CHAPITRE XXVI
DV DASILIC.
Entre tous les serpens , le Basilic est le plus venimeux , comme estant mesme le venin des autres.
Nicandre dit que lors qu'il se traîne, tous les autreslefuyentet luy quittent la place ; estant comme aduertis par son sifïïet , tant de l'heure de son arriuée que de son départ.
Galien dit ' que le basilic est vn serpent iaunastre , ayant la teste munie de trois petites eminences , ou enleueures , marquetée de taches biancheastres, en forme de couronne, et pour cesté cause il a esté nommé Roy des Serpens. Par sa morsure , el son siffler, et toucher, fait mourir tous autres animaux. D'auantage son venin est si cruel , que si on le regarde trop attenliuement , tue ceux qui le regardent.
Solin escrit que le corps mort du basilic a encore de grandes vertus :
pour ce ceuxdePergamel'ontachepté à grand prix, pour empescher les araignes de faire leurs toiles dedans le temple d'Apollon, et les oiseaux d'y faire leurs nids , estant pendu audit temple. Estant mort, nulles bestes sentantl odeurde sa charongne, n'osent le toucher pour le manger : et si par fortune ils en mangent, ils
' Galien , Hure de la theriaque à Pison. — A. P.
meurent subitement, non seulement pour auoir mangé de son corps, mais aussi pour auoir mangé des bestes mortes par sa morsure. Pour ces raisons Lucain escrit :
l.e Basilic tout seul est régnant par le sable , Où sifflant il se rend à tout autre effroyable : Plus qu'vn autre venin le sien est dangereux , Qui chacun va chassant du regard de ses yeux.
Il fait mourir les herbes et arbrisseaux par où il passe, non seulement par son toucher, mais aussi par son haleine.
Pline dit i qu'en Egypte y a vue fontaine nommée Nigris, près de laquelle y a vn animal petit, et malaisé de ses membres , qui est la mort du genre humain. Il est de longueur de douze doigts, el est orné par la teste, comme vn diadesme, d'vne tache blanche: son corps est iaunastre.
Lors qu'il reaipe, il leue la partie de deuant de son corps, et la porte droite, ne s'aidanl à cheminer que de celle de derrière. La région Cyrenaïque le produit. Pline dit que la belette est son ennemie mortelle, el qu'elle le fait mourir de sa seule haleine : qui est que la bonne Nature n'a iaraais voulu laisser vne telle peste , sans vn contraire qui est la belelle, laquelle a autant de force contre le basilic, que luy mesme a contre les hommes. Aussi que le lion, combien qu'il soit hardy et furieux entre tous les animaux, craint toutesfois le coq, qui est vne beste sans' force et résistance à comparaison.
Erasistrate dit que le lieu de la morsure du basilic tout subit dénient iaulne comme or, et le corps tout enflé, et que la chair des muscles tombe par morceaux toute pourrie: et baille
1 Pline, liu. 8. chap. 21. — A. P.
DES V
coiilie son venin vne dragme de caslorc'e à boire auec du vin ou du suc de pauol.
Aece dit eslre vne chose superflue que d'escriro aucun rcnicde coniresa morsure, d'autant que la subite dissolution des esprits estant l'aile, il est impossible de donner remède à temps.