‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 177 sur 515 · LES SIGNES DES VENINS EN GENERAL · texte numérisé non relu

LES SIGNES DES VENINS EN GENERAL

Nous dirons les signes des venins en gênerai, puis nous poursuiurons vne chacune espèce en particulier.

Nous connoissons vn homme estre

' Ce paragraphe était fort différent dans l'édition primitive; on y lisait :

« D'abondant nous auons dit, que les anciens tiennent comme vne chose résolue, que les besles venimeuses, qui mangent les autres bestes venimeuses, que leurs morsusures ou piqueures sont plus dangereuses, que de celles qui ne les mangent : aussi que la chair des bestes qui ont esté luees par les bestes venimeuses ou enragées, ou ont esté frappées de fouidre , est venimeuse : tout ainsi que nous auons dit cy dessus d'vne nourrice ayant pris vue médecine laxaliue, pendant qu'elle opère, si elle donne à teler à son enfant, luy causera vn flux de ventre iusques à le faire mourir. Semblablement le chapon, le canard , ou autre volaille ayant mangé vn crapaut, ou vipère, ou autre besle venimeuse, peuuent donner détriment à ceux qui en mangeront, si premièrement n'est bien digérée, altérée, et changée de sa nature par la chaleur et altération d'icclle volaille : parquoy faut désister d'en manger. On voit souuent des morts subites aduenir, etc.»

LE VINGT-TROrSiÉME LIVRE,

empoisonné par quelque façon que ce soit, quand il se plaint d'une grande pesanteur do tout le corps, qui fait qu'il se desplaist en soy-mcsme ; quand de rcslomach il luy njonle quelque goust horrible à la bouche, tout autre que les viandes communes ne font, quelques mauijaises qu'elles soient : quand la couleur de la façe se change, maintenant liuide, tantost citrine,et de toute gutre coulevir estrange et difforme : quand il sent nausée et volonté de vomir : quand il a inquiétude de tout le corps, et qu'il luy semble que tout tourne sens dessus dessous.

Noqs çonnoissons ledit venin prins agir de toute sa substance et propriété occulte , quand sans apparence de grande et insigne chaleur, ou froideur, le malade tombe souuent en défaillance de cçeur, auec vne sueur froide, à raison que tel venin n'a point pour obiect aucune certaine partie, contre laquelle de certaine affection et quasi comme par choix elle agisse , comme font les cantharides contre la vessie , et le liéure marin contre les poulmons. Mais comme ce venin agit de toute sa substance et forme secrète : ainsi à guerre ouuerte il oppugne la forme et essence de la vie , qui gist en la faculté vitale , qui est au cœur.

A présent nous faut déclarer particulièrement les signes des venins qui opèrent par leurs qualités premières et manifestes.

Les venins ou poisons qui opèrent par leurs qualités manifestes, causent leurs propres accidens , desquels ils monstrent leurs signes apparens. Car ceux qui ont vne chaleur excessiue , subit ils enflamment la langue et le gosier, l'eslomach, les intestins, et généralement toutes les parties inté-

rieures, auec grande altération et inquiétude , et sueur continuelle. El si auec leur chaleur exce-ssiue ils onl ync force corroeiue et putrefacliue , comme l'arsenic, le sublimé, reagal, verd de gris, l'orpiment, et autres semblables, i)s causent en l'estomach et aux boyayx des ponctions intolérables et grandes ventosilés, lesquelles on ojt sQuuent bruire dedans le ventre, et OîH vne soif intolérable. Après ces aççidens surujennent souuent vomisgemens auec sueurs, tantost chaudes tautost froides, et défaillance de vertus , puis la mort ^.

? La Bémèioliquc des venjns chamis , froids, secs, el humides, avaU déjà été dopnée diins le premier chapitre de J&7&, et ceux des venins chauds el froids dans Je li-> vre des Pluyes d'Iiarquebuses de 1545. Ces descriptions ne sont pas contraires sans doute, mais elles sont assez différentes pour demander à être comparées. Nous avons donné ailleurs le texte de 1645, légèrement corrigé en 1664 ( voyez tome II , page 193) ; voici maiptenqpt Iç ieste de l&7â >

« Signes que le venin est chaud.

« Cela est cogneu par les accidents qu'il cause , à sçauoir douleur mordante, corrosion, inflammation , fieure, grande altération, délire, resolution de la chaleur naturelle, rougeur et tumeur aux yeux, auee^| grandes inquiétudes : les patients ne peuuent dormir, et sont en perpétuelle sueur, qui vient par le combat et Irauail de Nature, et ont le pouls fort fréquent.

» Signes que le venin est froid.

» C'est qu'il caiise vn sommeil profond, de sorte qu'à grande peine on peut reuciller les paliens : aussi ils ont horreur et tremblement de tout le corps, et ont l'entendement troublé, en sorte qu'on diroit qu'ils seroyent yurcs et fols : d'auanlage ils ont tout le corps froid , et icttent vne sueur froide : aussi ont la couleur du visage liuide et plombinc : et leurs vomissemens et çra-

DES VENINS

Les venins qui sont d'vne cxccssiue froiclour causent auv malades vn sommeil prolontl , que sonnent onntt les peut l'QSueiller ([u'à bien grande peine : aqcuncslois ils eslonrilissent le cei'uoau , que les malades sont contraints faire plusieurs mouuemons désordonnés, tant de la J)oucho quo des yeux, et des bras et iambes, comme s'ils fussent yureg ou insensés:

d'abqndant il leur suruient vpe grande sueur froide , et ont la couleur du visage liuide et iaunastro, et fort hideuse à voir : et ont tout le

chats sont fort visqjigux, et leur sang se congelé.

