGT-DEVXIIÎME LIVRE,
graisse ny choses ameros , de peur de les renu oyer contrcmon t .parce que les choses douces les alUrenl.el les ameres les repoussent. D'auantage, tu noteras qu'il faut tousiours donner et mesler choses douces auec les ameres, h fin que par la douceur les vers attirent ce qui les pourra faire mourir.
Et partant faut donner l'espace de deux ou trois iours du laict sucré au malade , puis après y mesler choses ameres, comme semences de centaurée, aloës, rue, absinthe, et leurs semblables. Aussi la corne de cerf a grande vertu contre les vers : et en doit-on bailler tant à boire qu'à manger , à sçauoir la mettant en poudre et la faisant boiiillir en eau , laquelle on donnera à boire au malade : aussi on en mettra cuire vn petit noiiet auec la viande. Pareillement le theriaque donné à boire en bouillon tue les vers. Le pourpié est semblablement bon en potage ou en décoction et breuuage , et le faut faire bouillir en eau , et en faire boire aux petits enfans : et aux grands on le pourra donner auec du vin. Le semblable est de la cichorée et de la menthe. Aussi le mzoon minus et les sebesles sont propres, en faisant vne décoction d'iceux, et en donnant à boire deuant le repas auec vn peu de sucre.
On donnera aux enfans à manger de la poudre de la semence contre les vers dedans leur boiiillie ,ou auec vne pomme bien cuite. D'auantage, on pourra faire suppositoires comme cesluy :
Prenez du coral qui lire sur le blanc , des racleures d'yuoire, de la corne de cerf bruslée, et d'iris, de chacun deux scrupules :
Du miel blanc, deux onces et demie :
Et de l'eau de corrigiole, autant qu'il en
faut pour incorporer le tout ensemble,
etfaitessuppositoires.
Dont on en appliquera tous les iours vn qui soit du poids de deux dragmes aux enfans, et plus pesant aux grands.
De tels suppositoires faut principalement vser lorsque ceux desquels le malade est tourmentésont du genre de ceux que l'on appelle Ascarides, parce qu'estans attachés et logés dans le boyau appelé droit , ils peuuent par tels remèdes estre promptement tirés ».
Quant aux petits enfans qui ne peuuent rien prendre par la bouche , il leur faut appliquer sur le nombril cataplasmes faits de poudre de cumin , incorporée auec ûel de bœuf et farine de lupins, absinthe, aurosne et tenasie , fueilles d'artichaut, rue, poudre de colocynthe , semence de citron , aioés, persicaria , mentastrura , fueilles de perflguier , costamer, zedoaire, sauon mol. On apphqiie telles choses non seulement sur le nombril, mais sur tout le ventre et sur l'estomach: toutesfois on y doit mesler des astrfngens, de peur de le trop relascher , comme sont huile de myrtiles, de coings, mastic, et autres semblables. Outre-plus, on leur peut appliquer sur le nombril vn gros oignon , lequel on creusera , et sera rempli d'aloës et theriaque, puis on le fera cuire sous la braise : et le tout chaud pisté auec amandes ameres et fiel de bœuf. D'auantage on leur pourra faire emplaslres de choses ameres, comme cestuy :
Prenez du suc d'absinthe et du fiel de bœuf, de chacun deux onces, adioustant de la colocynthe huit dragmes: le tout soit broyé et meslé ensemble , et incorporé auec farine de lupins.
Et de ce soit fait emplastre, qui sera appliqué sur le nombril de l'enfant :
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1575.