CHAPITRE VI
DES HERMAFRODITES OU ANDROGYNES , C'EST-A-DIRÈ, gui EN VN MESrIE CORPS ONT DEUX SEXES.
Les hermafroditeâ ou àtidrogynes sont des ehfans qui naisseht auec double membre génital , l'vn masculin, l'autre féminin, et partant sont
1 II â déjà parlé de celle opinion , niais avec moins de délails au commencement du cha[)ilre ; du reste , ce paragraphe a été ajouté en 1575.
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE
appelés en notre langue françoise, hommes et femmes *.
Or quant à la cause , c'est que la femme fournit autant de semence que l'homme proportionnément , et pour-ce la vertu formatrice, qui tousiours tasche à faire son semblable, à sçauoir de la matière masculine vn masle, et de la féminine vne femelle, fait qu'en \n mesme corps est trouué quelquesfois deux sexes , nommés hermafrodites. Desquels il y a quatre différences , à sçauoir, hermafrodite masle , qui est celuy qui a le sexe de l'homme parfait , et qui peut engendrer , et a au perinœum ( qui est le lieu entre le scrotum et le siège 2 ) vn trou en forme de vulue , toutesfois non pénétrant au dedans du corps, et d'iceluy ne sort vrine ne semence.
La femme hermafrodite, outre sa vulue qui est bien composée , par laquelle iette la semence et ses mois, a vn membre viril, silué au-dessus de ladite vulue , près le peuil , sans prépuce : mais vne peau déliée , laquelle ne se peut renuerser ne retourner , et sans aucune érection , et d'iceluy n'en sort vrine ny semence , et ne s'y trouue vestige de scrotum ne testicules. Les hermafrodites qui ne sont ne l'vn ne l'autre , sont ceux qui sont du tout forclos et exempts de génération , et leurs sexes du tout imparfaits, et sont situés à coslé l'vn de l'autre, et quelquesfois l'vn dessus et l'autre dessous , et ne s'en peuuent seruir que pour ietter l' vrine.
Hermafrodites masles et femelles, ce sont ceux qui ont les deux sexes bien
1 Androgyne en grec signifle homme et femme, et femme et homme. — A. P.
2 Celle délinilion est exacte; malheureusement Paré en a ajouté en marge une autre qui l'est moins et que voici: Perinœum, c'est -a-dire l'enlrefesson.
formés , et s'en peuuent aider et seruir à la génération : et à ceux-cy les lois anciennes et modernes ont fait et font encore eslire duquel sexe ils veulent vser, auec défense, sur peine de perdre la vie, de ne se seruir que de celuy duquel ils auront fait élection , pour les inconueniens qui en pourroient aduenir. Car aucuns en ont abusé de telle sorte , que par vn vsage mutuel et réciproque , paillard: ient de l'vn et de l'autre sexe : tantost d'homme , tantost de femme , à cause qu'ils auoient nature d'homme et femme , proportionnée à tel acte , voire comme descrit Aristote , leur tetin droit est ainsi comme celuy d'vn homme, et le gauche comme celuy d'vne femme 1.
Les médecins et chirurgiens bien experts et auisés peuuent connoistre si les hermafrodites sont plus aptes à tenir et vser de l'vn que de l'autre sexe, ou des deux, ou du tout rien.
Et telle chose se connoistra aux parties génitales , à sçauoir si le sexe féminin est propre en ses dimensions pour receuoir la verge virile, et si par iceluyfluent les menstrues : pareillement par le visage , et si les cheueux sont déliés ou gros : si la parole est virile ou gresle, si les tetins sont semblables à ceux des hommes ou des femmes : semblablement si toutel'habitude du corps est robuste ou efféminée , s'ils sont hardis ou craintifs , et autres actions semblables aux masles ou aux femelles. Et quant aux parties génitales qui appartiennent à l'homme , faut examiner et
1 Arist. en ses Probl., sect. des Hermafrodites, pro. 3 et 4. — Paul, liure 6, chap G9. — Piin. liu. 7, chap. 2. — A. P. — 1579.