» Signes des vcniiii secs.

» Les paliens ont vne aridilé et seicheresse à lajangue et au gosier, auec vpe soif intolérable , pareeque le venin se communique au corps par les veines, artères, et nerfs ; dont 11 adqient qu'il desseiche et consomme l'humidité subslanlifique , qui fait retirer le cuir et toutes les parties nerueil$e3, aipsi qu'on voit resserrer vn parchemin deuant le feu : eu moyen de quoy il s'epsuil vne constipation d.e ventre, et aux conduits tapt de l'vrine que de la sueur, et estans esloupez ne permettent que l'eau eicessiuement beuë soit euacuee : dont il s'ensuit vne grande douleur par tout le corps, et en fin la mort,

« Signes des venins humides.

« Les malades ont vn continuel et profond sommeil, et quasi est impossible de les garder de dormir : aussi ils ont vn grand flux de ventre , auec vne lassitude et resolution, ou relaschement de tous les nerfs, mesme que les yeux sortent quelquesfois hors de la leste.

« Or voila les signes et indices vniuersels des venins qui opèrent par qualitcz manifestes : lesquels si on voit qu'ils perseuerent et augmentent , quelque chose qu'on y puisse faire, il faut faire présage de la mort : aussi au contraire, s'ils diminuent, c'est signe de guarison. »

corps stupidc et endormi , et s'ils ne sont bien tost secourus, ils meiucnt.

Lesquels venins sont comme ciguë, pauot, morello, iusquiamo, mandragore et autres semblables.

Les venins secs ont presque tousiours la chaleur pour compagne, auec vne certaine humidilé : car neantmoins que l'on die que le soulphrc soit chaud et sec, toutesfois il a vne humidité pour congreger sa forme, comme toutes autres choses composées requièrent : mais on donne aux choses la qualité qui domine en elles. Les venins secs rendent la langue aride, et la gorge seiche, auec vne soif non extinguible, c'est à dire, qui ne se peut appaiser. Le ventre se resserre , et les autres parlies intérieures , ainsi que le parchemin fait deuant le feu. A cesle cause l'vrine ne sort qu'à grande difficulté, tous les membres deuiennent secs et retirés, et les malades ne peuuent dormir : lesquels venins sont comme litarge , ceruse , piastre, escaille d'airain , limeure de plomb , antimoine préparé, et autres semblables.

Les venins humides causent vn perpétuel sommeil , flux de ventre , auec relaschement de tous les nerfs etiointures : tellement que quelquesfois les yeux sortent hors de la teste. Il s'ensuit aussi souuent vne pourriture des mains , pieds , nez , oreilles, et vne soif extrême pour la chaleur quiprouientdela grande pouiTiture, puis la mort s'ensuit. Aucuns tien- ; nent qu'il ne se trouue point de poison humide, parce qu'il est impossible de trouuer d'humidités iusques au quatrième degré. Toutesfois le contraire se vérifie par l'exemple de celuy qui dormant de nuict fut mordu d'vn serpent, ainsi que Gilbertus Anglicus recite : et mourant, son valet

LIL VlISGT-TKOlSIEME LIVRE,

au matin le liçant par le bras le pensant resueillcr, toute la chair dudit iras pourrie tomba, les os desnués do chair : ce qui ne peut estre aduenu que par l'excessiue humidité du venin qui estoit aux dents et baue du serpent. Aussi Hippocrates a bien dits que la disposition de l'année estant pluuieuse et humide, suiette au vent de midy, il est aduenu par ceste humidité veneneuseet corrompue, qu'en aucuns la chair des bras et des iambes pourrie tomboit en pièces , et les os demeuroient nuds et desnués d'icelle : non seulement à d'aucuns la chair se trouuoit pourrie , mais aussi la propre substance des os. D'où ou peut conclure qu'il y a des venins d'vne humidité si excessiue, qu'ils peuuent faire mourir les personnes par l'entière putréfaction des membres : ce qu'on voit adueuir à la veroUe, tant grosse que petite, et aux charbons et anthrax pestiférés.

Et quand tels et pareils signes apparoissent, il sera facile les combattre par leurs contraires , encore que l'on ne connoisse le venin parliculieicment.

Il n'y a point de signes certains des venins qui opèrent par propriété spécifique ou occulte 2, parce qu'ils ont ceste nature de l'influence du ciel,

^Premier liu. des Temperamens. — A. P.

\ a En 1552, Paré ne disait que quelques mots de ces venins ; en 1576, il avait un paragraphe assez différent du texte actuel. On lisait ce passage après celui de la note de la page précédente.

« Signes des venins qui opèrent pw propriété occulte.

» Les signes que le venin opère par vne propriété occulte, c'est-à-dire , qualité non manifeste, mais de toute leur substance, ne se peuuent bien descrire, pour la diuersité

qui ne s'esmeut iamais à faire sa propre action , sans que l'obiect de son contraire se présente : et partant on ne les connoist que par expérience , sans en pouuoir donner aucune raison , comme la torpille qui stupéfie le bras de celuy qui la touche, le liéure marin qui gaste les poulmons, les cantharides qui blessent la vessie, la piqueure de la viue qui cause gangrené et autres accidens. Ce que nous dirons cy après.

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