‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 2 sur 515 · II PR12FA.CE · texte numérisé non relu

II PR12FA.CE

que la cinquième, plus complète, présente déjà quelques altérations provenant des éditeurs posthumes ; que ces altérations ont été toujours en augmentant jusqu'à la huitième, plus complète que les précédentes , et bien moins complète encore que la nôtre. Quant aux éditions de Lyon, qui avaient, je ne sais comment, usurpé une certaine réputation dans la librairie, elles peuvent être mises sur le môme rang que les plus honteuses contrefaçons.

J'ajouterai pour les chirurgiens qui citent Paré sur la foi des traductions étrangères , que ces traductions ne méritent qu'une médiocre confiance. Elles ont toutes été calquées sur la version latine, faite elle-même d'après la deuxième édition française, et ne contiennent en conséquence que vingt-huit livres, y compris l'introduction ; quelques unes seulement y ont ajouté l'apologie et les voyages. Mais ce qui est plus grave, la comparaison habituelle du texte français et du texte latin m'a fait voir qu'en un très grand nombre d'endroits, le traducteur avait pris de^ Upences liors de tqute mesure, sautant, des phrases , des. paragraphes e| jusqu'à des cliapityes entiers, et glissant en revanche ç|e temps à ^ntre de petites intercalations de sa fabrique ; j'en ai cité dan^ me§ notes de np^breiix exemple?.

1(6 t^xte de Pciré paraît donc yéritablement ici pur et complet pouy la prmièvefois; complet dans ^a rédaction définitive, plus complet ençqre par l'addition des yariaptes fournies par les quatorze éditions originales. Ces variantes ont offert quelquefois tant d'iptérêt. et, d'étendue, qu'elles ne pouvaient rester dans les notes i c'est aiçisi qu'on trouvera insérés dans le cours de Vou- Yvage, la dé4içace du discours de la mumie, le fameux chapitre 4e X^niimoM, et surtout la mmi^re de çxtraire tes en/ans tant mm %m vimm hors k ventre de la mère, qui ne tient pas moins 4e dix pages dans le second volume.

^'il m'ést permis cependant de dirç un mot sur mes propres additions , sans parlev de ^on introduction , qui prend à elle m\^. Vm à'vn aemi-volume. un exeippl^ mettra à même d'en

PRI^fACE. "I

apprécier l'étendue. Les livres huitième , neuvième et dixième, qui commencent le second volume, occupent 289 pages, sur lesquelles les notes ont pris environ io5 colonnes. En faisant la juste part de. la différence apportée par le caractère employé pour les notes , on trouvera qu'elles équivalent en réalité aux deux cinquièmes du texte qu'elles accompagnent. Je n'ai assurément déployé un pareil luxe d'annotations que pour les livres consacrés aux matières chirurgicales-, et si j'ai fait ce calcul, c'est hien moins par une vaine ostentation que pour me préparer une excuse contre ce reproche d'ailleurs mérité, de n'avoir point épuisé la matière, et d'avoir laissé en arrière des faits et des idées qui auraient pu aussi être cités avec avantage dans cette revue générale de la chirurgie du xvi" siècle.

Du reste , si le soin d'amasser et de mettre en ordre les matériaux nécessaires à une telle entreprise avait un peu retardé l'apparition du premier volume , le second et le troisième ont suivi avec assez de rapidité pour que le premier seulement ait pu jusqu'à présent passer à l'examen de la presse médicale. Comme il ne renferme que très peu des livres chirurgicaux, c'est mon introduction surtout qui a attiré les regards ; et je ne saurais témoigner ici assez de reconnaissance pour la bienveillance unanime et les encouragements dont on m'a comhlé. On n'a voulu voir en quelque sorte que le but que je m'étais proposé, et l'on a épargné les critiques à l'exécution. Quelques remarques utiles m'ont cependant été adressées. J'avais moi-môme quelques faits notables à ajouter à mon premier travail ; et afin de mettre quelque ordre dans ces additions, je les diviserai en quatre parties, qui se rattachent, suivant la marche de Tintroduction même, 1' à l'histoire de la chirurgie au moyen-âge ; 2° à la biographie de Paré ; 3" à ses écrits ; 4° et enfin je consacrerai le dernier article au récit de Finauguration de sa statue sur l'une des places publiques de Laval.

PRKFACE.

§ î. — Additions à l'histoire de la chirurgie au moyen âge.