J'ai fait voir ci-devant, page 11, comment a pu venir celte idée absurde d'hermaphrodites ayant la vulve à côté de la verge.
DES MONSTRES
voir s'il y a grande quaiililé de poil au penil et autour du siège : car communément et quasi tousiours , les femmes n'en ont point au siège : Semblablement faut bien examiner si la verge virile est bien proportionnée en grosseur et longueur, et si elle se dresse . et d'icelle sort semence : qui se fera par la confession de l'hermafrodite , lorsqu'il aura eu la compagnie de femme : et par cest examen on pourra véritablement discerner et connoistse l'hermafrodite masle ou femelle , ou qu'ils seront l'vn et l'autre , ou qu'ils ne seront ny l'vn ny l'autre. Et si le sexe de l'hermafrodite tient plus de l'homme que de la femme , doit estre appelé homme :
et ainsi sera-il de la femme. Et si l'hermafrodite tient autant de l'vn que de l'autre, il sera appelé hermafrodite homme et femme
L'an mil quatre cens quatre vingts et six, on veit naistre au Palatinat, assez près de Heidelberg, en vn bourg nommé Rorbarchie, deux enfans gémeaux s'entrelenans , et ioints ensemble dos à dos, qui estoient hermafrodites, comme on les peut voir parce portrait ^.
1 Toutes les éditions ajoutent : comme lu peux voir par ce poriraii ; et en effet , on voit une figure humaine portant une vulve du côté droit, une verge et des testicules au côté gauche, avec ce titre: Pouriraici d'un liermafrodile homme el femme. C'est là une de ces figures qui déshonoraient ce livre, et j'ai d'autant moins hésité à la supprimer, qu'on n'en retrouve que trop fidèlement le trait principal dans la figure de la page 11 empruntée à Cœlius Rhodiginus, et dans celle qui va suivre.
2 II s'agit ici tout simplement de deux fœtus rcmelles joints ensemble , jugés hermaphrodites à raison de la longueur du clitoris , el défigurés par l'ignorance des compi-
Figure de deux enfans gémeaux hermafrodiles, esians ioints dos à dos l'vn auec L'autre.
Le iour que les Vénitiens et Geneuois furent reconciliés, nasquit en Italie ( comme raconte Boistuau ) un monstre qui auoit quatre bras et quatre iambes , et n'auoit qu'vne teste , auec la proportion gardée en tout le reste du corps , et fut baptisé , et vesquit quelque temps après.
Jacques RueCf, chirurgien de SuricI; , escrit en avoir veu vn semblable, lequel auoit deux natures de femme, comme tu peux voir par ce portrait.
lalcurs. Voyez la note 2 de la page 1 1 .—Cette histoire et cette figure sont prises de Lycosthènes, ouvrage cité, page 'idd. Lycosthèncs dit, in liorbacliio , qu'on pourrait traduire tout au plus par Rorbach ; mais toutes les éditions de Parc portent Rorbarcliic.
l8 LE DIX-IÇEV
Figure d'vn monstre ayant quatre bras et quatre pieds, et deiix natures de femme ^.
ï Ge monstre est en effet fidèlement copié d-'après la figure de Rueff, édit. citée, fol. — Quant aux deux vulves, stupidement placées dans cette figure à côté l^une de l'autre, il est probable qu'elles appartenaient, l'une au bassin antérieur, l'autre au bassin postérieur.
le chapi Lre ne se terminait point là dans les premières éditions...
D'abord l'édition de 1673 offrait ici le paragraphe relatif au monstre imaginaire qui a été ajouté depuis au chapitre 3 (voy. cidevant la deçnière note de la page 4 )> ce changement dç place a eu lieu en. 15,75i.
Après quo^ la même édition de 1573 contenait un assezlong passagcsur les nymphes, augmenté ençpre en 1575 , réduit on 1579 , et enfin tout-àTlait supprimé en 1685 , ou,