‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 201 sur 515 · DE LA TORPILLE · texte numérisé non relu

DE LA TORPILLE

La torpille est ainsi nommée, à cause qu'elle rend les membres en-

1 AéCelill, lâ.rrr A. P.

2 Liure 10. chap. 67. rr- A. P.

ï^a playe de l'ospic estpelitccomme la piqueure d'vne aiguille, et ne fait aucune enfleure. Les accidens qui aduiennent après la morsure , sont, que les malades se sentent tost après

1 Ces citations de Pline et de Dnbarlas n'onl été ajoutées ici qu'en 1585.

? Ce chapitre est exactement copié du chap. 14 de 1575, sauf le dernier paragraphe, qui est d'unQ dal6 p|u^ lécenle,

la veiiii tronbléu , et plusieurs dou- Jcius p.îr le corps nssoz Icscros, et soiUonl (loul^iurs ù l'ostoniacli, ot la l)(>au du front se ride, et le malade cltV uoUe toiisiours les yeux , comme s'il auoit vouloir de dormir ; cl lost après, et le plus souuout dedans trois jours , autres en huit heures, meurt en conuuision,sl on n'y donpe ordre, Le maslo fait deux piqucures , et la femelle quatre, comme font les vipères.

Or le venin de l'aspic fait congeler le sang- és veines et artères : et partant faut donner, pour contrarier à iceluy , choses calefactjues et de l'é^ nue substance , comme eau de vie en laquelle on aura dissout Iheriaque ou roethridat, et autres sembiahles :

aussi on en appliquera dedans la playe, et fera Ton eschauffer le patient par bains , frictions et ambulations, et autres semblables. Lors que la partie morse deuient purpiirée, noire ou verdoyante , telle chose demonstre que la chaleur naturelle est suffoquée et esteinte par la malignité du venin: alors la faut amputer s'il est possible , et que les forces le permettent.

De Vigo en sa Pratique Chirurgie^ dit auoir veu à Florence vn charla" tan Triacleur , lequel pour mieux vendre son theriaque , se fit mordre à vn aspic , de laquelle morsure il mourut en quatre heures. Matthiole semblableraent le récite , et dit qu'ils esloient deux charlatans , dont l'vn babloit et haranguoit mieux que l'autre pour mieux faire valoir ses denrées , lequel conceut vue enuie mortelle contre son compagnon : parquoy trouua moyen de luy changer son aspic , qui auoit ja perdu sa virulence par la longue nourriture, et l'ayant osté de sacassole, y en mit vn

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autre receptoment pl is et tout affamé.

Dont aduint que ce babladour pensant que ce fust le sien, se fit mordre ai} telin, ainsi qu'il auoit de coustumc, et print après de son theriaque, lequel ne luy seruoit qu'à donner couleur pour abuser et tromper le peuple, qui voyant ppste beste lé mordre sans en ressentir aucune of-.

fense, couroil après luy, estimant son theriaque souuerain. Mais le panure charlatan trompé par son compagnon , qui luy auoit change sa beste priuée et altérée de son venin , en moins de quatre heures laissa la vie : et les accidens qui luy suruindrent , furent qu'il perdit la veuë , et tous ses autres sens : sa face deuint liuide, et la langue fort noire: et eut grand tremblement de tous ses membres , auec sueur froide et défaillance de cœur, puis la mort, et ce en la pre^ sence des assistans : et subit le meurtrier gàigna au pied.

Matthiole dit que ces charlatans triacleurs , pour tromper le peuple a mieux vendre leur theriaque , prennent aspics et vipères , long temps après le printemps , lors qu'ils ont ielté le plus dangereux de leur venin : puis les appriuoisent par viandes non accousluraées, el leur font changer en partie la nature venimeuse : et après ce, les font mordre dedans de gros morceaux de chair, à fin de tirer leur venin enclos en vne petite membrane qui est entre leurs dents et genciues : puis ils leur font remordre sur l'heure quelque composition, qui leur eslonppe les conduits par lesquels le venin a de coustume de sortir : tellement qu'après qu'elles mordent , leur morsure n'apporte aucun danger. Et par ce moyen ces larrons et pipeurs de charlatans se font admirer au simple peuple, auquel ils

Llï VINGT-TROISIEME MVRE,

vendent leur theriaque falsifié bien et chèrement

Chrislonc l'André , en son liuro intitulé Oecoiatrie , dit qu'aux isles d'Espagne y a grande multitude de serpens , aspics et autres bestiaux vénéneux . contre la morsure desquels iamais le theriaque ne peut seruir : el par expérience on a trouué ce remède tres-excellent.

Prenez des feuilles de Tapsus barbatus, caryophyllata , girollier rouge, autant d'vn que d'autre : faites les bouillir en fort vinaigre et vrine d'homme bien sain, et en fomentez la partie.

Et si le venin a esté ja long temps gardé, faut que le malade boiue quatre doigts de ladite décoction à ieun, deux heures deuant manger.

Ledit autheur iure Dieu , que tel remède est bien expérimenté, et qu'il s'oseroit bien faire mordre au plus dangereux aspic, sans en receuoir aucun mal.

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