M. Dezeimeris a relevé d'abord dciiK assertions émises dans mon inlroduclion , pages xxiv et xxV, au sujet de Constantin rMricain. Suivant lui, le PaïUegai^^im est en vingt livres au lieu de dix, ne serait point un extrait de l'ouvrage d'Ali-Abbas , mais une traduction très complète et môme plus longue que l'original. N'ayant pu me procurer alors le Pantegni, j'avais copié ces deux assertions , sous toutes réserves, dans le Dictionnaire historique de M. Dezeimeris lui-même. Aujourd'hui qu'il retient sur ce qu'il avait écrit , je m'en fie volontiers encore à sa rectification ; cependant il y a une difficulté que je lui ai soumise et qu'il n'a point résolue ; c'est que dans le supplément de Grimera Y Jphrodisiacus de Luisini, le texte du Pantegni (\\yi a rapport aux affections vénériennes^ non seulement diffère de celui d'Ali-Abbas , mais est notablement plus court , attendu qu'il n'occupe que trente-six lignes là où l'autre en absorbe soixante-une. La question a donc besoin de nouveaux éclaircissements.

A la page xxii, d'après Reinesius , j'avais rapporté à Gariopontus le premier emploi de ces mots nouveaux adoptés plus tard par la langue médicale , cauterizare , gargarizare , etc. ; M. Dezeimeris les a retrouvés dans Théodore Priscien, queGariopontus a copié en ceci comme en bien d'autres choses , ainsi qu'il a été dit.

Une discussion plus intéressante est celle qui concerne la personne et les ouvrages d'Albucasis. J'avais dit, pageux, que l'auteur du Liber Senntoris, id est liber xxsnij Bulcasim Benabenazerim, était Espagnol, et n'avait rien de commun avec le chirurgien Albucasis, dont nous possédons une Chirurgie en trois livres , plus une Médecine en quarante-huit traités (et non en trente ou trente-deux livres), attendu que le vingt-huitième livre en question n'a rien de commun avec le vingt-huitième

PRIÎFACE. "

traité do co dernier ouvrage. M. Dezeimeris m'a fait observer d'abord que, depuis les recherches deCasiri, on savait quAlbucasis était né à Alzahara, près de Cordoue , ce que je ne saurais accorder ; car j'avais lu fort attentivement Casiri , et n'y avais pas même trouve l'apparence d'une démonstration. Mais M. Dezeimeris ajoute que mes deux Albucasis nen font qu'un ; que ce vingt-huitième livre du Seiviteur est la dernière partie d'un grand ouvrage comprenant ainsi tout l'art de guérir, médecine, chirurgie, pharmacie; et il a montré par un certain nombre de citations un rapport réel entre cette troisième partie et les deux précédentes. Bien qu'il reste à résoudre plusieurs difficultés, il faut avouer que cette hypothèse, si c'est une hypothèse, a quelque chose de séduisant; et, sans être acceptée encore d'une façon définitive , elle appelle certainement toute l'attention des érudits.

A la page lviii , à propos de Richard et de Gilbert l'Anglais , j'avais dit qu'il y a moins de chirurgie dans ce qui nous reste de ces deux auteurs que dans le fJlium de Bernard de Gordon, qui n'était certes pas un chirurgien. M. Dezeimeris assure au contraire que l'ouvrage de Gilbert iiest rien moins qiiiin trailé complet de médecine et de chirurgie, et même le plus coniplet que nous ait légué ce siècle. Je crains que M. Dezeimeris ne se soit ici laissé emporter un peu trop loin par un enthousiasme , d'ailleurs assez naturel, pour un auteur dont il a fait ure étude approfondie. Il a montré que Gilbert avait parlé des hernies de la ligne blanche et des carnosités de l'urètre, ce qui fait remonter au xiu' siècle les premières notions de ces affections, auxquelles j'avais assigné une date bien postérieure^. Gilbert, d'après les mômes .recherches , aurait pratiqué de sa main le cathétérisme , le taxis et l'incision des liernies , la suture des plaies, etc. Malgré cela je n'a^ pu me ranger cette fois de l'avis

' J'ai retrouve depuis la mention des carnosités urétralcs dans les Arabes et jusque dans lUiasès.

de M. Dezeimeris. Je n'ai pil en aiiciine mânièré fètfôUVet daft& Gilbert un traité complet de chirurgie. J'ai accordé faciletneiit que Gilbert avait abordé plusieurs questions chirurgicales, comme Gordon, comme Arculanus, et bien d'autfe-i; mais, comme ces deux écrivains par exemple , il ne saurait être classé que parmi les médecins de son temps.

