CHAPITRE XXVI
DE CERTAINS SERPEiNTS ESTRANGES-
lean Léon Africain escrit en son liure d'Afrique, qu'à Calicot on trouue des serpens d'eslrange façon, estans de la hauteur d'vn gros pourceau, ayans la teste plus grosse et plus hideuse , et quatre pieds, estans fort dommageables aux habitans. Il y en a qui sont si venimeux , que par leur morsure la personne tombe subitement morte. Et si quelqu'vn auoit tué vne de ces bestes, le roy le feroit mourir comme s'il auoit lue vn homme. Le roy et les habilans du païs ont vne folle opinion de ces besles, estimans qu'ils sont les esprits de Dieu , disant que si ainsi n'estoil , ils n'auroient la puissance de mettre un homme à mort par leur simple morsure : de sorte que ces animaux ont ce crédit de se pourmener parmy la ville , connoissant bien ceux qui ne les craignent pas, ausquels ne font aucun mal. Combien (dit-il) que de son temps il soit aduenu, que par vne nuicl l'vn de ces animaux entra dedans vne maison où il mordit neuf personnes, que l'on trouua au malin roides mortes, et fort enflées. Et nonobstant cela , ils ne laissent les auoir en grandeadmiralion , tellement
que si en allant en quelque voyage ils renconlrenl vne de ces besles, ils le repuieijt de bon-heur, esperans de cela que leurs affaires el entreprises ne peuuenl venir qu'à bon port.
Il dit plus, qu'au royaume de Senegua y a des serpens longs de deux pas el plus, et n'ont ailes ny pieds : mais ils sont si gros qu'ils engloutissent vne chéure entière sans la desmembrer : croyez-le si vous voulez '.