CHAPITRE III
AVTBE OVESTIPS.
Asçauoir,s'il est possible de donner des poisons qui facent mourir les hommes à certain temps prefix , comme d'vn mois, plus ou moins?
Theophrasto dit, que neantmoins qu'il y a des venins qui tuent plustost, autres plus tard, touleslois qu'il est impossible de pouuoir donner vn terme prefix, comme aucuns pensent.
Car ce que les venins tuent ou pluslost ou plus tard , il ne procède selon les Médecins de leur propre naturel et force, mais de ce que la nature de coluy qui l'aura pris résiste plus ou moins ausdils venins , ce que l'expérience monstre : car il est certain qu'vn mesme venin d'vn mesme poids et mesme quantité, baillé à diuerses personnes de diuerses natures , tuera les vus dedans vue heure , les autres dedans quatre, autres dedans vn iour, et à d'aucuns ne portera grande nuisance. Ce qu'on expérimente tous les iours aux médecines laxatiues : car si diuerses personnes prennent vne mesme médecine de mesme poids , quantité et qualité , en aucuns elle monslrera subit son effet, en aucuns tard : en aucuns fera bien petite opération, en d'autres tresgrande , és autres point du tout : en aucuns purgera sans fascherie , en autres auec grand trauail et douleur : ce qui ne procède d'autre cause que de la diuerseet dissemblable température des malades, laquelle ne se peut si part'ailement connoislre, qu ou puisse sçauoir iusques à quand la chaleur naturelle ait puissance de résister au venin. Il procède aussi de ce qu'aucuns ont les artères larges ou fortserrées.Garle venin ayant trouué les checnins et conduits larges, non seulement il pénètre légèrement, mais aussi aisément il passe auec râir , qui continuellement entre en nostre corps pour flabeller et réfrigérer le cœur.
288 LË VINGT-'
CHAPirilE IV.
A SÇAVOUl SI LES AtSlMAVX VIVANS DES BESTES A'ENIWEVSES , SONT VENI- MEVX, ET SI ON EN PEVT MANGEnSANS DANGER'.
Les canars, les cicoignes, les hérons, les paons, les cocqs d'Inde et autres poullailles mangent et viuent de crapaux , vipères, aspics, couleuures, scorpions, araignes, chenilles, et autres bestes venimeuses. Sçauoir, si tels animaux ayans mangé telles bestes , puis mangés des hommes , les peuusnt infecter et empoisonner?
Mathiole dit, que tous les modernes qui ont esci itdes venins tiennent asseurément que tels animaux mangés ne peuuent aucunement nuire :
au contraire nourrissent le corps ne plus ne moins que les au très qui n'auront mangé telles viandes venimeuses , parce que ces animaux conuertissent en leur nature leurs viandes venimeuses. Laquelle raison et opinion , encore qu'elle aye grande apparence, que ce venin se digère et se conuertissé en la substance de ces animaux qui en viuent ordinairement : toulesfois ie croy qu'il ne s'ensuit pas que la chair faite de tel aliment venimeux, mangée des hommes, ne porte quelque nuisance , et croy que si on en mangeoit souuent , ellepourroit causer plusieurs maladies, et en fin la mort. l'ay pour tes-
i Ce chapitre répond essenliellement au chap. 4 de l'édition de 1675, mais la rédaction en a été presque entièrement refondue. Toutefois, comme ces changements ne portent guère que sur la forme, je noterai seulement ceux qui aBeclent davantage le sens et la doctrine.
lEME LIVUE,
moins Dioscoride et Galien , qui aèseurentlelaict, qui n'est autre chose que le sang deux fois cuit, tiré des bestes qui paissent la scamonée, l'el- Icbore ou le lithymal, estre merueilleusemcnt laxatif, si on en boit ■.
Pareillement on voit, quand les Médecins veulent purger vn enfant estant encore à la mamelle, donnent des médecines laxatiues aux nourrices, pour rendre leur laict médicamenteux et purgatif. Ce que i'ay veu de récente mémoire . qu'vne nourrice malade , les Médecins luy ayans ordonné vne médecine laxatiue , et l'enfant l'ayant après tetée auoirle cours de ventre, et esloit-on bien empesché de l'arrester , et fut-on contraint luy bailler vne autre nourrice , attendant le temps que la médecine eust du tout fait son opération 2.
1 Ce paragraphe se présente assez dilTéremment dans l'édition de 1575. D'abord Paré ne citait pas Matthiole; il disait simplement : aucuns tiennent qu'elles ne peuuent aucunement nuire ; puis il ne mettait pas eu avant son opinion personnelle, et il se contentait de dire : Les autres tiennent le contraire. Enfin il ajoutait, pour terminer le paragraphe :
« ... En quoy on peut cognoistre, que les plantes laxatiues et venimeuses ne perdent leur vertu laxatiue, ny leur venin, encore qu'elles soyent cuiles, et bien digérées. Cela se voit és griues , qui mangent et se repaissent de geneure : leur chair sent vn goust de geneure, etc. »
Cet exemple, de même que ceux qu'il citait à la suite, se retrouvera un peu plus loin dans le texte actuel.
2 Ce paragraphe est de la rédaction nouvelle de 1579. Tout ce que l'ancienne édition portait à ce sujet consiste dans le passage que voici :
« Plus on voit pareillement, que le iour qu'vne nourrice aura pris vne médecine laxatiue, l'enfant letant son laict subit, le
D'auantage on voit les griues ayans mangé de la graine de g-enéure, que leur chair s'en ressent. Aussi les poullailles ayans mangé de l'aluyne, leur chair est amere, et s'ils ont mangé des ails, le sentent semblablement.
Les morues et autres poissons, ayans estéprins auec les ails, ils sentent si fort que plusieurs n'en peuuent manger : neantmoins qu'on les salle, fricasse, ou qu'on les face bouillir, retiennent tousiours l'odeur et saueur des ails. Aussi les connins ayans esté nourris de pouliot et de genéure, leur chair s'en ressent, retenant l'odeur et goust plaisant. Au contraire, s'ils sont nourris de choux et de sang de bœuf (comme on fait à Paris), difficilement on en peut manger, à cause qu'ils retiennent le goust de choux. le diray encore d'auantage, que les Médecins commandent de nourrir les chéures, vaches et asnesses d'herbes propres, quand ils veulent faire boire leurlaict aux eliques, ou à d'autres malades ^ : ce que Galien 2 dit, qu'il n'ignore point que les chairs des animaux sont altérées et fumées par la viande et nourriture qu'ils prennent.
Or pour le dire en un mot , ie suis d'aduis qu'on ne mange de tels animaux qui auront deuoré les besles venimeuses, si n'estoit long temps après, et que premièrement le venin
ventre se laschera, voire quelquesfois si fcrt, que l'on est contraint changer de nourrice pour allaicler l'enfant, de peur qu'il n'eust trop grand flux de ventre , qui luy pourroit nuire et le faire mourir, iusques à ce que son laicl soit retourné en son naturel. »
1 L'édition de 1575 disait cpow bailler aux phtisiques , ou à autres malades qui en ont besoing ; et la citation de Galien n'a été ajoutée qu'en 1679.
' Lia, 2. des simples, — A. P.
DÉS VEMNS. 28g
n'eust esté labouré et digéré, et transmué en autre qualité par le benefico de la chaleur naturelle des animaux qui les auroient mangées » : car on voit des morts su biles ad uenir, dont la cause est inconneué aux hommes, qui peut estre pour auoir mangé de telles bestes,dont l'vnpeut eschapper, et l'autre mourir. Cela se fait pour la préparation et disposition des corps qui reçoiuent et répugnent au venin.