Je ne veux pas omettre de dire que M. Dezeimeris a fixé l'époque où avait vécu Gilbert , et sur laquelle on n'avait aucune certitude. Gilbert avait entendu, à Salerne, au plus tard vers le milieu du xiii« siècle, les leçons de Platearius (le jeune), de Jean de Saint-Paul, de Ferrari et de Maurus ; et c'est lui-même qui nous l'apprend.

Au xv" siècle , M. Dezeimeris m'a averti que J'avais donné à Arculanus deux procédés pour l'ectropion qui ne lui appartenaient pas (voyez page lxxxviii). Cette critique eêt parfaitement juste pour le deuxième procédé, qui remonte à Celse; mais pour le premier, qu'Arcuîanus donne comme sien , il lui appartient en réalité, bien que se rattachant à une méthode générale indiquée également dans Celse.

Nous arrivons à Jean de Yigo, sur qui M. Dezeimerig avait donné , dans son Dictionnaire Jitstorique , des détails dont il n'avait pas indiqué la source. Il nous la donne aujourd'hui , et je ne saurais mieux faire que de transcrire tout ce passage.— « Ils sont pris d'une histoire du siège de Saluées, écrite par un témoin oculaire, Bernardino Orsello, l'ami intime de Battistâ de Rapallo, dans laquelle se trouvent des détails sur l'organisation du service médical et chirurgical de la ville assiégée. On y tôif queBattista de Rapallo, chef du service chirurgical, avait sous ses ordres quatre chirurgiens, dont un était son propre fih, Jean de Vigo.» Voilà pour la paternité de Battistâ et pour la date de i485. Quant à celle de lAg^, c;est l'époque oè écrivait Orsello ; or, dans le passage qui vient d'être cité , rendant hommage à l'habileté incomparable de Battistâ de Rapallo, il ajoute enlTC parenthèses : « La ville de Saluées regrette aujourd'hui

l'abséfièé dë fié gMftil hoftimê , Men tiii'ëlle ait lé boiiheuf de ^oàMèt sort fll§, ^Hticîefi àltssi sitpêriètar k sds cotitempotams paf sOti haLiloté clifil l'est par l'étendue et la variété de ses

M. Dezëirtieflà a frtit Vair aussi que le ïriode d'extiftiation du caticëf aVèc l'ia&tfumeiit tfàflôhaiit et le fer rouge^ dont j avais fait Itonfieili* à dè Vigo, sé r'ettoiivait très eitaetemént dans Gilbert, au XIII'' siècle.

ici 9ë terminent les remarcîues dont je suis rédcYable h M. Dezeimeris $ il f mit joint quelques autres critiques, mais qui^ né me paraissant pag aussi bien justifiées , seraient inutileriietît rapfîélêe^ ièi. On pOUfi-a côlisulter à cet égard seë Remarques sut qiiélqtiês points dê Vtiismite de la chirurgie na moyen dge -, dans VE3cpêriéhcë, numéro du 130 février 1840, et nik fê^jonse dàUs le flttttiêro suivant du même journal.-

Mon eicellêttt Uiâhre, M, Gama, a bien voulii mè domttittniqtiër iiflë note fetir Gersdorf ^ insérée , avec Un dlsfcOurs ptonoiléé eii 1817 à l'hôpital militaire de StrasboTirg, dans le troisième volume du Journal de Médecine militaire ; on la lira avêe Un gi'and intérêt,

il Jë îâ'arrète avèC plaisir un moment sur Gersdorf^ disait M. Gama^ pOttr lui rëfidre, devant ses compatriotes , l'hommage qu'il a mérité de la des chirurgiens militaites. 11 noiis appfmid lui-ihémë qu'il fut d'abord élève de Maître Nicolas^ sur^ nommé le Dentiste, chirurgien du duc Sigismond d'Autriche, et avecléquel il s'est trouvé à trois bataillé^ pendant les guerres de Bwirgogne. Il se fiia à Strasbourg â son retour de l'armée. Son livre renferme plusietiis bons pl-éceptes sut ^extraction des bsfllëg et autres corps éti'àngers engagés dânsles plaiesl j on y trouve des tire-balles fort ingénieux et bieii faits; Une chose assez remarquable, c'est que, au lieu de la sutufe alors eli Usage aptes lés amputations v il avait déjà indiqué la réunion immédiate i sur laquelle on a tant disserté depuis quelques années. Je ne puis m' empêcher de relever ici une èireuf dans laquelle Ilaller est

^f'ï PRKFACK.

tombé au sujet de ce chirurgien ; il le dit élève de Mulhart, et n'a pas tu que le terme allemand c'est-à-dire dentiste,

est un surnom qu'on donnait communément dans ce temps aux chirurgiens qui excellaient dans leur profession, comme d'autres surnoms ôlaient donnés auxindividus de toute autre classe qui se faisaient remarquer par quelque chosede particulier ; par exemple, Gersdorf avait le sobriquet de Schyl/ians, ou Schiel hanSy c'est-à-dire le louche. »

Moi-même aussi , comme on peut le présumer , je pourrais ajouter ici d'autres remarques ; car c'est à la fois le regret et la joie des hommes qui s'adonnent aux études sérieuses, d'apprendre toujours quelque chose, et, par une inévitable conséquence, de trouver toujours quelque chose à reprendre dans leurs travaux antérieurs. D'ailleurs, même à l'instant où je tenais la plume, j'étais obligé de faire un choix parmi mes documents ; et bien vain serait celui qui, avec plus d'espace que je n'en avais à ma disposition, faisant l'inventaire scientifique de cette époque en apparence si déshéritée du moyen âge, s'imaginerait n'avoir rien laissé en arrière, et croirait sa moisson si complète, qu'il ne resterait plus à glaner. Toutefois, sauf quelques rectifications de détails semées à l'occasion dans ces trois volumes, et qui portent essentiellement sur des questions de priorité, je n'ai rien vu jusqu'ici qui vînt contrarier les faits historiques qui ont servi de matériaux à cette œuvre, et les conséquences que j'en ai fait découler.

J'avais dessein de rectifier quelques fautes échappées à l'impression ; ainsi à la page lx, ligne 4, il faut lire Jrmengandus Blasius : page lxxiii, ligne 4. au lieu de les mesures, corriger les menaces ; mais ce sont là les plus essentielles, et les autres seront faciles à rectifier par le lecteur.

Il est cependant une partie de mon Introduction où les moindres détails demandaient à trouver place, et pour laquelle il est urgent de mettre en lumière ceux qui m'avaient alors échappé ; je veux parler de la biographie d'A, Paré.

PRÉFACE

^ II. Additions à l'histoire d'Ambroise Paré.

J'ai dit qu'il était né à Laval en i5i7. Le hasard m'avait fait tomber depuis sur une traduction do la Jérusalem délh'rêe,^ publiée à Paris en 1839, par M. Bourlier. L'auteur signait ainsi sa Préface :

« Louis Bourlier ,

de Laval , Déparlement de la Mayenne , un des descendans d'Ambroise Paré, à qui la science médicale est redevable de la découverte de la circulation du sang. »

Ceci, et quelques détails ajoutés plus bas sur la vie de Paré, témoignaient suffisamment que M. Louis Bourlier n'avait pas beaucoup ouvert les œuvres de son illustre aïeul ; mais il ajoutait enfin :

« Il était né au commencement du xvi" siècle , dans le bourg Hersent, conligu au bourg d'Avenières, où je suis né, moi »

Ce renseignement curieux était exact : je l'ai trouvé confirme dans ce passage d'une lettre adressée à M. David par les notables delà ville de Laval, réunis en commission centrale pour l'érection d'un monument à la mémoire du grand chirurgien ^.

«Vous serez curieux d'apprendre que la reconnaissance populaire a élevé depuis long-temps sa statue à Ambroise Paré au lieu même où il naquit, dans le petit village du Bourg -Hersent , qui forme presque un des faubourgs de Laval. Nous avons tous le souvenir d'avoir vu long-temps, dans l'àtre de la cheminée du premier étage d'une maison en ruine , un buste placé en la mémoire d'Ambroise Paré ; et on voit encore aujourd'hui dans ce village , sur la façade d'une maison construite sur l'emplacement de la maison du seigneur au service duquel paraît avoir été attaché le père d'Ambroise Paré,

' Notice sur le monument élevé à la mémoire d'Âmlroise Paré, en la ville de Laval, publiée par les soins de la Commission. — Laval, 1840.

on voit encore, disons-nous, un portrait qui paraît l'œuvre d'un peintre d'enseignes , et au baS duquel otl lit cettë insorlptioli }

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